Septembre
2008 - Numéro 67 - 6e année ©
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Tony
Duvert meurt seul et amer,
son
corps est retrouvé sans vie plus d'un mois après son décès.
par
Pierre Salducci (Sources : Rémy Maucourt, La Nouvelle République et
Blois.maville.com)
Pour
ses voisins et les habitants de son village, il n’était qu’un vieil homme
solitaire et anonyme. Pourtant, celui qu’on a retrouvé sans vie à son
domicile en plein cœur de l’été n’était autre que Tony
Duvert, l’écrivain à scandale et à succès, qui connut une carrière
très médiatisée dans les années 70, allant même jusqu’à recevoir le
prestigieux Prix Médicis. La nouvelle a été révélée par La
Nouvelle République, un journal régional du centre de la France.
Situé
à quelques kilomètres seulement de Vendôme, dans le Loir et Cher,
Thoré-la-Rochette vient de rentrer brusquement dans l’histoire. En effet, c’est
dans ce petit village de 800 habitants seulement qu’a été découvert le
corps de Tony Duvert, tout à fait par hasard, le mercredi 20 août
dernier. Ce matin-là, un voisin remarque que la boîte aux lettres de la maison
d’à-côté déborde. Même si l’homme qui habite là est peu connu et
réputé solitaire, on le sait aussi sédentaire et la découverte de sa boîte
aux lettres pleine inquiète le voisinage. Le maire est aussitôt prévenu et
celui-ci avise immédiatement la gendarmerie de Vendôme. Arrivées sur place,
les forces de l’ordre n’obtiennent pas de réponse à leurs appels et
demandent l’aide des pompiers pour forcer une fenêtre. Quand ils finissent
par pénétrer sur les lieux, ceux-ci découvrent le corps du malheureux. Selon
eux, le décès pourrait remonter à plus d’un mois déjà.
Âgé de 63 ans, Tony Duvert vivait depuis une vingtaine d’années à
Thoré. Avec sa mère, tout d’abord, puis seul, au décès de cette dernière,
en 1996. Autant sa mère était ouverte et côtoyait les gens du village, autant
son fils Tony ne parlait à personne, sans pour autant faire l’objet de
commentaires désobligeants. Il n’avait pas de travail connu ni de famille sur
place. Tout juste certains savaient-ils qu’il avait eu un prix littéraire,
sans d’ailleurs pousser la curiosité plus loin. Tony Duvert allait de
temps en temps à l’épicerie du village, et c’est tout. Aucune trace de
violence n’a été constatée sur les lieux si bien que les premiers
éléments de l’enquête laissent penser à une mort naturelle. Une fois le
décès enregistré, le corps a été transféré à l’institut médico-légal
pour autopsie.
Le journaliste Rémy Maucourt rappelle fort justement que Tony Duvert a
écrit toute son oeuvre dans la mouvance de la libération sexuelle de l’après
mai 68. Il prônait le droit pour les enfants (particulièrement pour les
garçons) à disposer de leur corps et de leur propre sexualité, revendiquant
notamment une autre forme d’éducation où le garçon ne serait plus élevé
en petit mâle, allant même jusqu’à affirmer qu’il fallait
" retirer les garçons aux femmes ", et surtout à leur
mère. Ses livres les plus significatifs à ce sujet restent assurément ses
deux essais Le bon sexe illustré paru en 1974 et L’Enfant au
masculin en 1980. Si un tel point de vue reste difficile à comprendre
aujourd’hui et serait très certainement censuré ou associé à de la
pédophilie pure et simple, il faut bien comprendre qu’à cette époque les
mouvements de libérations sexuelles fourmillaient littéralement et qu’ils
étaient perçus comme normaux voire nécessaires, malgré leurs excès et leurs
côté intellectuel. Certains luttaient pour la libération des homosexuels
(comme Guy Hocquengheim), d’autres pour le libération des femmes et
des lesbiennes comme Françoise d’Eaubonne. Elena Gianini Belloti
prenait la défense des petites filles dans son ouvrage Du côté des petites
filles, et Tony Duvert illustrait la même démarche au masculin. Ses
écrits ont été très en vogue pendant plusieurs années et l’écrivain s’est
vraiment trouvé au cœur de la littérature française pendant une bonne
décennie.
