Août
2007 - Numéro 55 - 5e année ©
Au sommaire :
Les
dix meilleurs titres lesbiens :
palmarès
des éditions Labrys
Le
festival de Cannes de Frédéric Mitterrand
par
Thierry Zedda
À
travers l’homme de télévision passionné de cinéma, on a appris à
reconnaître en Frédéric Mitterrand un homme aux
aspirations artistiques diverses : écrivain (La Mauvaise
vie), cinéaste (Lettres d'amour en Somalie),
poète mélancolique du petit écran... une multiplicité qu’il nous conte
sans fausse pudeur dans son nouveau livre Le Festival de
Cannes.
Festival
de Cannes 2006, Frédéric Mitterrand est invité à présider un jury d’enseignants,
un des nombreux jurys parallèles à celui de la sélection officielle, l’occasion
pour lui de revenir flirter avec le mythe après des années d’éloignement,
même s'il s'était promis de ne plus revenir sans véritable actualité,
sans but précis. Le carnet de bord de cet événement lui servira en fait de
prétexte pour nous faire partager un flot de souvenirs, pas toujours liés au
festival en lui même, mais qui tournent autour de sa vie d’homme public, d’homme
tout court, de père, de fils, d’amant, de rêveur invétéré. Et c’est
passionnant. Les mots foisonnent au rythme de sa mémoire qui rebondit à tout
prétexte d’un film à un acteur, d’une odeur d’enfance à la nostalgique
couleur d’un coucher de soleil sur fond de Méditerranée.
Dénué de toute prétention, l’auteur porte un regard d’une authenticité
exemplaire sur sa propre célébrité, ses échecs comme ses instants de
rayonnement. Doux rêveur ayant appris plus tôt que quiconque les blessures de
l’existence, il a préféré vivre sa célébrité au lieu de la sacrifier à
la vanité. Il se raconte avec émotion. Là où certaines confidences
prendraient chez tout autre une tournure inattendue prêtant à sourire, il
libère une émotion qui parvient à nous troubler. Lorsqu’il s’introduit
dans l’appartement de Sean, fantasme fabuleux de sa jeunesse disparu depuis
longtemps dans la fourbe du Vietnam, pour enfiler un de ses sous vêtements.
Lorsqu’il est rejoint en rêve par Brad, le plus bel amant du cinéma
contemporain, dans sa chambre d‘hôtel. Ou encore lorsqu’il découvre San
felice Circeo dans le regard scintillant de Luca, le fils de la Magnani.
Entre rêve et réalité, il nous laisse naviguer
auprès de ses coups d’amour et évoque au passage les regards fascinants de
garçons anonymes avaient tous un petit quelque chose qui le chavirait et l’emmenait
au delà même de leurs réalités, toutes ces rencontres dont il n’a oublié
aucun prénom et dont il se rappelle dans le moindre détail, prenant prétexte
d'eux pour évoquer des instants de cinéma magiques, et nous contant mine de
rien quelques grandes histoires du septième art.
Le Festival de Cannes nous fait découvrir un être dont la vie entière
a été guidée par l’émotion, le désir, le rêve. On y trouve aussi les
amours contrariées, les regards embêtant de ceux qui préfèrent changer de
trottoir, cela revient souvent, mais on n’en prend que plus de plaisir à
aimer encore davantage l'auteur de ces lignes.
Frédéric
Mitterrand,
Le Festival de Cannes, éditions Robert Laffont,
Paris, 2007, 264 pages, 19 €.
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D'aimance
pour Françoise Leclère
par
Laetitia Schuck
Françoise
Leclère se présente elle-même comme écrivain, lesbienne et
militante. Elle participe à l’association Bagdam Espace Lesbien, lieu
féministe militant pour la visibilité. Elle est l’auteure du Petit
manuel de la ravisseuse et d'une analyse critique du dictionnaire Le
Miso
mis à nu, à paraître en septembre prochain.
