Juin
2007 - Numéro 53 - 5e année ©
Au sommaire :
Les
dix meilleurs titres lesbiens :
palmarès
de Tatiana Potard
Didier
Lestrade à la campagne
par
Pierre Salducci
Les
gays français doivent à Didier Lestrade la
création de plusieurs institutions importantes dans la communauté, notamment Têtu
et Act up. C’est dire qu’on parle d’un militant engagé de longue
date. Après avoir publié le récit de la fondation d’Act up en 2000, Didier
Lestrade s’est mis en tête d’écrire pour léguer son héritage
spirituel et témoigner de ses expériences. Kinsey 6
sort en 2002 puis The End, en 2004, tous deux,
comme le premier, publiés chez Denoël. Dans The End,
Didier Lestrade prédit la fin de la communauté
homosexuelle et la décrit comme une société en perdition, ce qui valut au
livre un certain retentissement. Aujourd’hui, cet auteur contestataire et
provocateur récidive avec Cheikh, journal de campagne.
Cheikh,
journal de campagne est bâti comme le Walden de Henry David
Thoreau, dont il s’inspire. En effet, tout comme cet auteur et philosophe
américain (et homosexuel) du 19e siècle, Didier Lestrade a choisi de se
retirer dans ses terres et de vivre l’expérience du retour à la nature et de
l’isolement. Dès lors, la démarche de Thoreau est omniprésente dans
le journal de campagne de Lestrade qui ne cesse de se référer à son
mentor. C’est un parti pris comme un autre, pourquoi pas ? Mais une fois
passée l’admiration de Didier Lestrade pour la nature et son
enchantement face aux paysages qui font son nouveau cadre de vie, que reste-t-il
de son discours ? Un flot de critiques ininterrompues sur la communauté
gay, un mépris ouvertement affiché pour les homosexuels et une propension
insupportable à jouer les alarmistes et à crier au loup en permanence.
Dans Cheikh, Didier Lestrade se montre d’une intransigeance à
toute épreuve, réagissant face à tout comme un vieux réactionnaire de
droite. Rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux, à part un ou deux
réalisateurs de films porno (??), deux ou trois DJ et un tout petit groupes d’amis,
majoritairement britanniques. Tous les autres sont dans l’erreur… Parce que Didier
Lestrade a subitement découvert les vertus de la simplicité volontaire, de
la dépossession et du silence, - ce qui reste somme toute un schéma assez
classique de l’homme après 40 ans -, il faudrait que tout le monde fasse
exactement comme lui et tous ceux qui osent encore vivre autrement sont voués
aux gémonies. Que Didier Lestrade ait choisi de s’éloigner du milieu
gay et de l’agitation parisienne, fort bien, il est loin d’être le seul,
mais pourquoi faut-il absolument honnir ceux qui vivent autre chose ? Didier
Lestrade le dit plusieurs fois, il voudrait servir d’exemple, que l’on s’inspire
de lui comme il s’inspire de Walden, et comme cela ne se produit pas,
il se révolte et s’en prend aux gays, n’épargnant aucun style, aucune
génération. C’est totalement prétentieux (prétention qu’on retrouve d’ailleurs
dans le titre de l’ouvrage, car le Cheikh, c’est Lestrade
lui-même !) et d’une logique plus que discutable. Et comme si ce n’était
pas assez, Lestrade saupoudre en permanence son texte d’expressions
anglaises pour bien montrer qu’il est bilingue et qu’il a vécu aux
États-Unis et au Royaume Uni. So snob !
Certes, tout n’est pas faux dans ce journal mais Lestrade se trompe
presque systématiquement sur les diagnostics impitoyables qu’il pose et s’égare
dans une attitude de rejet au lieu de chercher à comprendre et à guérir. Tel
un nouveau Sarkozy de la communauté gay, il aime à vilipender, à se poser à
la fois en juge et en bourreau. Il distribue opprobre et châtiment. Et le pire,
c’est qu’on ne sait pas trop au nom de quoi il peut se permettre de parler
ainsi. Quand Lestrade pointe du doigts certains problèmes rencontrés
aujourd’hui par les gays, comme les dérives de la drague dans Internet ou le
sexe à risque, il en profite chaque fois pour généraliser et dépasser les
bornes. Il grossit le trait, parle sans nuances, met tout le monde dans le même
panier, comme si tous les homosexuels menaient exactement la même vie, ce qui
évidemment finit par enlever toute crédibilité à son propos.