Dans
Paysage de fantaisie, paru en 1973, il décrit les jeux sexuels entre un
adulte et des enfants. Le livre lui vaut pourtant le prestigieux Prix Médicis
à l’unanimité et on lui consacre de nombreux articles très élogieux dans Le
Monde, Libération et Le Figaro. Pour ses partisans, Tony
Duvert est un écrivain précieux, très fin et d’une liberté de ton que
peu d’auteurs ont égalé, si ce n’est peut-être Roger Peyrefitte en
son temps et Denis Cooper aujourd’hui. A part deux titres parus aux
éditions Fata Morgana, Tony Duvert a publié toute son œuvre aux
prestigieuses éditions de Minuit où ses titres sont encore disponibles. Son
roman L’Île Atlantique a même été réédité en poche en 2005 et
adapté la même année à l’écran pour Arte par Gérard Mordillat.
Dans les années 80, alors que les mentalités commencent à changer et à se
refermer, une nouvelle génération d’auteurs homosexuels plus consensuels
comme Yves Navarre fait son apparition et Tony Duvert disparaît
peu à peu de la circulation. Il ne publie plus rien à partir de 1989 ayant
conscience que sa vision est devenue trop difficile à défendre avec le temps
et en raison de l'évolution du public vers une infantilisation et une
surprotection croissantes de l'enfant, accompagnées d'une peur panique de la
pédophilie. Il refuse de recevoir la presse et ne participe plus à aucun
événement littéraire se contentant de répondre un lapidaire : Vous n’avez
qu’à lire mes livres à ceux qui tentaient encore de lui proposer
débats ou entrevues. Avec le recul, il devient de plus en plus amer et
misanthrope. Du fait de ce silence prolongé, plusieurs le croyaient déjà mort
depuis longtemps et la nouvelle de sa disparition est tombée à la fois comme
une surprise et une déception.
Lire également à ce sujet :
Les
incontournables gay de La Référence
]
Un
anneau d'argent à l'oreille (roman)
]
Définition de la littérature
gay
]
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La
chère Anne de Judith Katzir
par
Christel Marque
Née
à Haifa en Israël, Judith Katzir est l’auteur
de deux recueils de nouvelles, de livres pour enfants et du roman La
Mer est là, ouverte qui a reçu le prix Wizo Israël en 2004. Chère
Anne est son second roman paru aux éditions Joelle Losfeld.
Devenue
romancière à succès et mère de famille, Rivi retourne, bien des années plus
tard au Carmel, le quartier de son enfance pour un ultime au-revoir à celle qui
fut son premier et dernier amour féminin. Elle retrouve le journal qu’elle
tenait à l’époque, quatre cahiers d’écolière qu’elle avait enfouis au
pied d’un arbre noble et centenaire. Elle se plonge alors avec nostalgie dans
le récit de son adolescence tourmentée qu’un amour inattendu sauva de la
détresse affective.
Abandonnée par son père au lendemain de sa bat-mitsva et ignorée par une
mère rigide et froide, Rivi emprunte l’identité de Kitty, l’amie
imaginaire d’Anne Franck et se confie jour après jour à celle qui, par delà
l’horreur du nazisme, laissa à l’Histoire un témoignage poignant. Dans le
secret de ces pages, Rivi raconte sa vie quotidienne, celle d’une collégienne
des années soixante-dix. Mais aussi, et surtout, elle relate le cours de cette
passion naissante pour Mickaela, son professeur de littérature qui l’initiera
aux délices de la volupté amoureuse. Un amour partagé et fusionnel que les
années n’éteindront pas.
De ce retour en amnésie, de cette plongée dans un passé qui, finalement, ne l’aura
jamais quittée, Rivi, la femme adulte, s’éveille à de nouvelles
interrogations : cet amour n’était-il qu’une expérience, ou plus
encore ? Ses sentiments, si forts à l’époque de ses quinze ans, se
sont-ils atténués avec le temps ? Ou n’a-t-elle simplement fermé les
yeux sur cet amour pour ne pas avoir a affronter les autres ? Parce qu’elle
ne pouvait peut-être pas assumer la puissance de ses émotions ?
Chère Anne est un merveilleux roman tissé de tendresse et de beauté
qui offre aux lecteurs une double initiation, celle, exaltante et pure d’amours
féminines et celle, qui mûrit avec le temps et l’expérience, l’art de l’écrit
où la plume vieillit avec son auteur et se bonifie. Un double regard aussi,
celui de l’adolescente pour qui tout est définitif et à jamais et celui de l’adulte,
nostalgique et mélancolique qui ne sait, finalement, qui de l’adolescente ou
de la femme a le mieux vécu.