D’aimance est
un roman épistolaire dans lequel Lou, la narratrice, raconte au jour le jour
son histoire avec Coccinelle, entre 2001 et 2004. Elle y incorpore des échanges
de mails, ainsi que des réflexions personnelles qui donnent un caractère
poétique au texte. Tandis que Coccinelle prépare son mémoire de thèse et vit
avec Lucie, Lou mène une vie simple à Cantaigues, dans le sud de la France. Il
s’agit donc d’une histoire à trois.
D’aimance évoque le cheminement relationnel entre Lou et Coccinelle,
ainsi que ses métamorphoses. Ce récit questionne ainsi la définition de l’amour,
thème cher à la littérature, et explicite son titre de cette
façon : L’aimance, c’est le mot que je donne à l’amour qui est
à inventer. Les deux femmes échangent des idées et tombent amoureuses à
travers leurs mots avant de passer à l’acte. Leurs deux voix correspondent à
deux polices de caractères différentes. La puissance du verbe, son alchimie,
pose des questions existentielles mais aborde également des sujets
concrets comme le confort matériel, les rapports physiques et l’adultère.
L’exercice de style permanent, le registre soutenu et l’analyse extrêmement
fine confèrent une réelle originalité à ce roman–concept dans lequel
chaque mot est signifiant. Françoise Leclère compose de cette façon sa
version lesbienne des Fragments d'un discours amoureux. Les images, les
symboles et les mots rares parsèment le texte, tout comme les néologismes, ce
qui donne à D’aimance un caractère théorique fondateur. Les
références littéraires directes et indirectes sont nombreuses, on y croise
entre autres Monique Witting, Hélène Cixous, Roland Barthes,
Gérard Genette, Arthur Rimbaud ou Jacques Prévert….
Sont évoquées également la parenté de Françoise Leclère avec l'écrivaine
féministe lesbienne Michèle Causse qui fait partie elle aussi du groupe
Bagdam, ainsi que des icônes musicales comme Juliette ou Véronique
Pestel.
Très riche dans sa complexité D'aimance interroge le lecteur et le
remet en question sur sa propre vie. Il s'agit d'un roman exigeant et élitiste,
destiné à un public averti et qui se mérite. Une fois la barrière du langage
franchie, vous serez séduit par la réflexion sur l’aimance menée par
Françoise Leclère qui en fait une démarche maîtrisée et aboutie.
Françoise
Leclère, D'aimance, roman,
éditions La Maronie, 2006.
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Théodore
Roszak, le diable et Daniel Silverman
Par
Pascal Éloy
Né
en 1933, Théodore Roszak est professeur
d'histoire, sociologue, essayiste et romancier. Il a publié dix-huit livres
dont Vers une contre-culture, L'Homme
planète, Le Culte de l'information, The
Gendered Atom, Flicker, La
Conspiration des ténèbres et Les Mémoires d'Elisabeth
Frankenstein. Il a popularisé la notion de Contre-culture en 1969 dans
son livre The making of Counter Culture et fondé
l'écopsychologie, sorte d'humanisme écologique développé dans son ouvrage The
Voice of the Earth paru en 1993.
Ce
nouveau livre raconte l'aventure de Daniel Silverman, auteur de romans, qui n'a
rien publié depuis 20 ans et dont les seuls revenus proviennent de conférences
ou d'atelier d'écriture… Or, un jour, il reçoit une invitation du Faith
College pour donner une conférence sur l’humanisme juif dans la littérature.
Si le déplacement à effectuer dans une bourgade perdue du Minnesota et la
rencontre avec un public de fondamentalistes religieux ne l'enchantent pas, la
somme promise est un appât puissant qui parviendra à le motiver. Aussi
accepte-t-il ce voyage.