Ce que ne dit pas Lestrade, c’est qu’il parle essentiellement d’une
toute petite communauté gay parisienne qui tourne autour du Marais et de
quelques lieux branchés. Ce que ne dit pas Lestrade, c’est aussi que
bon nombre des travers qu’il dénonce ne sont pas en fait propres aux gays
mais se rencontrent dans toute la société française en général et chez les
jeunes général. Et là où il se fourvoie royalement, c’est quand il s’obstine
à conclure que ce sont les gays le problème, alors que le problème vient de
la façon dont la France les traite et de l’approche de l’homosexualité (et
de bien d’autres choses) dans ce pays. Par ailleurs, Lestrade ne
comprend qu’il éprouverait exactement le même dégoût pour la société s’il
était hétéro, cela n’a rien à voir avec les gays. C’est le lot de tous
les intellectuels, homo ou pas, de se sentir isolés, incompris et de préférer
le replis. Mais c’est une erreur d’en venir à reporter sur les autres la
responsabilité de ce statut. Ainsi, malgré son enthousiasme pour la beauté
des plantes, des animaux et pour la vie sous ses formes naturelles, ce qui
manque le plus à Lestrade, c’est l’amour, tant dans sa vie comme il
le dit lui-même, que dans sa vision des autres. C’est cette absence d’amour,
de compassion, d’indulgence pour autrui, et cette obstination ridicule à se
prendre comme modèle, que l’on retient finalement de Cheikh, un journal de
campagne. La seule chose qu’on ignore encore en refermant ce livre, c’est
si Didier Lestrade a toujours pensé comme ça en secret ou s’il s’agit
de la conséquence d’une trop grande amertume.
Le 19 avril dernier, une séance de signature avec Didier Lestrade était
prévue à la librairie les Mots à la bouche. Celle-ci a dû être annulée à
la toute dernière minute suite aux menaces reçues par des activistes qui
dénonçaient une fois de plus l’homophobie de l’auteur de Cheikh. On
ne s’en surprendra pas. Didier Lestrade a pris tellement de plaisir
pendant des années à organiser le zap de ceux qu’il appelle " ses
ennemis ", il a enfin eu l’occasion de voir ce que ça fait d’être
traité de cette façon. Juste retour des choses, selon certains.
Au début de son livre, Didier Lestrade nous explique que son éditeur
habituel, Denöel, a refusé le projet de cet ouvrage… On ne peut pas s’empêcher
de comprendre pourquoi en découvrant le résultat. Didier Lestrade n’est
pas un écrivain et il le sait, il le dit, il est de plus un penseur très
contestable dans ses propos et son approche, dès lors, si ce n’est ni pour
son style ni pour ses idées, pourquoi le lire ?
Didier
Lestrade, Cheikh, journal de campagne, éditions Flammarion,
Paris, 2007, 324 pages, 19 €.
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L'envol
de Frédérique Anne
par
Christel Marque
Ancienne
professeure de lettres, responsable de la modernisation au ministère de l’éducation
nationale, Frédérique Anne a également présidé
l’Autre Cercle, une fédération d’associations homosexuelles, gay et
lesbiennes, qui lutte contre les discriminations au travail. Bien qu’elle
écrive depuis son plus jeune âge, L’Envol est
son premier roman publié.
Consultante,
Emmanuelle passe l’essentiel de sa vie entre avions et hôtels, ne s’arrêtant
dans son appartement parisien que le temps d’une aventure. De quelques heures.
