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Septembre 2008 - Numéro 67 - 6e année ©

 

Au sommaire :

Editorial

Tony Duvert meurt seul et amer

Roman

La chère Anne de Judith Katzir

Roman

La mort du moine de Alon Hiru

Roman

Gerri Hill ou Coyote Sky

Roman

Te revoir pour Alexandre Delmar

Album illustré

Anne-Laure Mahé et Doña Paz, la libertine

Roman

Les anges ont fait leur nid dans le jardin de Philippe Bouziaux

Roman

François Reynaert et nos amis les hétéros

 

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Tony Duvert meurt seul et amer, son corps est retrouvé sans vie plus d'un mois après son décès.
par Pierre Salducci (Sources : Rémy Maucourt, La Nouvelle République et Blois.maville.com)

Pour ses voisins et les habitants de son village, il n’était qu’un vieil homme solitaire et anonyme. Pourtant, celui qu’on a retrouvé sans vie à son domicile en plein cœur de l’été n’était autre que Tony Duvert, l’écrivain à scandale et à succès, qui connut une carrière très médiatisée dans les années 70, allant même jusqu’à recevoir le prestigieux Prix Médicis. La nouvelle a été révélée par La Nouvelle République, un journal régional du centre de la France.

Situé à quelques kilomètres seulement de Vendôme, dans le Loir et Cher, Thoré-la-Rochette vient de rentrer brusquement dans l’histoire. En effet, c’est dans ce petit village de 800 habitants seulement qu’a été découvert le corps de Tony Duvert, tout à fait par hasard, le mercredi 20 août dernier. Ce matin-là, un voisin remarque que la boîte aux lettres de la maison d’à-côté déborde. Même si l’homme qui habite là est peu connu et réputé solitaire, on le sait aussi sédentaire et la découverte de sa boîte aux lettres pleine inquiète le voisinage. Le maire est aussitôt prévenu et celui-ci avise immédiatement la gendarmerie de Vendôme. Arrivées sur place, les forces de l’ordre n’obtiennent pas de réponse à leurs appels et demandent l’aide des pompiers pour forcer une fenêtre. Quand ils finissent par pénétrer sur les lieux, ceux-ci découvrent le corps du malheureux. Selon eux, le décès pourrait remonter à plus d’un mois déjà.
Âgé de 63 ans, Tony Duvert vivait depuis une vingtaine d’années à Thoré. Avec sa mère, tout d’abord, puis seul, au décès de cette dernière, en 1996. Autant sa mère était ouverte et côtoyait les gens du village, autant son fils Tony ne parlait à personne, sans pour autant faire l’objet de commentaires désobligeants. Il n’avait pas de travail connu ni de famille sur place. Tout juste certains savaient-ils qu’il avait eu un prix littéraire, sans d’ailleurs pousser la curiosité plus loin. Tony Duvert allait de temps en temps à l’épicerie du village, et c’est tout. Aucune trace de violence n’a été constatée sur les lieux si bien que les premiers éléments de l’enquête laissent penser à une mort naturelle. Une fois le décès enregistré, le corps a été transféré à l’institut médico-légal pour autopsie.
Le journaliste Rémy Maucourt rappelle fort justement que Tony Duvert a écrit toute son oeuvre dans la mouvance de la libération sexuelle de l’après mai 68. Il prônait le droit pour les enfants (particulièrement pour les garçons) à disposer de leur corps et de leur propre sexualité, revendiquant notamment une autre forme d’éducation où le garçon ne serait plus élevé en petit mâle, allant même jusqu’à affirmer qu’il fallait " retirer les garçons aux femmes ", et surtout à leur mère. Ses livres les plus significatifs à ce sujet restent assurément ses deux essais Le bon sexe illustré paru en 1974 et L’Enfant au masculin en 1980. Si un tel point de vue reste difficile à comprendre aujourd’hui et serait très certainement censuré ou associé à de la pédophilie pure et simple, il faut bien comprendre qu’à cette époque les mouvements de libérations sexuelles fourmillaient littéralement et qu’ils étaient perçus comme normaux voire nécessaires, malgré leurs excès et leurs côté intellectuel. Certains luttaient pour la libération des homosexuels (comme Guy Hocquengheim), d’autres pour le libération des femmes et des lesbiennes comme Françoise d’Eaubonne. Elena Gianini Belloti prenait la défense des petites filles dans son ouvrage Du côté des petites filles, et Tony Duvert illustrait la même démarche au masculin. Ses écrits ont été très en vogue pendant plusieurs années et l’écrivain s’est vraiment trouvé au cœur de la littérature française pendant une bonne décennie.
Dans Paysage de fantaisie, paru en 1973, il décrit les jeux sexuels entre un adulte et des enfants. Le livre lui vaut pourtant le prestigieux Prix Médicis à l’unanimité et on lui consacre de nombreux articles très élogieux dans Le Monde, Libération et Le Figaro. Pour ses partisans, Tony Duvert est un écrivain précieux, très fin et d’une liberté de ton que peu d’auteurs ont égalé, si ce n’est peut-être Roger Peyrefitte en son temps et Denis Cooper aujourd’hui. A part deux titres parus aux éditions Fata Morgana, Tony Duvert a publié toute son œuvre aux prestigieuses éditions de Minuit où ses titres sont encore disponibles. Son roman L’Île Atlantique a même été réédité en poche en 2005 et adapté la même année à l’écran pour Arte par Gérard Mordillat.
Dans les années 80, alors que les mentalités commencent à changer et à se refermer, une nouvelle génération d’auteurs homosexuels plus consensuels comme Yves Navarre fait son apparition et Tony Duvert disparaît peu à peu de la circulation. Il ne publie plus rien à partir de 1989 ayant conscience que sa vision est devenue trop difficile à défendre avec le temps et en raison de l'évolution du public vers une infantilisation et une surprotection croissantes de l'enfant, accompagnées d'une peur panique de la pédophilie. Il refuse de recevoir la presse et ne participe plus à aucun événement littéraire se contentant de répondre un lapidaire : Vous n’avez qu’à lire mes livres à ceux qui tentaient encore de lui proposer débats ou entrevues. Avec le recul, il devient de plus en plus amer et misanthrope. Du fait de ce silence prolongé, plusieurs le croyaient déjà mort depuis longtemps et la nouvelle de sa disparition est tombée à la fois comme une surprise et une déception.