Arrivé sur place, en pleine tempête de neige, il découvre qu'il va devoir
présenter sa conférence devant les membres d'un collège d'extrémistes
religieux, dirigés par Madame Bloors, une femme à la moralité figée à
l'époque de l'Inquisition. Là, choqué par les commentaires et l'accueil qu'il
a reçu de Mme Bloors, au lieu de présenter la conférence annoncée, il
improvisera une conférence sur l’Holocauste qu'il terminera par l'aveu de son
homosexualité… Seul petit imprévu, la tempête fait rage et tous les moyens
de communication sont interrompus pour plusieurs jours. Il s'en suivra, pour
notre héro, une série d'aventure ou se mêlent le sordide, les tentatives
d'exorcisme ou de conversion religieuse…
Le Diable et Daniel Silverman peut parfois
freiner la fougues des lecteurs parce qu'il n'y a rien de palpitant à suivre
les états d'âme d'un auteur sans succès devant donner une conférence pour
payer ses factures. Il ne faut, toutefois, pas rester sur cette première
impression… En effet, rapidement, on est pris par l'émotion qui étreint le
héros quand il rencontre les personnes l'ayant invité, des intégristes et
fondamentalistes religieux. Ceux-ci vont tenter de brimer sa liberté
d'expression, voire de nier ce qui constitue son identité fondamentale. Cela va
contraindre le héros à réagir, presque par devoir de mémoire et d'identité,
et à s'exprimer en assumant, avec fierté, son discours. Il s'ensuivra dès
lors de fortes confrontations théologiques et des joutes verbales, où l'humour
et la sensibilité sont toujours très présents. Ces échangent nous incitent
à réfléchir sur la manière dont, personnellement, on aborde ou on assume ces
deux sujets.
Le Diable et Daniel Silverman est un
flamboyant réquisitoire contre l'intolérance et une invitation brillante à
oser dire ce que l'on est et d’où on vient, le tout étant présenté avec
beaucoup de sensibilité et d'émotion. Bref, un livre un peu difficile à
entreprendre, mais que, rapidement, on ne peut plus lâcher !
Théodore
Roszak, Le Diable et Daniel Silverman,
roman,
éditions
Le Cherche Midi, 2005, Paris, 432 pages, 18 €.
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Susana
Guzner invitée aux Rencontres littéraires gay de Playa del Inglés
par
Pierre Salducci
Les
Rencontres littéraires gay de Playa del Inglés
seront lancées officiellement le mercredi 8 août
lors d’un cocktail d’inauguration en présence de la romancière d'envergure
internationale Susana Guzner.
Du
6 au 19 août prochains, le cybercafé Punto
Net accueillera les Rencontres
littéraires gay de Playa del Inglés / Jornadas
de la literatura gay en frances. Dès sa première édition, cette
manifestation est heureuse de réunir dans sa programmation les noms d’auteurs,
journalistes, éditeurs et représentants d’association comme Michel
Giliberti, Pierre Salducci, Susana
Guzner, Roger Peyrefitte, Réjean
Roy, Eric Foucault, Laetitia
Schuck, Michel Aurouze, Didier
Mansuy, Jean-Charles Fischoff et Pascal
Janvier.
De nombreuses activités et divertissements sont au programme de ces Rencontres
dont une foire aux livres, des expositions, débats et excursions. Le public est
également convié à cette manifestation exceptionnelle afin de rencontrer les
acteurs de la littérature gay d'aujourd'hui et de partager avec eux quelques
jours d'exclusivité dans un cadre enchanteur.
Le
coup d’envoi de ce festival sera donné officiellement le mercredi
8 août lors d’un cocktail d’inauguration que présentera Pierre
Salducci, organisateur de l’événement. En cette occasion
spéciale, nous aurons le plaisir d’avoir parmi nous le romancier français Olivier
Autissier et notre invitée d’honneur Susana
Guzner, tous deux seront disponibles pour rencontrer leurs lecteurs
au cours de la soirée.
