Bienvenue et merci de votre visite !

Par où commencer  ?

FAQ

Présentation

Nous contacter

S'abonner 
à la lettre d'info :
 

Magazine

Accueil

Sommaire

Éditorial

Agenda

Nos choix

Les  incontournables

Les 10 meilleurs titres gais

Les 10 meilleurs titres lesbiens

Archives

Auteurs cités 
- de A à L

- de M à Z

Numéros parus

Liens

Sites auteurs gays

Sites auteures lesbiennes

Librairies

Maisons d'édition

Nous connaître

Vidéo

Collaborateurs

L'avis des professionnels

Contact

Abonnez-vous gratuitement

Echange de bannières

Conseil québécois des gais et lesbiennes

 

La Référence est une initiative privée et non subventionnée qui ne peut survivre sans votre soutien. Cliquez sur le lien ci-dessous pour nous aider et nous faire parvenir le montant de votre choix grâce au système de paiement facile et sécuritaire de PayPal. D'avance, merci !

Avril 2008 - Numéro 63 - 6e année ©

 

Au sommaire :

Enquête

Palmarès général des meilleurs titres lesbiens

Roman

Nicolas Robin, super tragique

Roman

Fanny Mertz ou vice versa

Roman

Berlin trafic pour Julien Santoni

Roman

Le Passage du Caire, l'hiver et Nathalie Vincent

Roman

Les parades de Bernard Souviraa

Entrevue

Kadyan : amour et aventures entre femmes

Roman

Deuil et préjugés pour Rémy Rodep

Les dix meilleurs titres lesbiens : palmarès général

 

 Vous souhaitez recevoir gratuitement notre lettre d'info mensuelle ? 

Indiquez votre adresse email et cliquez pour valider l'abonnement



Palmarès général des meilleurs titres lesbiens
par Pierre Salducci

Au terme d’une enquête aléatoire auprès des auteures, éditrices et chroniqueuses de la littérature lesbienne, La Référence est aujourd’hui en mesure de rendre public la liste des titres qui ont été le plus souvent cités. Première du genre dans la francophonie, la consultation avait commencé en mai 2007 pour s’achever exactement un an plus tard en avril 2008. Au total, pas moins de 12 personnalités du milieu du livre ont accepté de se soumettre à ce petit exercice. Après compilation des données, voici les résultats obtenus. [ voir le palmarès ].