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La chère Anne de Judith Katzir
par Christel Marque

Née à Haifa en Israël, Judith Katzir est l’auteur de deux recueils de nouvelles, de livres pour enfants et du roman La Mer est là, ouverte qui a reçu le prix Wizo Israël en 2004. Chère Anne est son second roman paru aux éditions Joelle Losfeld.

Devenue romancière à succès et mère de famille, Rivi retourne, bien des années plus tard au Carmel, le quartier de son enfance pour un ultime au-revoir à celle qui fut son premier et dernier amour féminin. Elle retrouve le journal qu’elle tenait à l’époque, quatre cahiers d’écolière qu’elle avait enfouis au pied d’un arbre noble et centenaire. Elle se plonge alors avec nostalgie dans le récit de son adolescence tourmentée qu’un amour inattendu sauva de la détresse affective.
Abandonnée par son père au lendemain de sa bat-mitsva et ignorée par une mère rigide et froide, Rivi emprunte l’identité de Kitty, l’amie imaginaire d’Anne Franck et se confie jour après jour à celle qui, par delà l’horreur du nazisme, laissa à l’Histoire un témoignage poignant. Dans le secret de ces pages, Rivi raconte sa vie quotidienne, celle d’une collégienne des années soixante-dix. Mais aussi, et surtout, elle relate le cours de cette passion naissante pour Mickaela, son professeur de littérature qui l’initiera aux délices de la volupté amoureuse. Un amour partagé et fusionnel que les années n’éteindront pas.
De ce retour en amnésie, de cette plongée dans un passé qui, finalement, ne l’aura jamais quittée, Rivi, la femme adulte, s’éveille à de nouvelles interrogations : cet amour n’était-il qu’une expérience, ou plus encore ? Ses sentiments, si forts à l’époque de ses quinze ans, se sont-ils atténués avec le temps ? Ou n’a-t-elle simplement fermé les yeux sur cet amour pour ne pas avoir a affronter les autres ? Parce qu’elle ne pouvait peut-être pas assumer la puissance de ses émotions ?
Chère Anne est un merveilleux roman tissé de tendresse et de beauté qui offre aux lecteurs une double initiation, celle, exaltante et pure d’amours féminines et celle, qui mûrit avec le temps et l’expérience, l’art de l’écrit où la plume vieillit avec son auteur et se bonifie. Un double regard aussi, celui de l’adolescente pour qui tout est définitif et à jamais et celui de l’adulte, nostalgique et mélancolique qui ne sait, finalement, qui de l’adolescente ou de la femme a le mieux vécu.