Judith
Katzir,
Chère Anne, roman, éditions Joelle Losfeld, 2008, 352 pages,
22,50 €.
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La mort du moine
de Alon Hilu
Par
Pascal Éloy
Né
à Jaffa, le 21 juin 1972, Alon Hilu a toujours
été attiré par le théâtre. Après des études d'Art dramatique à Tel-Aviv,
il écrit de nombreuses pièces radiophoniques, tout en suivant des cours de
droit. Écrivain et spécialiste reconnu du droit de la propriété
intellectuelle, il est finaliste du prix Sapir. La Mort du
moine, son premier roman traduit en français, a été couronné en
Israël, en 2006, par le prix du Président.
À
16 ans, Aslan Farhi, fils aîné d’une riche famille juive de Damas est mal
aimé de son père. Immature et nonchalant, il passe, depuis sa plus tendre
enfance, la majeure partie de son temps avec sa mère qui lui prête ses plus
belles robes et le maquille pour en faire une belle femme. Marié de force à la
fille bigote d’un rabbin, il vit très mal cette situation et se réfugie dans
les lieux de débauche de sa ville. C’est là qu’il rencontre Tommaso, un
vieux moine lubrique qui l’initie au plaisir homosexuel. Une nuit, le moine
succombe en plein sodomie d’Aslan. Pris de panique, celui-ci découpe le
cadavre du moine en morceaux et le disperse hors de la ville. Rapidement, la
disparition du moine devient une affaire étrange et mystérieuse. Des rumeurs
naissent parmi les populations chrétiennes et musulmanes selon lesquelles les
juifs auraient perpétré, sur le pauvre moine, un meurtre rituel. Commence
alors une suite d’événement qui va précipiter Aslan vers le monastère
chrétien du Liban où, arrivé à la fin de sa vie, il dictera ses mémoires à
un jeune moine.
La Mort du moine est un récit très lent construit de manière étirée
et lancinante de manière à mieux mettre en évidence les hésitations et le
mal-être du narrateur. De plus, afin de restituer pleinement l’ambiance du
XIX siècle, l’auteur a émaillé son récit de tournures hébraïques
désuètes, fleuries et lyriques. On sent ainsi aisément l’atmosphère de
Damas, opulente et riche, dans laquelle évolue cet être pâle et quasiment
insignifiant qu’est Aslan. Ce style permet également de ressentir et de
partager, au plus profond de soi, le dégout qu’Aslan a de lui-même.
Œuvre de fiction reposant sur des personnages ayant réellement existés, La
Mort du moine s'inspire de l’Affaire de Damas alors qu'en 1840, tous les
juifs de Damas ont failli être éliminés et n’ont dû leur salut qu’à la
mobilisation des communautés juives d’occident. La thèse développée dans
ce récit constitue une interprétation libre d’Alon Hilu dans la
mesure où, d’une part, cette affaire n’a jamais été résolue (le moine et
son serviteur n’ont jamais été retrouvés), et que d’autre part, l’auteur
introduit, dans son histoire, l’homosexualité d’Aslan et de divers
personnages clés. Cette interprétation serait, selon lui, la seule explication
plausible à toute cette affaire…
A la lecture du roman, on peut toutefois regretter que les personnages
homosexuels qui évoluent ici soient tous présentés de manière négative : un
vieux moine lubrique et pédéraste, un jeune homme sans aucune consistance ni
réaction propre aux événements, un barbier homosexuel refoulé, un enquêteur
qui se travestit pour chanter, danser et aller dans les hammams pour passer d’hommes
en hommes… La galerie n'est pas bien flatteuse et il est assez difficile d’admettre
que l’homosexualité soit systématiquement présentée, pour l’ensemble
des personnages concernés, comme une tare ou quelque chose à cacher. D'autant
plus que le romancier aurait facilement pu imaginer qu’Aslan vive mal son
homosexualité et comprendre que ce problème d’acceptation de soi figure à
la source de tous les événements de l’histoire. Au lieu de cela, si on suit
le point de vue développé par l’auteur, on est rapidement amené à penser
qu’il n’y a pas d’homosexuel heureux. Même dans le contexte de l’époque,
cela parait difficile à croire ! La
Mort du moine s'avère donc un premier
roman original de par la thèse qu'il soutient, mais décevant par l'attitude
qu'il adopte vis à vis de l’homosexualité !
Alon Hilu,
La Mort du moine, roman,
éditions Le Seuil, 2008, 345 pages, 23 €.