Dans le groupe de tête deux auteures françaises et une britannique, mais c’est la romancière anglaise qu’on trouve en première position. En effet, Sarah Waters (photo) occupe vraiment une place à part dans le cœur des lectrices avec son ouvrage Caresser le velours qui a été retenu une fois sur deux par les membres de notre panel. À noter que son roman Du bout des doigts a également été cité. Rien d’étonnant à cette préférence puisque Sarah Waters s’est rapidement imposée au cours des dernières années comme une des romancières lesbiennes les plus prolifiques et les moins complexées du moment. Ses livres ont souvent été primés et adaptés à l’écran. Comme chez les auteurs gais, l’ouverture d’esprit britannique et le sens du militantisme influence considérablement la littérature.
En deuxième position vient le classique des classiques des lettres françaises, soit Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, ce qui est une bonne nouvelle. Enfin, Hélène de Montferrand complète notre trio de tête avec deux livres à égalité Les Amies d’Héloïse et Le Journal de Suzanne.
La quatrième position est occupée par Katherine V. Forrest qui impressionne les lectrices avec sa série bâtie autour de la détective Kate Delafield et notamment le tome 2 : Meurtre au Nightwood Bar, visiblement un incontournable. Elle est également la première auteure américaine de notre classement.
Au cinquième rang vient un groupe de trois auteures ex-aequo, Monique Wittig (photo), Nina Bouraoui, et Lola Van Guardia. Un très bon classement également pour ces trois femmes qui ont marqué les lettres lesbiennes chacune à leur façon et une très bonne surprise pour Monique Wittig qu’on présente souvent comme élitiste et peu connue mais qui se trouve quand même citée deux fois avec son fameux essai La Pensée straight et avec Virgile, Non. L’autre française à se hisser à ce stade du palmarès est Nina Bouraoui qu’on aurait pu imaginer peut-être mieux classée mais qui se positionne quand même très bien grâce à La Vie heureuse et Garçon manqué, deux titres qui deviendront probablement très vite des classiques. Pour sa part, Lola Van Guardia (alias Isabel Franc) porte fièrement les couleurs de l’Espagne qui entre ici au palmarès grâce à sa trilogie barcelonaise qui inclut les titres L'Inoubliable secret de Karina et Piétinez pas le gazon !
La seconde moitié de notre classement réunit huit auteures que nos lectrices n’ont pas réussi à départager et qui se retrouvent donc à égalité. Il s’agit de Jocelyne François (classée avec Les Bonheurs et non pas avec Joue-nous España comme on aurait pu s’y attendre), de Anne Garetta (grâce à son succès Pas un jour qui est resté pour le moment sans suite), de Fannie Flag (avec le classique Beignets de tomates vertes), de Sandra Scopettonne (une auteure américaine de polar tout comme Katherine V. Forrest), de Marie-Claire Blais (première et seule auteure québécoise à figurer à notre palmarès grâce à son roman Les Nuits de l’underground), de Olivia pour sa célèbre autobiographie éponyme, et de deux auteures françaises qu’on est bien content de trouver ici mais pour lesquelles on aurait pu espérer un meilleur classement, Jeanne Galzy (avec La Surprise de vivre) et Elula Perrin (avec Mousson de femmes).
Dans l’ensemble, il s’agit d’un palmarès éclectique et assez représentatif de la littérature lesbienne d’aujourd’hui ou d’hier, en France comme à l’étranger puisque pas moins de cinq pays sont représentés. Quelques surprises cependant : Michèle Causse, Nicole Brossard (deuxième québécoise du classement), la classique Gertrude Stein (photo) et la très médiatisée et radicale Cy Jung ont été citées plus d’une fois mais ratent de peu le podium. Parmi les autres qui se sont approchées des premières places, on retrouve les noms d’auteures réputées comme Geneviève Pastre, Stella Duffy, Sapho, Patricia Highsmith, Virginia Woolf, Anne Rambach ou Kate Millett, qui n’ont donc pas été oubliées même s’il est clair que les auteures trop éloignées de nous comme Sapho ou Virginia Woolf n’ont plus la préférence.
L’ensemble du palmarès inclut plusieurs auteures KTM comme Claire Mc Nab, Cécile Dumas, Véronique Bréger, Anne Alexandre, Cy Jung mais aussi des auteures La Cerisaie comme Muriel Bonneville, Martine Merlin-Dhaine, Léa Duffy, Isabel Estefan, Hélène de Montferrand, Jeanne Galzy ou Elula Perrin ce qui prouve que les lectrices de La Référence ont tendance à suivre l’actualité de la littérature lesbienne et à lire les auteures d’aujourd’hui. C’est une bonne nouvelle pour les maisons d’édition. C’est aussi un signe de modernité et d’ouverture.
Du côté des grandes oubliées ou des déceptions, on ne peut que s’étonner de la totale absence du classement de Maud Tabachnick ou de Val McDermid, qui ne sont pas moins brillantes que Katherine V. Forrest ou Sandra Scopettonne. Et que dire de l’étonnant silence total sur Marguerite Radcliffe Hall et son magnifique Puits de solitude ? Encore un classique passé à la trappe. Enfin, le fait que Jeanette Winterson (photo) ne soit citée qu’une fois est injuste pour cette grande romancière britannique qui doit encore se faire mieux connaître en français.
Au final, on se rend compte que les lectrices lesbiennes ont un goût marqué pour les histoires sentimentales et les romans policiers ou d’aventure, alors que les gays sont plus portés sur les classiques et les ouvrages d’époque ou historiques. Les lesbiennes vivent au présent et soutiennent les livres et les auteures d’aujourd’hui, tandis que les gays semblent toujours vivre dans le passé et sont plutôt coupés de la littérature actuelle. Les femmes ont aussi un sens communautaire beaucoup plus fort, elles revendiquent leur identité propre et se sentent proches des maisons d’édition lesbiennes dont elles suivent régulièrement les parutions, alors que les gays rejettent leur communauté et sont encore méfiants face aux éditeurs spécialisés qu’ils hésitent à soutenir, préférant les éditeurs conventionnels et tout public. Dans les deux cas, il s’agit d’un lectorat qui se tourne plus naturellement vers les livres écrits directement en français. Les textes traduits ne sont pas totalement ignorés mais ils sont assez peu représentés, et les plus lus proviennent presque toujours d’Angleterre ou des Etats-Unis.

                     réagir à cet article ]
revenir au sommaire ]



Nicolas Robin, super tragique
par Pierre Salducci

Super tragique est le deuxième roman de Nicolas Robin, le nouvel auteur maison des éditions Textes gais. Avec Bébé Requin, son premier livre, on avait découvert une plume, un ton, une vision comme on en trouve nulle part ailleurs. On en redemandait déjà. D’où la difficulté de sortir un deuxième livre. Les attentes étaient élevés et la barre placée haut pour le jeune auteur. Mais après la révélation, vient la confirmation et Super Tragique relève le défi haut la main. Un roman emballant et bien emballé.