Judith Katzir, Chère Anne, roman, éditions Joelle Losfeld, 2008, 352 pages, 22,50 €.

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La mort du moine de Alon Hilu
Par Pascal Éloy

Né à Jaffa, le 21 juin 1972, Alon Hilu a toujours été attiré par le théâtre. Après des études d'Art dramatique à Tel-Aviv, il écrit de nombreuses pièces radiophoniques, tout en suivant des cours de droit. Écrivain et spécialiste reconnu du droit de la propriété intellectuelle, il est finaliste du prix Sapir. La Mort du moine, son premier roman traduit en français, a été couronné en Israël, en 2006, par le prix du Président.

À 16 ans, Aslan Farhi, fils aîné d’une riche famille juive de Damas est mal aimé de son père. Immature et nonchalant, il passe, depuis sa plus tendre enfance, la majeure partie de son temps avec sa mère qui lui prête ses plus belles robes et le maquille pour en faire une belle femme. Marié de force à la fille bigote d’un rabbin, il vit très mal cette situation et se réfugie dans les lieux de débauche de sa ville. C’est là qu’il rencontre Tommaso, un vieux moine lubrique qui l’initie au plaisir homosexuel. Une nuit, le moine succombe en plein sodomie d’Aslan. Pris de panique, celui-ci découpe le cadavre du moine en morceaux et le disperse hors de la ville. Rapidement, la disparition du moine devient une affaire étrange et mystérieuse. Des rumeurs naissent parmi les populations chrétiennes et musulmanes selon lesquelles les juifs auraient perpétré, sur le pauvre moine, un meurtre rituel. Commence alors une suite d’événement qui va précipiter Aslan vers le monastère chrétien du Liban où, arrivé à la fin de sa vie, il dictera ses mémoires à un jeune moine.
La Mort du moine est un récit très lent construit de manière étirée et lancinante de manière à mieux mettre en évidence les hésitations et le mal-être du narrateur. De plus, afin de restituer pleinement l’ambiance du XIX siècle, l’auteur a émaillé son récit de tournures hébraïques désuètes, fleuries et lyriques. On sent ainsi aisément l’atmosphère de Damas, opulente et riche, dans laquelle évolue cet être pâle et quasiment insignifiant qu’est Aslan. Ce style permet également de ressentir et de partager, au plus profond de soi, le dégout qu’Aslan a de lui-même.
Œuvre de fiction reposant sur des personnages ayant réellement existés, La Mort du moine s'inspire de l’Affaire de Damas alors qu'en 1840, tous les juifs de Damas ont failli être éliminés et n’ont dû leur salut qu’à la mobilisation des communautés juives d’occident. La thèse développée dans ce récit constitue une interprétation libre d’Alon Hilu dans la mesure où, d’une part, cette affaire n’a jamais été résolue (le moine et son serviteur n’ont jamais été retrouvés), et que d’autre part, l’auteur introduit, dans son histoire, l’homosexualité d’Aslan et de divers personnages clés. Cette interprétation serait, selon lui, la seule explication plausible à toute cette affaire…
A la lecture du roman, on peut toutefois regretter que les personnages homosexuels qui évoluent ici soient tous présentés de manière négative : un vieux moine lubrique et pédéraste, un jeune homme sans aucune consistance ni réaction propre aux événements, un barbier homosexuel refoulé, un enquêteur qui se travestit pour chanter, danser et aller dans les hammams pour passer d’hommes en hommes… La galerie n'est pas bien flatteuse et il est assez difficile d’admettre que l’homosexualité soit systématiquement  présentée, pour l’ensemble des personnages concernés, comme une tare ou quelque chose à cacher. D'autant plus que le romancier aurait facilement pu imaginer qu’Aslan vive mal son homosexualité et comprendre que ce problème d’acceptation de soi figure à la source de tous les événements de l’histoire. Au lieu de cela, si on suit le point de vue développé par l’auteur, on est rapidement amené à penser qu’il n’y a pas d’homosexuel heureux. Même dans le contexte de l’époque, cela parait difficile à croire !
La Mort du moine s'avère donc un premier roman original de par la thèse qu'il soutient, mais décevant par l'attitude qu'il adopte vis à vis de l’homosexualité !