De quelques jours. Elle n’a jamais su, ou voulu, entretenir de relation
sérieuse. Surtout depuis ces dix années de vie commune avec Laurence. Dix ans
de cohabitation plutôt. Partagée entre le désir de vivre le grand amour et l’envie
de rester libre de toute attache, Emmanuelle vit ses amours au rythme de ses
humeurs. Au rythme de la maladie de sa mère exigeante et protectrice, qu’elle
craint sans cesse de décevoir. Jusqu’à cette rencontre fortuite dans un
aéroport. Jusqu’au choc de ce regard…Parviendra-t-elle à nouer une
relation solide avec la belle et énigmatique Sophie ? La disparition de sa
mère lui permettra-telle de déployer ses ailes et d’accepter, enfin, en
toute simplicité, l’amour qui lui est offert ?
Frédérique Anne capte l’attention de ses lectrices avec un roman
léger et rythmé qui aborde la complexité des sentiments et la dualité de l’amour
et de l’attachement filial. Au fil de son histoire, la romancière se demande
indirectement s'il est possible de vivre pleinement une relation amoureuse tant
que le cordon ombilical n’est pas rompu ? Faut-il se libérer de l’emprise
maternelle pour s’épanouir sans crainte dans une relation à deux ? On
pourrait regretter que ce questionnement complexe n’ait pas été
explorée plus avant, mais ce n'était peut-être pas le but de ce roman, somme
toute plaisant.
Frédérique
Anne, L'Envol, roman,
éditions KTM, Paris, mars 2007, 182 pages, 15 €.
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Lionel
Labosse, Karim et Julien
par Thierry Zedda
Trois
ans après L'Année de l‘orientation,
Lionel Labosse nous invite à retrouver les deux
jeunes héros de son premier roman avec Karim & Julien.
Également auteur d'un essai remarqué, Altersexualité,
éducation et censure, édité entre ses deux romans, cet enseignant de
41 ans est devenu rédacteur en chef de la rubrique littérature jeunesse du
collectif Homoedu dont le principal objectif est de combattre le
sentiment de rejet chez les jeunes lecteurs par l’ouverture et la réflexion.
Les
garçons ont grandi, chacun de leur côté. Ils ont bientôt dix huit ans. Karim,
« homo-romantic-puceau » ne tombe amoureux que de cailleras
dont il n‘ose même pas soutenir le regard et Julien, hétéro prônant
« l’altersexualité », assiste médusé à la découverte par ses
deux papas des affres de leur homoparentalité. Le
décors est planté, en quelques feuillets.
Au seuil de leur vie d’homme, voilà nos deux personnages qui se retrouvent par
le biais de l’écriture puisqu'ils reprennent leur correspondance. Un
véritable univers s’érige peu à peu. Le leur. Mais aussi le nôtre. Ainsi,
lettre après page, ce qui n’aurait pu être qu’un témoignage (certes
passionnant) sur la jeunesse actuelle se double d’un pamphlet sans concession
contre l’intolérance. La jeunesse des protagonistes leur permet toutes les
audaces et ils n’ont pas peur des mots. Au diable les fausses vérités et les
idées reçues, formatées, reprises en chœur par des médias sponsorisés, dont
se galvanise un peuple apeuré par ceux qui ne font pas partie du troupeau. Le
combat des deux amis n‘est autre que celui pour la liberté d’être
soi-même. D’exister. Ils nous rappellent sans cesse nos idées préconçues,
dénoncent tous ces jugements hâtifs qui entretiennent la haine de l’autre et
nous éloignent chaque jour d’avantage les uns des autres.
Dans Karim et Julien, tout le monde en prend pour son grade et aucun
sujet n’est passé sous silence. Aucun tabou. On y évoque ainsi entre autres
et en vrac : la sexualité, la politique, Le racisme, le voile, l’homophobie,
la pédophilie, l’amour, les couples mixtes, la prostitution, le mariage gay,
le féminisme, le romantisme, le mouvement Ni putes ni soumises, Le Pen, les
handicapés, le rap… ouf !!! Dans la magie de cette discussion à deux voix,
les avis divergent. Les doutes de l’un deviennent les certitudes de l’autre.
Les correspondants se provoquent, se motivent, s’influencent, se soutiennent.
Les idées rebondissent d’une lettre à l’autre et pas toujours comme on
aurait pu le croire.