Au tournant de la trentaine, le personnage principal esquissé par Nicolas Robin vient de rompre avec Hugo qu’il aimait tant. Celui-ci lui fait payer au prix fort une infidélité, pourtant passagère. Notre héros en est profondément bouleversé et quand les déconvenues s’accumulent autour de lui, au travail ou même avec son grand-père Papi Dédé dont il est très proche, il commence à voir tout en noir et à se dire que la vie est vraiment tragique, voire super tragique. Commence alors pour lui la quête d’un nouveau bonheur, la recherche éternelle de l’amour tout en rêvant d’une situation professionnelle stable et satisfaisante.
En quelques traits seulement et une foule de détails bien sentis, Nicolas Robin nous brosse le portrait type du jeune gay au tournant de la trentaine avec ses doutes, ses aspirations et ses batailles. Si ce n’est que malgré son titre Super tragique n’a rien de tragique et c’est là le tour de passe-passe que réussit chaque fois Nicolas Robin, évoquer nos petites misères, nos quotidiens plus ou moins glorieux, mais sans jamais tomber dans le pathos ou le désespoir. Comme cela peut arriver à chacun d’entre nous, son personnage a l’apitoiement un peu facile parfois mais en même temps le romancier garde une certaine distance par rapport aux événements et aux gens. Il affiche un humour permanent, un sens de la dérision qui le sauve. Et c’est ainsi qu’une vie super tragique se transformera en véritable conte de fées, et comme il se doit la grenouille deviendra prince charmant.
Nicolas Robin incarne vraiment un style nouveau et singulier dans le paysage littéraire gay français. Contrairement à plusieurs de ses contemporains, il refuse le misérabilisme et le mépris pour ses semblables dont font preuves de nombreux gays. Son regard est juste, sensible, attentionné et aimant. Lire du Nicolas Robin, c’est panser ses blessures, respirer une bouffé d’oxygène, croire que le bonheur est possible. Ses observations font mouche à chaque fois, mais toujours sans méchanceté. Il ne se prend pas pour un autre, n’affiche aucun sentiment de supériorité, ne se vante pas en permanence et ça fait du bien pour une fois de rencontrer des personnages qui sont tout simplement humains au lieu de se limiter au rôle de prédateurs sexuels. Unique en France, la fraîcheur d’un Nicolas Robin fait beaucoup penser au phénomène Alex Rei en Espagne. Des univers positifs, une homosexualité épanouie et assumée. Et si une nouvelle génération d’auteurs était en train de naître, dotée d’une belle plume et bien décidée à clouer le bec aux prophètes de malheur et autres déprimés ? Enfin un peu d’avenir.

Nicolas Robin, Super tragique, roman, éditions Textes gais, 2007, 216 pages, 14 €.

réagir à cet article ]
revenir au sommaire ]



Fanny Mertz ou vice versa
Par Christel Marque

Fanny Mertz a vu le jour aux premières heures de l’année érotique, comme aimait à le chanter Serge Gainsbourg. Un érotisme qu’elle sait effleurer dans les pages de son premier roman, Vice versa. Les neiges éternelles de la Haute-Savoie où elle réside lui ont peut-être inspiré les nouvelles Les portes d’Ys, parue dans le recueil Gris-gris, fétiches et porte-bonheur (éditions de La Cerisaie) et Sans fil, dans le recueil Immersion totale (Adventice) avant de guider sa plume sur la voie de ce nouveau roman.