Originaire d'Argentine, Susana Guzner est l'auteure
du best seller lesbien La Géométrie insensée de
l'amour qui connaît un succès international et a déjà été
traduit en plusieurs langues. Un autre de ses livres, Punto
y aparte, sera publié bientôt en français aux éditions Des
femmes.
Le prochain roman de Susana Guzner, Aquí
pasa algo raro (Il se passe quelque chose de bizarre ici),
sortira en octobre prochain chez Rain Ediciones, une nouvelle maison d’édition
de Barcelone. Il s’agit d’un roman policier humoristique bourré de
références LGBT, dont l’histoire se déroule entièrement à Gran Canaria,
spécialement à Las Palmas, et qui compte entre autres plusieurs personnages
canariens.
Les Rencontres littéraires gay de Playa del Inglés
sont ouvertes à tous et vous donnent rendez-vous pour célébrer ensemble la
première édition de notre festival socio-culturel.
Les Rencontres
littéraires gay de Playa del Inglés sont présentées en
partenariat avec
travels et avec le
soutien de

Avenida de Tirajana, 3 -
Apt. Aloe, local 19 - 35 100 Playa del Inglés (Gran Canaria / España)
+34 928 776048
www.rencontreslitterairesgay.eu
contact : rencontres@telefonica.net
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Didier
Mansuy ou la biographie d'une douleur
par
Thierry Zedda
Didier
Mansuy se présente lui-même comme un auteur engagé. Ami de Henri
Rode qui lui a sans doute donné le virus des mots, il les distille dans
diverses réalisations, comme la nouvelle ou la poésie, mais aussi dans le
plaisir troublant de les clamer au théâtre. Biographie d’une
douleur est son deuxième roman, publié trois ans après La
Tentation d’Ibiza.
Les
histoires d’amour finissent mal… Didier tombe amoureux de Claude, sans
l’avoir véritablement désiré. Pas de coup de foudre ni de prince charmant.
Juste une pulsion obsessionnelle. Tendre la main, protéger, porter ce garçon
qui semble perdu mais qui clame son amour. Tout ne se passe pas cependant comme
Didier l’aurait espéré. Claude s’exprime peu. Il a du mal à s’extérioriser,
à s’assumer. Et son mutisme prend des airs d’égocentrisme. Désireux de
sortir le jeune homme du marasme dans lequel il le sent prisonnier, Didier n’aura
de cesse de le bousculer intellectuellement, jusqu’à l’acharnement, jusqu’à
la rupture. Aussi définitive que brutale. Car Claude finira par partir,
abandonnant son amant au plus grand des désarrois.
Biographie, autopsie, observation d’une douleur, d’un échec annoncé...
Deux citations, en début d’ouvrage, résument ( anticipent ? ) à elles
seules les divers sentiments que pourrait éprouver le lecteur à l’issue de
sa lecture. De Mauriac tout d’abord , s‘adressant à Jouhandeau
: Si j’avais osé, mon cher, être aussi indiscret que vous, quelle oeuvre
n’aurais-je pas faite !, suivie aussitôt de ce mot de Rode : à la
base n’y a t’il pas plutôt une générosité que de l’égoïsme à livrer
au public, comme l’a fait Jouhandeau, son propre moi, son abjection et son
drame. Avertissement tout à fait à propos.
Porte ouverte sur l' intimité de son auteur, cette Biographie d'une douleur
est une véritable analyse des erreurs, des lâchetés et des torts du
personnage principal. Tout y est décortiqué, jusqu’aux silences. Didier
Mansuy propose une critique du comportement humain ornée de moult citations
(Freud, Nietzsche, Yourcenar, Cocteau…) comme
pour nous convaincre avec lui de la vérité, de la sienne surtout. Au risque de
faire perdre une certaine crédibilité à l'ensemble, car il manque une voix
dans cette biographie, celle de ce Claude qui n’a pas voulu ou pu se remettre
en cause et qui est parti. Cette absence finit par se faire lourdement
ressentir.