Labosse réussit l’exploit de transmettre une énergie dans sa passion
pour l’autre avec un humour, une fraîcheur, une spontanéité ainsi qu’une
audacieuse candeur qui avaient disparu depuis des lustres. Peut-être bien
depuis les slogans de 68.
Révolutionnaire, ce roman ? Bien, oui. Mille fois plus que tout autre ouvrage.
Simple, direct, franc. Aucune fioriture. Seulement l’essentiel. Sous la plume
de ce fin observateur naît toute une galerie de personnages qui servent son
propos, souvent de façon inattendue.
Karim & Julien est un livre réjouissant. Lionel Labosse un
auteur jubilatoire. Son écriture est unique et salvatrice. Il s’amuse des
mots, les réinvente, les fait ricocher l’un contre l’autre et leur donne
une couleur, une musicalité nouvelles. L’émotion gagne en intensité. Ça
frappe, ça cogne. C’est amusant aussi. Un talent qui donne au message de ce
livre une dimension exceptionnelle et ce jusqu’à la dernière ligne, alors
que tous les personnages se retrouvent enfin au cours de la gay pride. C’est
un hymne à l’amour, une petite bombe d'une efficacité incroyable. Un chef-d’œuvre.
Lionel
Labosse,
Karim et Julien, Paris, éditions Publibook, 2007, 199 pages, 19 €.
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Radclyffe
et les liens de l'honneur
par
Christel Marque
Radclyffe
est le nom de plume d’une chirurgienne plastique venue à l’écriture pour
répondre à un besoin personnel de littérature lesbienne, faiblement
représentée dans les années 80. Dans
sa volonté d’explorer l’univers gay et lesbien, Radclyffe
produit une œuvre prolifique, dont Les
Liens de l’honneur est le
dernier titre paru, second volet de la série des Honneur.
Avec
ce roman, Radclyffe nous invite à explorer les sphères du pouvoir
américain sur fond d’un thriller captivant et émouvant. Après
avoir été grièvement blessée par le tir d’un psychopathe, le commandant
Cameron Roberts reprend la tête du Secret Service chargé de la protection
rapprochée de la fille du président des États-Unis. Professionnelle en toute
circonstance, Cameron n’avait pourtant pas prévu qu’elle tomberait
amoureuse de sa protégée, Blair Powell. Leur histoire n’avait, certes, duré
que quelques jours mais elle avait laissé des souvenirs impérissables. Le
retour de Cameron au commandement du Secret Service risque donc de créer de
sérieuses tensions avec Blair, une jeune femme indépendante et volontaire qui
refuse de voir celle qu’elle aime risquer de nouveau sa vie pour la protéger.
Mais la sécurité de la fille du Président prime sur les élans du cœur.
Alors que la menace se fait plus pressante à l’encontre de Blair, Cameron
mettra tout en œuvre pour protéger celle qu’elle aime, jusqu'à ne pas
hésiter à se sacrifier. Les exigences de son travail prendront-elles le pas
sur ses sentiments ? Cameron et Blair parviendront-elles à préserver cet
amour qui, en dépit des obstacles et de leurs situations respectives, ne cesse
de croître ? Le commandant Cameron Roberts sera-t-elle contrainte de
choisir entre son travail et ses sentiments ?
Avec Les Liens de l’honneur, Radclyffe nous entraîne avec
maestria dans un roman haletant et passionnant où la dualité des sentiments
est explorée dans ses moindres détails. Moderne et rythmé, ce roman dévoile
les arcanes du pouvoir américain et met en avant la difficulté d’être un
personnage public et surprotégé. Plus qu’un thriller, Les Liens de l’honneur
est aussi une merveilleuse histoire d’amour entre deux femmes de fort
tempérament qui, pour rien au monde, ne sacrifieraient l’amour qui les pousse
l’une vers l’autre. En dépit des obstacles. En dépit du danger.
Radclyffe, Les
Liens de l'honneur, Paris,
éditions Labrys, 2007, 266 pages, 18 €.
Voir
aussi L'Honneur avant
tout et Shadowland.