L’amour est un paradoxe, écrit Fanny Mertz au fil de ce texte rythmé qui alterne avec finesse les propos de ses personnages. Mais l’amour est contradictoire aussi quand deux femmes que tout oppose s’aiment à la folie, jusqu’à la destruction.
Frédérique, chirurgienne de talent, méticuleuse, dopée aux psychotropes modernes, ne jure que par l’exactitude de la science. Lou, chanteuse, est foncièrement désordonnée et se fie aux signes du zodiaque pour se forger une opinion sur ceux qu’elle côtoie. Leur histoire, vouée à l’échec dès le début, n’aura duré que quelques mois entre colères épiques et réconciliations plus tendres et charnelles encore. Entre désaccord des âmes et accord parfait des cœurs, cet amour qui les unit ne saurait s’achever sans un ultime sursaut. L’une et l’autre, repliées sur elles-mêmes après leur rupture, vont partir à leur propre découverte pour renaître, chacune de leur côté, différente et plus forte. Plus aimante encore. Plus en manque l’une de l’autre. Parviendront-elles à se retrouver malgré leurs différences ? Arriveront-elles à dévoiler leur secret à leurs familles, leurs amis, sans crainte d’être jugées pour leurs amours saphiques ? Sauront-elles conjuguer leur amour au pluriel de leurs différences ?
Fanny Mertz nous offre un merveilleux roman fait de rebondissements, de retours en arrière et de mises au point. Quand l’amour triomphe des idées toutes faites et des préjugés malsains. Quand l’attraction des cœurs devient plus forte que la répulsion des contraires. Un roman à méditer pour ne pas laisser passer celle qui, aujourd’hui si différente, pourrait nous révéler celle que nous sommes. Parce que, justement, sa différence fait sa richesse et embellit toute relation.

Fanny Mertz, Vice versa, roman, éditions La Cerisaie, xxx, xxx pages, xx €.

réagir à cet article ]
revenir au sommaire
]



Berlin trafic pour Julien Santoni
Par Pierre Salducci

Berlin Trafic est le premier roman de Julien Santoni, un jeune auteur de seulement 29 ans. En 2000, il devient élève de l'école Normale Supérieure de la rue d'Ulm. Il étudie les lettres classiques, l'histoire de l'art et devient agrégé de lettres modernes avant de s'installer à Berlin. Il a enseigné quelques années à l'université de Bordeaux 3 avant de devenir professeur dans le secondaire en région parisienne. Dans Berlin trafic, il nous entraîne sur les pas d'un certain Jérôme Salviati, un personnage qui pourrait être l'auteur lui-même si l'on se fie à la subtile homophonie entre le nom du romancier et de son protagoniste.

D’emblée, Berlin trafic repose sur un point de départ douteux. Le meilleur ami du narrateur, Matt, se suicide parce qu’il est devenu séropositif. Situation fortement improbable puisque aujourd’hui tous les espoirs sont permis aux séropositifs et qu’on n’imagine vraiment pas quelqu’un se suicider d’emblée pour cette raison. Mais le romancier Julien Santoni mélange tout. Pour lui, séropositivité et sida sont la même chose et tout cela égale mort comme en 1985. Il est toujours surprenant de constater à quel point en 20 ans les raisonnements ont peu évolué, même chez des soi-disant intellectuels. Et comme si ce n’était pas assez, au lieu de comprendre que Matt ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il est devenu séropo, puisqu’il enchaînait les baises et les amants, sans aucune protection, le romancier s’acharne à reporter la faute sur les autres. Un vieux discours facho étonnant de la part d’un si jeune auteur. Pire, il nous explique mainte et mainte fois que s’il tenait le salaud qui a refilé le sida à son ami (il veut dire vih, puisqu’on ne peut pas refiler le sida), il le crèverait aussitôt, lui ferait la peau, etc. Une réaction tellement affligeante qu'on a du mal à accepter qu'un éditeur puisse cautionner de tel raisonnements en les publiant.
Julien Santoni est l’incarnation type de cette homophobie généralisée et jamais dénoncée qui consiste à mépriser systématiquement tous les homosexuels, à les traiter de lopettes, de pédales, de vioques, et à ce sujet, Julien Santoni n’est jamais à court de termes plus dégradants et dévalorisants les uns que les autres. Et tout ça pour quoi ? Qui est-il lui pour se sentir si supérieur aux autres ? D’autant plus, que son narrateur finira par se faire baiser également sans capote, comme quoi l’expérience de Matt ne lui a servi à rien.
Soi-disant que Matt était le meilleur ami du narrateur, un meilleur ami avec lequel il n’est jamais capable de nous dire quelle était sa relation exacte : amitié amoureuse, amour, coucherie. Julien Santoni est beaucoup plus loquace quand il s’agit d’insulter les autres que de définir les sentiments de ses personnages. De toute façon, des sentiments, il n’y en a guère dans Berlin Trafic. Le narrateur Jérôme Salviati ne sait rien de lui-même et nous encore moins. Est-il gay, hétéro, bisexuel ? Notre personnage a bien trop peur de ce genre de mots pour oser les utiliser à son sujet. Comme un lâche il préfère la fuite, et c’est d’ailleurs ce qu’il fait puisqu’il prend le large pour Berlin où il espère se changer un peu les idées.
A son arrivée là-bas, Jérôme Salviati (qui prétend percer dans la dramaturgie) ne trouve rien de mieux à faire que de vendre son cul et de se prostituer ce qui, comme chacun sait, est l’idéal pour se remonter le moral. La chose est présentée comme tout à fait naturelle pour un jeune comédien à la recherche d'un premier emploi et qui a besoin d'argent, si bien que le romancier s'arrête à peine sur ces considérations. Il nous décrit une ville sordide, morbide, sinistre, ce qui dans le fond correspond assez bien au profil du personnage. Celui-ci fera de nombreuses rencontres sans qu’aucune n’ait vraiment la moindre importance et les pages se tournent sans qu’on comprenne jamais ce qu’on fait là, ce qu’on attend, pourquoi ce roman, pourquoi cette histoire. 
Les personnages sont mal définis et n’existent pas plus que la soi-disant douleur du protagoniste principal. Et comme si ce n’était pas assez Julien Santoni s’est mis en tête de rédiger son texte en argot, un espèce de langage inventé sur les ruines d’un parler populaire des années 50 que plus personne n’utilise, si bien qu'une bonne partie du texte nous échappe complètement. S’il faut saluer la prouesse de manier tant de mots archaïques, on se demande un peu quel est l’intérêt d’utiliser une langue qu’on ne parle plus. Et tant qu’on y est, pourquoi pas en bas latin ou en grec ancien ? Au final, quand notre héros finit par tomber dans un piège crapuleux et se prendre quelque baffes par des truands, on assiste indifférent à la chute d’un sale type qui ne s’est jamais montré attachant et qu’on ne regrettera pas. Un livre déjà vieux aux relents d’une époque dépassée.