L’écriture de Mansuy transpire un profond et touchant appel à l’amour,
à aucun moment en effet on peut prétendre qu’il ait été cruel ou
orgueilleux. Mais blessé, sans aucun doute. Il y a de beaux moments. L’ascension
du mont Sinaï notamment est passionnante, d'un lyrisme somptueux. Un
passage qui vient à point pour relever un peu le récit, lui donner du piquant,
de la passion et de l’intérêt, et insuffler à cette histoire un intérêt
qu’on perd un peu de vue parfois. Quoi qu'il en soit, Biographie d’une
douleur est un roman qui a le mérite de ne pas laisser le lecteur
indifférent. Mansuy écrit bien. Très bien même. En choisissant d'aborder
le naufrage de l’amour, la démarche intellectuelle qui est la sienne ne
manque assurément ni de bravoure ni d’authenticité.
Didier
Mansuy, Biographie d'une douleur, Paris,
éditions Publibook, 2007, 238 pages, 19 €.
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L'amour
de toutes les couleurs selon Lucia Moreno Velo
par Christel
Marque
L’Amour
de toutes les couleurs est
le premier album jeunesse publié par La Cerisaie. Il s’adresse aux enfants de
3 à 6 ans. Ce
livre illustré par Javier
Termenon met en scène les
textes de Lucia Moreno Velo.
Lorsque
l’une de ses deux mamans se retrouve enceinte, Maïté s’invente une
histoire. Celle d’un amour de toutes les couleurs ; de cet amour
arc-en-ciel qui naquit quand ses mères se sont rencontrées. L’Amour de
toutes les couleurs innove par sa fraîcheur et sa légèreté. Par son
bilinguisme aussi, puisque le livre est présenté en français et en anglais.
Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour s’ouvrir à des amours
différentes. Maintenant, L'Amour de toutes les couleurs va faire naître
un nouveau bébé, mais où le laissera-t-il ?
Lucia
Moreno Velo, L’Amour de toutes les
couleurs, illustrations Javier Termenon,
album jeunesse, La Cerisaie, 2007, 32 pages, 13€.

La
faille de Michel Aurouze
par
Thierry Zedda
Après
avoir pratiqué en chirurgie
dentaire, Michel Aurouze
est écrivain mais aussi peintre sous la signature de Jacques
Mauduit. Cet artiste
provincial talentueux trace sa route sans concession. Car elle lui appartient. La
Faille, sixième de ses
romans, publié en 2003 et paré d’une de ses huiles, en est une fois de plus
la parfaite démonstration.
Ancien
procureur de la république aujourd’hui à la retraite, Édouard s’installe
dans une vieille ferme presque en ruine des hautes Alpes. Elle lui rappelle la
maison de son enfance et il n’a que faire des légendes du pays qui la disent
hantée. Pourtant, certaines nuits, dans les murs de la vieille bâtisse, s’ouvre
une faille. Un trou béant qu’il n’aura de cesse de vouloir colmater mais
qui inexorablement lui renverra les visages de sa vie passée, de son
homosexualité qu’il croyait être parvenu à dissimuler.
Michel Aurouze s’est expliqué à maintes reprises sur la difficulté d’acceptation
qui fut la sienne. Par rapport à son éducation. Par rapport à son père. Il
est ici nécessaire de rappeler que la vie, la trajectoire d’un artiste sont
tout aussi intéressantes pour la compréhension de son œuvre, que l‘œuvre
en elle-même. Elles sont complémentaires et nous guident à travers les
lignes. On peut lire d'une certaine façon son roman comme une parabole entre l’ancien
Michel Aurouze et le nouveau qui, grâce à l’écriture et la peinture, a su
trouver son chemin vers un épanouissement salutaire. Le style du romancier,
vif, direct, volontairement dépouillé, a le mérite de plonger le lecteur au cœur
de l‘histoire en évitant les fioritures. Comme en opposition à un sujet, en
lui même assez lourd.