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Gerri
Hill ou coyote sky
Par
Christel Marque
Gerri
Hill commença à écrire des romans lesbiens pour se divertir lors d’un
rude hiver au coeur des montagnes du Colorado. Elle publia son premier roman, One
Simmer Night, en 2000. Sa passion pour la nature transpire dans chacun de
ses livres. Quand elle n’écrit pas, elle profite des extérieurs de son
domaine dans l’est du Texas avec sa partenaire de longue date, Diane.
Avec Coyote Sky,
elle offre à ses lecteurs une histoire émaillée de somptueuses descriptions
où la nature omniprésente donne corps au récit.
Ecrivain
renommé Kate Winters rejoint sa vieille amie Brenda, une riche veuve qui a pris
ses quartiers d’été à Coyote, une petite ville du Nouveau-Mexique. En
quête d’inspiration et perdue dans sa relation avec Robin, Kate s’échappe
non sans appréhension de sa vie citadine et de la moiteur estivale de Dallas.
Elle se retrouve alors plongée dans un univers radicalement différent du sien,
émerveillée par la magie des canyons et du désert d’altitude, intriguée
par les amies hautes en couleur de Brenda. Mais parmi ces femmes mystérieuses
et excentriques, une seule attire l’attention de Kate, le shérif Lee Foxx
réputée pour ses nombreuses conquêtes.
Alors qu’elle se sent inexplicablement attirée par cette femme qui a pourtant
tout pour lui déplaire, Kate se retrouve prise au piège par la venue
impromptue de Robin. Saura-t-elle choisir entre la tranquillité d’une vie de
couple quasi inexistante et son désir croissant pour Lee, ô combien
séduisante ? La sérénité et la beauté époustouflante des canyons
aideront-elles Kate à faire le bon choix ? A moins que les opales de l’énigmatique
amie de Brenda, Harmony, ne réussissent finalement à apaiser la tourmente de
Kate, dont le destin prend une toute autre voie au cœur de ces magnifiques
paysages désertiques du Nouveau Mexique.
Lee, de son côté, réussira-t-elle à vivre pleinement des sentiments qu’elle
refusait jusqu’alors d’éprouver ? Se laissera-t-elle emporter par cet
amour qui la submerge au point d’en oublier ses multiples conquêtes d’une
nuit ?
Gerri Hill invite ses lectrices à un merveilleux voyage enchanteur au cœur des
canyons dont elle explore l’abyssale beauté avec maestria. Une invitation au
voyage intérieur aussi, celui de deux femmes qui, jusqu’à leur rencontre ne
vivaient que de pâles amours illuminées ça et là par des êtres de passage.
Des amours sans saveur qui n’avaient pas alors le parfum de cette passion,
fruit d’une irrésistible attirance qui, parfois, unit les corps dans un
accord parfait des cœurs.
Gerri Hill,
Coyote Sky,
éditions Dans l'engrenage, 2008, 264 pages, 19 €.
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Te
revoir pour Alexandre Delmar
par
Thierry Zedda
Après Prélude
à une vie heureuse (2004) qui avait connu un joli succès commercial et
Le
Garçon qui pleurait des larmes d’amour (2007) qui n'avait pas réussi
à convaincre le public et s'était avéré plutôt décevant, l'auteur fétiche
des éditions Textes gais, le trentenaire Alexandre Delmar,
tente sa chance avec Te revoir, un troisième roman
d'un genre totalement différent, voire surprenant, qui semble inspiré des
affaires d'enlèvement qu'ont connues récemment les banlieues françaises.
Suite
à un piège tendu sur Internet par une bande de jeunes voyous attirés par l’éventuelle
rançon qu’il pourront négocier de son enlèvement, Julien, jeune gay
apparemment sans histoire, se retrouve victime des sévices de ses ravisseurs
homophobes. Insultes, menaces, coups, viol... rien ne lui est épargné tandis
que la police, sa famille et son petit ami mènent une course contre la mort
pour le tirer des griffes de ces tortionnaires. Y arriveront-ils ? Suspens…
Car Te revoir est construit comme une véritable enquête policière,
inspirée du format efficace des séries policières qui font les beaux soirs du
petit écran. D'ailleurs, Te revoir pourrait fort bien servir de matière
à un excellent scénario pour ce genre de programme, car tout y est pour bien
fonctionner. Bien écrit, facile à lire, bien ficelé, le roman tient en
haleine le lecteur du début jusqu’à la fin. L’intrigue tient debout et la
minutie avec laquelle Alexandre Delmar habille son récit, jusqu’au
dénouement, fait sa réussite.