Berlin Trafic, Julien Santoni, éditions Grasset, 2008, 322 pages, 18.50 €.

réagir à cet article ]
revenir au sommaire
]



Le passage du Caire, l'hiver et Nathalie Vincent
par Christel Marque

Originaire de Normandie, Nathalie Vincent s’exile à Paris pour suivre un troisième cycle en musicologie. Après quelques années infructueuses d’enseignement dans une zone d’éducation prioritaire de la région parisienne, elle atterri par hasard chez Radio France. Mais elle retrouve rapidement ses premières amours, la musique. Elle reprend son métier de compositrice et se tourne tout naturellement vers l’écriture. Elle nous offrait en 2007 la première des quatre saisons du Passage du Caire et nous livre aujourd’hui son second volet, L’hiver.

Nous retrouvons avec bonheur cette deuxième saison du Passage du Caire qui apporte son lot de surprises et de déceptions à ces personnages attachants et déroutants que Nathalie Vincent nous fit découvrir dans son premier opus. Nous avions quitté Carole, sorte de working girl à la française, sur le point de se faire licencier pour harcèlement sexuel. Les débuts de sa nouvelle vie de femme indépendante ne seront pas sans lui poser quelques soucis, tant sur le plan sentimental que familial.
Sophie et Élisabeth s’étaient quittées dans un drame. Comment l’une et l’autre, en ces temps de froidure qui tombe sur Paris, ont-elles réussi à se reconstruire ? Cette reconstruction est-elle d’ailleurs si parfaite que Sophie semble le croire ? Ses échappées amoureuses du côté de son ancienne voisine, Céline, mariée et mère de famille, la rendent-elles aussi heureuse qu’elle le pensait ? Anna, la jeune étudiante, s’est-elle finalement laissée charmer par l’énigmatique Marie-Claire ? A moins que l’arrivée inopportune de Christel n’ait complètement chamboulé cette aventure incongrue qui se nouait entre ces deux femmes que tout oppose. La librairie du Petit livre rose tenue par Christophe continue de voir défiler, passage du Caire, ces tranches de vie, ces rebondissements quotidiens des cœurs et des âmes. Mais Christophe ne sera pas épargné par la tourmente hivernale.
Chacun des personnages de Nathalie Vincent doit s’armer contre les aléas de la vie qui ne manquent pas de les frapper tour à tour. Sortiront-ils tous indemnes des frimas de l’hiver ? Parviendront-ils à se construire, à rebâtir leurs amours défuntes ? La suite, nous l’espérons, à la prochaine saison du Passage du Caire

Nathalie Vincent, Passage du Caire, L'hiver, éditions KTM, 2008, 180 pages, 16 €.

réagir à cet article ]
revenir au sommaire ]



Les parades de Bernard Souviraa
par Pascal Eloy

Né à Bordeaux en 1964, Bernard Souviraa a beaucoup écrit pour le théâtre. Il publie son premier roman en 2006, L’Œil du maître, dans lequel il abordait le thème de la découverte de l'homosexualité en explorant l'univers d'un adolescent tourmenté. Il nous revient aujourd'hui avec un second roman.