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Millepertuis
pour Michel Aurouze
par
Pascal Éloy
Après
avoir publié Une Fleur d’Edelweiss
en 1987, Michel Aurouze
fut invité aux Universités Homosexuelles d’Eté de Marseille où Geneviève
Pastre a remarqué son
écriture. À cette occasion, l'auteur a rencontré Hugo
Marsan qui lui a demandé d’écrire
un livre sur les milieux cuir afin qu'on cesse de les assimiler à l’extrême
droite malgré leur fascination pour des uniformes au look presque nazi. Michel
Aurouze a donc rédigé en
1991 Les Rameaux de
pêchers que Geneviève
Pastre a tout de suite
édité. Par la suite, le romancier est resté fidèle à son éditrice chez qui
il a publié Les
Millepertuis en 1998.
Issu
d’un milieu d‘enseignants rigoureux, Michel Aurouze devait aller en
faculté pour y suivre des études de chirurgien-dentiste. À cette époque, il
se savait déjà homosexuel mais pensait que si son père l'avait appris, il l’aurait
tué sur-le-champ. Ce qui le conduisit à se taire. Pourtant, la vie le ramena
très vite dans cette direction. Mais il connut plusieurs échecs qui le
poussèrent à s’évader dans un monde de sentiment absolu, guidé par l’écriture
et la peinture.
Millepertuis raconte l'histoire de Léo qui suit des études de droit
dans les années soixante, se marie avec Elisabeth et voit mourir son premier
enfant, peu après sa naissance. Ce drame va l'amener à se poser de nombreuses
questions devant une Elisabeth sidérée. Léo entame dès lors un nouveau
chemin. Il affirme son homosexualité, espérant à chaque nouvelle relation
aboutir enfin à la réalisation d'un grand amour. Mais cela n'arrive pas assez
vite. Découragé, il fait une tentative de suicide. Par la suite, il retourne
souvent séjourner au domaine familial, les Millepertuis, où il rencontre
finalement Achille. Son destin en sera bouleversé à jamais.
Michel Aurouze livre ici une histoire au style et au ton très
particuliers. Il s'agit d'une tragédie dans laquelle passé et présent se
mêlent de façon irrationnelle et mélo-dramatique. En effet, s'il peut encore
être parfois difficile de s'assumer homosexuel de nos jours, l'ode au
désenchantement que l'auteur propose et le traitement qu'il lui réserve dans
son histoire paraissent assez irréalistes. En outre, si le romancier évoque
avec minutie les relations avec les femmes, celles-ci ne sont jamais
réellement approfondies et restent souvent au niveau du ressenti, sans aborder
le cheminement psychologique qui conduit les personnages à agir ! Bref, un
roman intéressant et bien écrit, mais qui dessine un cheminement vers
l'homosexualité déjà daté, tel qu'on le vivait à la fin des années 80,
c'est-à-dire marqué par une forte touche de culpabilité et de
désenchantement.
Michel
Aurouze, Les Millepertuis, Paris,
Éditions Geneviève Pastre, collection Les Gémeaux, 1998, 20 €.
Découvrez
les autres romans de Michel Aurouze : Les
Rameaux de pêchers , La
Faille ,
Une fleur d'Edelweiss, L'Arc
en ciel.
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Sarah
Waters, naturelle et engagée
Source Wikipédia
et Evene.fr
Sarah
Waters est une écrivain britannique, née à Neyland, dans le comté de
Pembroke (Pays de Galles) en 1966. Ouvertement lesbienne, dans la vie
comme dans ses écrits, elle a déjà publié quatre romans. Élue « auteur
de l’année » par le Sunday Times en 2003, elle a également reçu
le prix des Libraires et le British Book Awards (Auteur de l'année 2002).
Plusieurs fois adaptée à l'écran ce qui a largement accru son prestige
auprès du public britannique, elle vit actuellement à Londres.
Après
des études en littérature anglaise à l'université du Kent, Sarah Waters travaille en
librairies et bibliothèques. Elle reprend ensuite le chemin de l'université
pour faire une thèse sur la fiction historique gay et lesbienne. Elle
s'intéresse à l'Angleterre victorienne dont elle fera d’ailleurs la toile de
fond de ses trois premiers romans.