Mais bien au-delà du simple plaisir de lecture, Te revoir pose de vraies
questions en puisant son essence dans une vérité tragique que plusieurs faits
divers, ces derniers mois, ont hélas illustré. On s’aperçoit alors que la
cruauté dont est victime Julien dans le roman est largement en de-ça de la
réalité. Il s'agit donc d'un virage à mille degrés pour le Wonder boy de la
littérature gay française. Avec Te revoir, Alexandre Delmar s’éloigne
des incertitudes fantasques de l’adolescence pour aborder un genre différent
mais qui prouve de manière indiscutable son talent. Le résultat est digne des
grands chroniqueurs judiciaires.
Alexandre Delmar,
Te revoir, roman, éditions Textes
gais, 2008, 124 pages, 10 €.
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Anne-Laure
Mahé et Dona Paz, La libertine
Par
Christel Marque
Anne-Laure
Mahé, l’auteure de Ticket de caisse s’est
associée à l’artiste graphique Carole Murcia
pour nous offrir Dona Paz, La Libertine, un récit
graphique qui plonge les lectrices dans la vie riche et agitée des libertins du
XVIIe siècle.
Lasse
de croupir dans le couvent des sœurs de La Dolorosa, dans l'attente d'un
funeste mariage avec un homme qui ne la comblera pas, Paz, une jeune adolescente
de noble lignée, s’enfuit de ces murs austères. Elle veut dompter son destin
tracé par des coutumes ancestrales et devenir une libertine. Aspirant plus que
tout à penser par elle-même et à mener la vie qu’elle désire en se
libérant de l’autorité fraternelle, Paz trouve refuge chez Dona Victoria,
puis s’installe à Paris chez Mme Du Sablier.
Ces deux femmes - pour lesquelles le libertinage est un art de vivre - l’initient
à la rhétorique, à la littérature, au maniement de l’épée, et surtout,
elles l’invitent à emprunter des chemins interdits où sensualité et
volupté sont les maîtres mots.
Dona Paz, La Libertine est
une œuvre initiatique où le trait,
parfois simple esquisse épurée en noir et blanc, invite à un voyage dans le
passé, quand le libertinage - conduite alors décriée - offrait aux femmes un
parfum de désir et de plaisirs qu’aujourd’hui nous goûtons avec délices.
Anne-Laure
Mahé, Doña
Paz, la libertine, illustrations de Carole
Murcia, éditions La Cerisaie, 2008, 48 pages, 12 €.
Les
anges ont fait leur nid dans le jardin de Philippe Bouziaux
par
Pascal Éloy
Philippe
Bouziaux est né en 1959 en
Dordogne. Ce passionné de littérature a écrit plusieurs ouvrages de poésie,
non publiés à ce jour. Les
Anges ont fait leur nid dans le jardin
est son deuxième roman, après Mon
coeur vibre encore là-bas
en 2007, tous deux publiés chez Publibook.
Cette
histoire est, en fait, la suite du livre Mon cœur vibre encore là-bas
dans lequel Philippe et son conjoint Dominique, font la découverte du Maroc et
projettent de s’y installer. Or, des soucis financiers (puisque leur
association ne fonctionnent pas au mieux de leurs espoirs) les empêchent de
mener à bien ce projet. Ils s’installent donc, dans la Creuse, chez le
grand-père de Dominique. Ce qui, au départ, ressemblait à un bonheur de tous
les jours, va rapidement se transformer en cauchemar de tous les instants.
Dans
Les
Anges ont fait leur nid dans le jardin,
Philippe Bouziaux poursuit son voyage
chaotique entre roman et confession. En effet, au tout début du livre, l’auteur,
en décrivant le grand-père de son conjoint, nous offre des lignes d’une
sincérité et d’une émotion intense. Dans cette évocation d’un passé
révolu et de personnes presque toutes disparues, il est bouleversant de
tendresse.
Mais rapidement, au détour d’une page, le récit bascule et Bouziaux,
comme dans son premier ouvrage, entre dans un univers de larmes et de
lamentations. Ce ne sont plus, ensuite que cris, pleurs et colère. Quel dommage
que l’auteur utilise encore la corde sensible et larmoyante dont il avait
déjà usé à profusion dans son premier ouvrage. Il aurait été plus
intéressant de trouver une autre manière d’exprimer ses émotions sans noyer
le lecteur à corps et à cris !