Alon Hilu, La Mort du moine, roman, éditions Le Seuil, 2008, 345 pages, 23 €.

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Gerri Hill ou coyote sky
Par Christel Marque

Gerri Hill commença à écrire des romans lesbiens pour se divertir lors d’un rude hiver au coeur des montagnes du Colorado. Elle publia son premier roman, One Simmer Night, en 2000. Sa passion pour la nature transpire dans chacun de ses livres. Quand elle n’écrit pas, elle profite des extérieurs de son domaine dans l’est du Texas avec sa partenaire de longue date, Diane. Avec Coyote Sky, elle offre à ses lecteurs une histoire émaillée de somptueuses descriptions où la nature omniprésente donne corps au récit.

Ecrivain renommé Kate Winters rejoint sa vieille amie Brenda, une riche veuve qui a pris ses quartiers d’été à Coyote, une petite ville du Nouveau-Mexique. En quête d’inspiration et perdue dans sa relation avec Robin, Kate s’échappe non sans appréhension de sa vie citadine et de la moiteur estivale de Dallas. Elle se retrouve alors plongée dans un univers radicalement différent du sien, émerveillée par la magie des canyons et du désert d’altitude, intriguée par les amies hautes en couleur de Brenda. Mais parmi ces femmes mystérieuses et excentriques, une seule attire l’attention de Kate, le shérif Lee Foxx réputée pour ses nombreuses conquêtes.
Alors qu’elle se sent inexplicablement attirée par cette femme qui a pourtant tout pour lui déplaire, Kate se retrouve prise au piège par la venue impromptue de Robin. Saura-t-elle choisir entre la tranquillité d’une vie de couple quasi inexistante et son désir croissant pour Lee, ô combien séduisante ? La sérénité et la beauté époustouflante des canyons aideront-elles Kate à faire le bon choix ? A moins que les opales de l’énigmatique amie de Brenda, Harmony, ne réussissent finalement à apaiser la tourmente de Kate, dont le destin prend une toute autre voie au cœur de ces magnifiques paysages désertiques du Nouveau Mexique.
Lee, de son côté, réussira-t-elle à vivre pleinement des sentiments qu’elle refusait jusqu’alors d’éprouver ? Se laissera-t-elle emporter par cet amour qui la submerge au point d’en oublier ses multiples conquêtes d’une nuit ?
Gerri Hill invite ses lectrices à un merveilleux voyage enchanteur au cœur des canyons dont elle explore l’abyssale beauté avec maestria. Une invitation au voyage intérieur aussi, celui de deux femmes qui, jusqu’à leur rencontre ne vivaient que de pâles amours illuminées ça et là par des êtres de passage. Des amours sans saveur qui n’avaient pas alors le parfum de cette passion, fruit d’une irrésistible attirance qui, parfois, unit les corps dans un accord parfait des cœurs.

Gerri Hill, Coyote Sky, éditions Dans l'engrenage, 2008, 264 pages, 19 €.

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Te revoir pour Alexandre Delmar
par Thierry Zedda

Après Prélude à une vie heureuse (2004) qui avait connu un joli succès commercial et Le Garçon qui pleurait des larmes d’amour (2007) qui n'avait pas réussi à convaincre le public et s'était avéré plutôt décevant, l'auteur fétiche des éditions Textes gais, le trentenaire Alexandre Delmar, tente sa chance avec Te revoir, un troisième roman d'un genre totalement différent, voire surprenant, qui semble inspiré des affaires d'enlèvement qu'ont connues récemment les banlieues françaises.