Dans Parades, un professeur d’une quarantaine d’années, Sébastien, se voit tout à coup contraint d'arrêter son cours, frappé de "sidération". Le voici envahi par le souvenir de Gabriel, un garçon qui, vingt ans plus tôt, se destinait à la carrière d’acteur et avait travaillé avec Sébastien comme répétiteur. Une forte amitié, née dans le vin et la fascination, s'était installée peu à peu entre les deux jeunes hommes, d’autant plus qu’ils travaillaient des textes violents et radicaux sous la férule d’une metteur en scène, diva déchue et intransigeante. Malgré leur relation intense,  il n'y eut jamais aucune ambivalence sexuelle entre les deux hommes puisque Gabriel s'épanouissait dans la drague de corps noirs sur les quais bordelais tandis que Sébastien demeurait chaste. Mais un jour, Sébastien avait décidé dans la violence de mettre un terme à sa relation avec le jeune Gabriel, au charme trouble d’artiste maudit, sous l'emprise duquel il se sentait pris. Mais saura-t-il jamais cicatriser cette blessure et apaiser cette frustration ? 
Telle est la réflexion presque inconsciente qui conduit notre héros à Porto où Gabriel se serait réfugié après une apparition remarquée dans un premier et unique film. Bernard Souviraa explore, dans ce nouveau roman, la relation qui unit deux jeunes hommes dans un lien fortement homosensuel. Cependant, l'homosexualité n'est ici qu'un prétexte à une passion qui se termine mal et ne peut se terminer que de cette façon. En effet, la relation si tumultueuse des deux héros est essentiellement boursouflée d'arrogance, de rébellion puérile et factice contre la bourgeoisie et de non-dits jamais évoqués. En fait, il y a beaucoup de souffrance, de frustration et de pessimisme dans ce drame dont les deux héros sont tout, sauf des militants de la cause gay. On peut d'ailleurs se demander si cette retenue de l'auteur n'est pas due à la peur d'aborder franchement le thème de l'homosexualité.
De plus, dans la mesure où c'est au travers du théâtre que les échanges naissent, se construisent et s'épanouissent entre les deux héros, ce roman se révèle finalement plutôt une réflexion philosophique sur l'écriture et le jeu des interprètes de l'écriture. On sent, d'ailleurs, l’auteur très à l’aise dans l'évocation de l’univers du théâtre, des acteurs, de leur travail et de leur psychologie. C'est ainsi que le style de l'ouvrage, parfois un tantinet scolaire et très structuré, alterne des passages poétiques, des scènes de théâtre, mais aussi des pages plus ennuyeuses où l'auteur s'est probablement retenu. Il est dommage en effet qu'il ne se soit pas laissé aller, dans son écriture, à la fougue et à la rébellion critique qui animent ses héros ! Au final, bien écrit et agréable à lire, Parades ne parle pas tant que ça d'homosexualité mais surtout de la jeunesse, de la mémoire inapaisée et des rivages de l'inaccompli que l'on est forcé d'aborder un jour ou l'autre…

Bernard Souviraa, Parades, édition de l'Olivier, 2008, 288 pages, 18 €.



Kadyan : amour et aventures entre femmes
par Pierre Salducci

Auteure de science-fiction et de romans d’amour et d’aventures entre femmes, Kadyan a déjà beaucoup écrit même si on la découvre seulement maintenant. Elle a notamment publié deux romans à succès aux éditions Labrys et occupe une place à part dans la littérature lesbienne contemporaine. C’est en cherchant à créer des noms propres pour son roman Les Batisseurs d’empire que cette auteure a trouvé son pseudo. Elle voulait un nom original et court et quand Kadyan lui est venu à l’esprit, elle a tout simplement décidé de le garder pour elle. En dehors de l’écriture, Kadyan a de nombreuses passions et occupations comme les voyages, la cuisine, la lecture, le bricolage et la randonnée.