Heureusement, la fin du livre, comme dans les meilleurs films américains, s’épuise
en une happy end qui laisse envisager – espérons-le, en tout cas –
un troisième tome plus heureux. On notera pour finir que, mis à part le couple
formé par le narrateur et son conjoint, ce livre n’a aucun rapport avec l’homosexualité.
L’histoire pourrait concerner un couple hétérosexuel sans qu’il ne soit
nécessaire de changer une ligne du texte.
Philippe
Bouziaux, Les
Anges ont fait leur nid dans le jardin,
éditions Publibook, 2008, xx pages, xx €.
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François
Reynaert et nos amis les hétéros
par
Pierre Salducci
François
Reynaert est né en 1960 à Dunkerque. Il est chroniqueur au Nouvel
Observateur, à Campus (France 2) et sur France Inter. Il a déjà
publié plusieurs recueils de chroniques et livres d'humeur comme Pour
en finir avec les années 80, Sur la terre comme au
ciel, une histoire des relations entre l’Église et l’État, Une
fin de siècle, L’Air du temps m’enrhume,
Nos Années vaches folles et le roman Nos
amis les journalistes. Nos
amis les hétéros est son deuxième roman.
Le
roman de François Reynaert commence bien. Dans une première partie, il
nous présente un personnage imaginaire qui lui ressemble probablement un peu
mais qui n’est pas lui. C’est Basile, au prénom et au comportement un peu
décalé, personnage qu’il avait déjà créé dans son précédent roman Nos
amis les journalistes. Basile est journaliste dans un hebdomadaire d’information,
tout comme François Reynaert qui écrit pour le Nouvel Observateur.
C’est ainsi que les premières pages du roman s’attardent surtout à nous
décrire la vie dans ce petit milieu, les conditions de travail, les réactions
et personnalités des uns et des autres, etc.
A priori, tout va bien, si ce n’est qu’un jour, par le plus grand des
hasards, Basile se retrouve à hériter d’un dossier sur les homosexuels et la
communauté gay. Or, il se trouve que Basile est justement homosexuel. D’un
certain côté, c’est parfait et ça ne devrait pas poser de problème,
puisque Basile est censé bien connaître son sujet et être à l’aise avec la
question. D’autant plus qu’à son travail tout le monde sait qu’il est gay
et qu’il se sent libre d’aborder la question sans tabou. Mais en même
temps, il se demande un peu pourquoi lui. Et ce n’est pas tout. Si chacun au
travail connaît la vie privée du journaliste, sa famille à lui n’est pas
pour autant au courant. En plus, il a beau être homosexuel, Basile ne se sent
pas l’âme d’un expert en homosexualité. Le sujet lui fait peur. Il ne sait
pas par quel bout l’aborder. Du coup, le voici obligé - pour bien faire - de
s’imposer une petite plongée dans le quartier du Marais afin de s’imprégner
du milieu et de recueillir quelques témoignages.
C’est au cours de cette véritable enquête sociale qu’il rencontrera
Victor, qu’il va croiser une fois, deux fois, jusqu’à s’apercevoir que
tous deux pourraient même faire un bout de chemin ensemble. Un couple se crée.
Fin de la première partie. Désormais, Basile se retrouve à mener de front son
dossier pour le travail, sa nouvelle vie de couple et son coming out auprès de
sa famille. Pas si facile. Et comme si ce n’était pas assez, son meilleur ami
ne cesse d’avoir besoin de lui pour l’aider à traverser les crises qu’il
connaît lui-même dans propre couple. D’où le titre, nos amis les
hétéros.
Les problème de ce roman c'est que très vite, ce ne sera plus tant du couple
Basile - Victor qu’il sera question mais beaucoup plus du couple Guillaume -
Rose-Anne qu’on va désormais suivre de près et observer à la loupe. A
partir de là, c’est beaucoup moins intéressant. Le propos de Reynaert
tourne à vide et enchaîne les poncifs sur le couple hétéro sur un ton qui se
veut rigolard et bienveillant.
Au final, Nos amis les hétéros est une bonne surprise qui tourne court,
un début prometteur, un contexte intéressant, mais comme souvent dans ce genre
de livre, on s’aperçoit très vite que l’auteur n’a pas grand-chose à
nous dire et que ni son ton ni son style ne suffisent à sauver l’entreprise.
François
Reynaert,
Nos
amis les hétéros,
éditions Nil, Paris, 2004, 288 pages, 17 €.
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