Suite à un piège tendu sur Internet par une bande de jeunes voyous attirés par l’éventuelle rançon qu’il pourront négocier de son enlèvement, Julien, jeune gay apparemment sans histoire, se retrouve victime des sévices de ses ravisseurs homophobes. Insultes, menaces, coups, viol... rien ne lui est épargné tandis que la police, sa famille et son petit ami mènent une course contre la mort pour le tirer des griffes de ces tortionnaires. Y arriveront-ils ? Suspens… Car Te revoir est construit comme une véritable enquête policière, inspirée du format efficace des séries policières qui font les beaux soirs du petit écran. D'ailleurs, Te revoir pourrait fort bien servir de matière à un excellent scénario pour ce genre de programme, car tout y est pour bien fonctionner. Bien écrit, facile à lire, bien ficelé, le roman tient en haleine le lecteur du début jusqu’à la fin. L’intrigue tient debout et la minutie avec laquelle Alexandre Delmar habille son récit, jusqu’au dénouement, fait sa réussite.
Mais bien au-delà du simple plaisir de lecture, Te revoir pose de vraies questions en puisant son essence dans une vérité tragique que plusieurs faits divers, ces derniers mois, ont hélas illustré. On s’aperçoit alors que la cruauté dont est victime Julien dans le roman est largement en de-ça de la réalité. Il s'agit donc d'un virage à mille degrés pour le Wonder boy de la littérature gay française. Avec Te revoir, Alexandre Delmar s’éloigne des incertitudes fantasques de l’adolescence pour aborder un genre différent mais qui prouve de manière indiscutable son talent. Le résultat est digne des grands chroniqueurs judiciaires.

Alexandre Delmar, Te revoir, roman, éditions Textes gais, 2008, 124 pages, 10 €.

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Anne-Laure Mahé et Dona Paz, La libertine
Par Christel Marque

Anne-Laure Mahé, l’auteure de Ticket de caisse s’est associée à l’artiste graphique Carole Murcia pour nous offrir Dona Paz, La Libertine, un récit graphique qui plonge les lectrices dans la vie riche et agitée des libertins du XVIIe siècle.

Lasse de croupir dans le couvent des sœurs de La Dolorosa, dans l'attente d'un funeste mariage avec un homme qui ne la comblera pas, Paz, une jeune adolescente de noble lignée, s’enfuit de ces murs austères. Elle veut dompter son destin tracé par des coutumes ancestrales et devenir une libertine. Aspirant plus que tout à penser par elle-même et à mener la vie qu’elle désire en se libérant de l’autorité fraternelle, Paz trouve refuge chez Dona Victoria, puis s’installe à Paris chez Mme Du Sablier.
Ces deux femmes - pour lesquelles le libertinage est un art de vivre - l’initient à la rhétorique, à la littérature, au maniement de l’épée, et surtout, elles l’invitent à emprunter des chemins interdits où sensualité et volupté sont les maîtres mots.
Dona Paz, La Libertine est une œuvre initiatique où le trait, parfois simple esquisse épurée en noir et blanc, invite à un voyage dans le passé, quand le libertinage - conduite alors décriée - offrait aux femmes un parfum de désir et de plaisirs qu’aujourd’hui nous goûtons avec délices.

Anne-Laure Mahé, Doña Paz, la libertine, illustrations de Carole Murcia, éditions La Cerisaie, 2008, 48 pages, 12 €.



Les anges ont fait leur nid dans le jardin de Philippe Bouziaux
par Pascal Éloy

Philippe Bouziaux est né en 1959 en Dordogne. Ce passionné de littérature a écrit plusieurs ouvrages de poésie, non publiés à ce jour. Les Anges ont fait leur nid dans le jardin est son deuxième roman, après Mon coeur vibre encore là-bas en 2007, tous deux publiés chez Publibook.

Cette histoire est, en fait, la suite du livre Mon cœur vibre encore là-bas dans lequel Philippe et son conjoint Dominique, font la découverte du Maroc et projettent de s’y installer. Or, des soucis financiers (puisque leur association ne fonctionnent pas au mieux de leurs espoirs) les empêchent de mener à bien ce projet. Ils s’installent donc, dans la Creuse, chez le grand-père de Dominique. Ce qui, au départ, ressemblait à un bonheur de tous les jours, va rapidement se transformer en cauchemar de tous les instants.
Dans
Les Anges ont fait leur nid dans le jardin, Philippe Bouziaux poursuit son voyage chaotique entre roman et confession. En effet, au tout début du livre, l’auteur, en décrivant le grand-père de son conjoint, nous offre des lignes d’une sincérité et d’une émotion intense. Dans cette évocation d’un passé révolu et de personnes presque toutes disparues, il est bouleversant de tendresse.
Mais rapidement, au détour d’une page, le récit bascule et Bouziaux, comme dans son premier ouvrage, entre dans un univers de larmes et de lamentations. Ce ne sont plus, ensuite que cris, pleurs et colère. Quel dommage que l’auteur utilise encore la corde sensible et larmoyante dont il avait déjà usé à profusion dans son premier ouvrage. Il aurait été plus intéressant de trouver une autre manière d’exprimer ses émotions sans noyer le lecteur à corps et à cris !
Heureusement, la fin du livre, comme dans les meilleurs films américains, s’épuise en une happy end qui laisse envisager – espérons-le, en tout cas – un troisième tome plus heureux. On notera pour finir que, mis à part le couple formé par le narrateur et son conjoint, ce livre n’a aucun rapport avec l’homosexualité. L’histoire pourrait concerner un couple hétérosexuel sans qu’il ne soit nécessaire de changer une ligne du texte.