Vous dites que la littérature lesbienne outre Atlantique a été une révélation pour vous. Qu’est-ce que cette littérature vous a apporté ?
J’ai découvert K. V. Forrest, K. Kallmaker, B. L. Miller puis Radclyffe en VO en 2000. Ce fut vraiment une découverte. Jusqu’à présent, j’avais lu quelques auteures en français mais les histoires ne me permettaient généralement pas de m’évader. La littérature anglo-saxonne m’a ouvert des horizons par son abondance et son aspect positif, pas prise de tête.

À l’abordage
est votre premier roman publié mais vous en aviez écrit plusieurs autres auparavant. Comment en êtes-vous venue à la publication et pourquoi chez Labrys ?
Comme tout écrivain, mon but était d’être lue donc d’être publiée. Je voulais que mes lectrices (et lecteurs) prennent autant de plaisir à me lire que j’avais eu à écrire. Labrys traduisant et publiant des auteures américaines que j’aimais lire me semblait tout désigné. Le fait que j’ai accroché immédiatement avec mes éditrices n’a rien gâché. Nous sommes sur la même longueur d’ondes.

À l’abordage est un roman d’époque qui se passe du temps des corsaires et des pirates dans les mers des Caraïbes, est-ce que vous avez respecté certaines données historiques pour l’écrire ou vous avez tout inventé ? 
Pour À l’abordage, j’ai fait énormément de recherches, non seulement sur les pirates, les plantations de canne à sucre, les recettes de cuisine mais surtout sur la marine à voile. Pour moi qui ne suis pas marin et qui ai le mal de mer dès que je mets le pied sur un bateau, les manœuvres maritimes m’ont demandé une attention toute particulière. Pour tous mes livres, je tente de coller au mieux à la réalité historique même si pour cela, je dois modifier les actions de mes personnages. Tous mes personnages principaux sont issus de mon imagination mais certains personnages très secondaires de À l’abordage, tels Barbe Noire, Mary Read, Ann Bony, ont réellement existé.

Vous présentez fort justement votre démarche en parlant de romans d’aventures entre femmes, c’est un créneau qui me semble peu exploré aujourd’hui, d’où vous vient ce goût pour l’aventure et pourquoi des romans d’aventures ?
Enfant, j’adorais les séries et les films de Cape et d’épée, les Westerns, la Science-fiction. Je rêvais en regardant Zorro, Thibault les croisades, Startrek, Au nom de la loi, les Trois mousquetaires, etc… Adolescente, j’aimais toujours le genre mais m’identifiais au héros qui sauvait la demoiselle en détresse. Adulte, j’ai décidé que l’héroïne sauverait la demoiselle en détresse, du moins dans mes romans. Je déplore souvent l’absence de personnages lesbiens au cinéma et à la télévision. Je ne parle pas de L-Word qui est une série consacrée aux lesbiennes mais de la rareté de personnages lesbiens principaux dans des films grand public.

Vous venez de publier un deuxième roman, Willowra, qui se passe cette fois dans la nature en Australie, un univers totalement différent. D’où vient cette inspiration ?
L’Australie est un pays que j’adore. Ses grands espaces parlent à mon cœur. J’avais envie de faire une saga familiale avec des colons qui vivraient au fin fond du bush. Au départ, j’avais prévu des femmes bagnards mais les dates ne collaient pas à mon action, il aurait fallu que j’écrive sur plus de générations et je n’en avais pas l’envie. J’ai donc recentrée mon action entre 1913 et 2006. À la base, Jason était l’héroïne principale mais l’arrivée de Victoria en a décidé autrement.

Qu’avez-vous envie de susciter chez vos lectrices à travers vos histoires ?
Principalement, le plaisir et la satisfaction d’avoir passé un bon moment. J’écris pour entraîner mes lectrices dans des lieux et des temps qui ne leurs sont pas familiers. Je désire qu’à travers mes personnages, mes lectrices s’évadent de leur train-train quotidien et, qu’arrivées à la dernière page, elles se sentent heureuses d’avoir fait un bout de chemin avec mes héroïnes. Je ne cherche pas à faire passer de message dans mes livres même si, avec le recul et l’avis de lectrices, je m’aperçois qu’il y en a peut-être un. À l’abordage parle de transgenres et de travesties alors que Willowra se centre sur la famille ou plutôt sur comment deux femmes peuvent constituer une famille à des époques différentes. Quel que soit le message que chacune veut y lire, l’histoire de fond est avant tout une histoire positive d’amour entre femmes.