Très bien écrit, La Faille est un roman intéressant qui prend
parfois des airs de conte avec des accents de roman noir. Apparemment, l’auteur
s’est amusé à mélanger les genres dans cette parabole entre la maison et l’âme
de son occupant. Cette image de la faille qui rappelle au personnage les images
de son homosexualité, comme un crime ancien et secret, peut cependant paraître
un peu datée. Sans remettre en cause les qualités littéraires de Michel
Aurouze, son propos surprend parfois et l’on reste un peu sur sa fin en
refermant le livre. Néanmoins, peut-être écrit dans l’urgence, ce livre
n’en demeure pas moins essentiel dans l’œuvre de l’écrivain.
Michel
Aurouze, La
Faille, roman,
éditions Le Publieur, 2003, 94 pages,
15 €.
Découvrez
les autres romans de Michel Aurouze : Les
Millepertuis , Les
Rameaux de pêchers ,
Une fleur d'Edelweiss, L'Arc
en ciel.
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Délits
secrets pour Catherine Bourassin
par
Benoît Payant
Troisième
titre de Catherine
Bourassin, Délits
secrets est un roman plaisant, au ton militant et
au style recherché. L’intrigue est bien conçue et se présente sous la
forme d’une enquête et d’une réhabilitation posthumes.
Fabien
Joquières vit ses derniers jours. Il n’a pas trente ans, nous sommes en 1986,
il a le sida. À l’hôpital Saint-Louis où il se fait soigner, il a retrouvé
comme médecin une ancienne connaissance de ses années d’études et de sa
folle jeunesse dijonnaise. Dans ce quartier qu’il fréquente pourtant peu, le
hasard lui a fait faire la connaissance de Simone, une vieille dame en fauteuil
roulant avec laquelle il discute du sexe des inséparables, première référence
au film Les Oiseaux d’Hitchcock, fil rouge du récit. Fabien cherche à
abréger ses souffrances, mais avant, il a un voyage urgent à faire. Le récit
nous ramène alors en 1976, dans une classe de lycée de Palaiseau, où Fabien
avait connu Victoire, alias Vic. Celle-ci fréquentait Lahmia, une jeune fille
d’origine algérienne victime d’une surveillance rapprochée de la part de
ses frères. Un accident dramatique viendra soudain modifier la vie de tous les
protagonistes de cette histoire, dont Fabien cherchera à recoller les morceaux
même après sa mort.
L’intrigue de Délits secrets est savamment construite sur une
chronologie et une topographie mouvantes. Le style est truffé de calembours
parfois lacaniens (« au grand dam des dames », « rêve
traversé de perroquets […] message optimiste : PAIRE OK »). On
apprécie le ton, notamment les allusions aux manifestations étudiantes de
1986, à la mort de Malik Oussekine, à qui l’ouvrage est dédié, et les
citations du Figaro, taxant la jeunesse de « sida
mental » comme aujourd’hui de « racailles ». Le propos est
parfois utopique : les dragueurs de vespasiennes veillent sur une lesbienne
suicidaire, Fabien parle d’un rôle de vigilance sociale des homos, du fait de
leur propre sensibilité à tout sectarisme. Il insiste aussi sur la
solidarité, la transmission d’une culture homosexuelle, et sur l’attention
que nous nous devions mutuellement, dans le contexte de vulnérabilité qui est
le nôtre. De beaux sentiments qui nous rappellent que les romans sont aussi
faits pour rêver ! Le niveau d’écriture et de spéculation
intellectuelle ainsi que le contenu spécifiquement gai conviendront à la fois
aux hommes et aux femmes. À noter que cette fois, l’enfance joue ici un
moindre rôle que dans les deux autres romans de Catherine Bourassin, par
ailleurs auteure de Gais matins et Un salon blanc et vieil or.
Catherine
Bourassin, Délits
secrets,
roman, éditions de la Cerisaie, 2005, 151 pages, 14 €.
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