Philippe Bouziaux, Les Anges ont fait leur nid dans le jardin, éditions Publibook, 2008, xx pages, xx €.

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François Reynaert et nos amis les hétéros
par Pierre Salducci

François Reynaert est né en 1960 à Dunkerque. Il est chroniqueur au Nouvel Observateur, à Campus (France 2) et sur France Inter. Il a déjà publié plusieurs recueils de chroniques et livres d'humeur comme Pour en finir avec les années 80, Sur la terre comme au ciel, une histoire des relations entre l’Église et l’État, Une fin de siècle, L’Air du temps m’enrhume, Nos Années vaches folles et le roman Nos amis les journalistes. Nos amis les hétéros est son deuxième roman.

Le roman de François Reynaert commence bien. Dans une première partie, il nous présente un personnage imaginaire qui lui ressemble probablement un peu mais qui n’est pas lui. C’est Basile, au prénom et au comportement un peu décalé, personnage qu’il avait déjà créé dans son précédent roman Nos amis les journalistes. Basile est journaliste dans un hebdomadaire d’information, tout comme François Reynaert qui écrit pour le Nouvel Observateur. C’est ainsi que les premières pages du roman s’attardent surtout à nous décrire la vie dans ce petit milieu, les conditions de travail, les réactions et personnalités des uns et des autres, etc. 
A priori, tout va bien, si ce n’est qu’un jour, par le plus grand des hasards, Basile se retrouve à hériter d’un dossier sur les homosexuels et la communauté gay. Or, il se trouve que Basile est justement homosexuel. D’un certain côté, c’est parfait et ça ne devrait pas poser de problème, puisque Basile est censé bien connaître son sujet et être à l’aise avec la question. D’autant plus qu’à son travail tout le monde sait qu’il est gay et qu’il se sent libre d’aborder la question sans tabou. Mais en même temps, il se demande un peu pourquoi lui. Et ce n’est pas tout. Si chacun au travail connaît la vie privée du journaliste, sa famille à lui n’est pas pour autant au courant. En plus, il a beau être homosexuel, Basile ne se sent pas l’âme d’un expert en homosexualité. Le sujet lui fait peur. Il ne sait pas par quel bout l’aborder. Du coup, le voici obligé - pour bien faire - de s’imposer une petite plongée dans le quartier du Marais afin de s’imprégner du milieu et de recueillir quelques témoignages.
C’est au cours de cette véritable enquête sociale qu’il rencontrera Victor, qu’il va croiser une fois, deux fois, jusqu’à s’apercevoir que tous deux pourraient même faire un bout de chemin ensemble. Un couple se crée. Fin de la première partie. Désormais, Basile se retrouve à mener de front son dossier pour le travail, sa nouvelle vie de couple et son coming out auprès de sa famille. Pas si facile. Et comme si ce n’était pas assez, son meilleur ami ne cesse d’avoir besoin de lui pour l’aider à traverser les crises qu’il connaît lui-même dans propre couple. D’où le titre, nos amis les hétéros. 
Les problème de ce roman c'est que très vite, ce ne sera plus tant du couple Basile - Victor qu’il sera question mais beaucoup plus du couple Guillaume - Rose-Anne qu’on va désormais suivre de près et observer à la loupe. A partir de là, c’est beaucoup moins intéressant. Le propos de Reynaert tourne à vide et enchaîne les poncifs sur le couple hétéro sur un ton qui se veut rigolard et bienveillant. 
Au final, Nos amis les hétéros est une bonne surprise qui tourne court, un début prometteur, un contexte intéressant, mais comme souvent dans ce genre de livre, on s’aperçoit très vite que l’auteur n’a pas grand-chose à nous dire et que ni son ton ni son style ne suffisent à sauver l’entreprise.

François Reynaert, Nos amis les hétéros, éditions Nil, Paris, 2004, 288 pages, 17 €.

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