Pouvez-vous nous parler de votre conception de l’écriture, de votre façon d’écrire un roman et des auteures ou livres qui vous ont inspirée.
Bien que cela pose certains problème de narration, j’adore écrire à la première personne, cela me permet de m’identifier davantage avec mon héroïne. J’ai aussi été tentée par l’utilisation du présent pour certains de mes romans d’aventures afin d’entraîner mes lectrices dans l’action pure. Une de mes sources d’inspiration fut Caresser le velours de Sarah Waters. C’est après avoir lu son roman que je me suis dit : " Mais bien sûr ! " et que j’ai attaqué mon premier roman En l’honneur du Drall.

réagir à cet article ]
revenir au sommaire ]



Deuil et préjugés pour Rémy Rodep
par Thierry Zedda

Homme de radio, Rémy Rodep a participé à la grande aventure des radios libres qui a suivi l’élection de Mitterrand. Véritable touche à tout en télévision et café théâtre, il est aussi scénariste, romancier et faillit même devenir un homme politique. Très impliqué dans le social des années 80-90, il ira jusqu‘à annoncer sa candidature aux élections présidentielles de 1995. Enfin, il est l‘auteur d‘un roman biographique intitulé L‘Enfant matricule 3044 sorti en 2005 et qui reçut un très bon accueil.

Tiré d‘une histoire vraie, Deuil et préjugés se présente sous la forme originale d’un scénario romancé. Prévu et écrit à l’origine pour Jean-Claude Brialy mais dont la disparition brutale aura empêché le projet d’arriver à terme. L’auteur nous propose donc de découvrir son texte original, dépouillé de toutes les annotations techniques afin d’en faciliter la lecture.
L’histoire de Deuil et préjugés (on note le clin d'oeil à Orgueil et préjugés de Jane Austen) est celle de deux hommes, Jean-Claude et Cyril, qui vont s’aimer d’un amour passionnel malgré leur différence d’âge, la désapprobation d’un entourage familial tout droit sorti de la préhistoire et malgré surtout la maladie. Le sida qui fait rage en ce début des années 90 emportera le plus jeune d’entre eux, Cyril. Plongeant son compagnon dans un désarroi plus scandaleusement inhumain encore lorsqu’il perdra tous ses biens matériels et devra se battre contre les parents de Cyril qui seront sans pitié pour cet homme qui à leurs yeux n’existe pas.
Ce scénario ressemble à ceux des premiers téléfilms qui osèrent aborder le thème de l‘homosexualité. Et paraît presque tout droit sorti d’un autre âge. En effet, Deuil et préjugés réunit à lui seul tous les clichés liés à ce sujet : La drogue, la prostitution, le sida, les parents homophobes… jusqu’à la boulangère du coin qui affirme que l’homosexualité est une maladie à une cliente qui demande à Jean-Claude s’il serait prêt à essayer un vaccin qui pourrait l’en guérir !!!
Clichés. Clichés… Et pourtant, le récit est inspiré d’une histoire réelle qui s’est déroulée il y a quelques années à peine. Pas vingt ans. Pas même dix ! Écrit avec le cœur, et non dépourvu d’ humour, le texte de Rodep a tendance à flirter avec le mélo mais sa sincérité ainsi qu’une forme de candeur, jubilatoire par instants, finissent par l’emporter malgré tout. L’émotion qui en résulte est tout à l’honneur de l’auteur qui nous rappelle s’il en était besoin que la réalité n’est pas toujours celle que l’on aimerait croire. En fin de roman, un chapitre intitulé J’ai oublié de vous dire dresse le bilan de la condition homosexuelle des vingt dernières années, en France mais aussi dans le monde. Un constat qui fait froid dans le dos et donne soudain au récit qui le précède une toute autre dimension.

Rémy Rodep, Deuil et préjugés, éditions Publibook, 2008, 320 pages, 26 €.

réagir à cet article ]
revenir au sommaire ]



Pour 2 DVD GAY TIGER PROD achetés le troisième est offert.


La Référence, toute l'actualité du livre gay et lesbien

Rédacteur en chef : Pierre Salducci (www.salducci.com) / Collaborateurs / Ligne éditoriale / Logo La Référence : Pablo Cruz, agence Punto Net  (www.puntonet.info) / Pour nous écrire : Contact / Pour vous abonner gratuitement / Visitez notre site à cette adresse : www.la-reference.info / La Référence vous parvient des îles Canaries (Espagne) / © Tous droits réservés - tous pays 2004-2007

          Analyse d'audience