En 1998, après avoir longuement étudié le travail des autres, elle se lance
à son tour dans l’écriture.
Son premier roman, Tipping the Velvet (Caresser le velours) est
paru en 1998 et a pour sujet le lesbianisme à l'époque victorienne (le velours
étant l'un des noms du sexe féminin dans l'argot de l'époque). Remarqué par la critique,
l'ouvrage a remporté quelques-uns des nombreux prix que compte le milieu littéraire
britannique. Il a également été adapté pour la chaîne de télévision BBC
Two sous la forme d'un film en trois parties signé Andrew
Davies, qui avait déjà adapté avec succès Orgueil et préjugés.
Débauche de mélodies, de parfums et de costumes, Caresser le velours
ressuscite, dans la meilleure tradition picaresque, les dernières années de
l'Angleterre victorienne. C'est le récit, tout à la fois érotique et
historique, des aventures de Nancy, une jeune provinciale vendeuse d'huîtres
dans un petit port sur la côte du Kent, dont le sort bascule lorsqu'elle tombe
amoureuse d'une chanteuse de music-hall aux allures de dandy. Câlins et
caresses compensent la dureté de l'époque, tandis que cette éducation
sentimentale au féminin conjugue pudeur et impudeur avec une incroyable
virtuosité.
Quelques années plus tard, Sarah Waters poursuit dans la même veine
avec Affinités pour lequel elle est couronnée jeune auteur de l'année
par le Sunday Times. C'est dans l'inquiétant climat de l'une des geôles
les plus lugubres de l'ère victorienne que nous entraîne ici Sarah Waters
à la rencontre de tout un cortège de voleuses, criminelles, faussaires,
avorteuses et mères maquerelles représentatives de cette époque. Récit de
fantômes et thriller historique, Affinités nous plonge dans un monde
crépusculaire de séances de spiritisme et d'apparitions, d'esprits insoumis et
de passions incontrôlables... Un roman envoûtant où le suspense monte sans
répit jusqu'à un dénouement final étonnant.
En 2002, son troisième roman, Fingersmith (Du bout des doigts)
lui a apporté la consécration. L'histoire est basée sur des thèmes du roman
populaire (complot, enlèvement d'enfants, monde des voleurs comme dans Oliver
Twist) associés aux amours lesbiennes. L'histoire a été adaptée en 2005 par
BBC One, avec les actrices Elaine Cassidy et Imelda Staunton. Du bout des doigts incorpore une dose de crime dans un univers que Sarah
Waters maîtrise désormais. Avec ce titre, elle est nommée auteur de l'année 2003
aux British Books Awards et reçoit le Prix des Libraires.
Dans The Night Watch (La Ronde de
nuit), ouvrage paru en anglais en 2006, les personnages (quatre femmes, dont
trois sont lesbiennes, et un homme homosexuel) partagent secrets et scandales
dans le Londres des années 1940. Avec ce titre, la romancière change de période historique
et fait évoluer ses personnages dans le Londres de
la Seconde Guerre mondiale. Comme ses trois précédents romans, cet ouvrage a
séduit les lecteurs par son style épuré mêlant les méandres de l’histoire
à ceux des rapports humains.

Rachid
O. a plusieurs vies
par
Pascal Éloy
Jeune
écrivain marocain né en 1970, Rachid
O. vit à Paris. En 2000,
il est accueilli comme pensionnaire de la Villa Médicis, gérée par la
Fondation de France, à Rome. Révélé par le célébrissime Philippes
Sollers qui accepta d’être
sa main pour l’écriture de son premier livre, il a publié depuis 1998
plusieurs romans et recueils de nouvelles, dont L'Enfant
ébloui, Plusieurs
vies, Chocolat
chaud, Ce
qui reste… Il est aujourd’hui
considéré comme un précurseur de l’homosexualité dans les lettres
maghrébines.
Plusieurs
vies est une œuvre de jeunesse, composée de cinq courtes histoires qui
présentent l'enfance et l'adolescence d'un jeune marocain amoureux d'un
coopérant français plus âgé que lui et père de famille. L’auteur nous
parle aussi de ses liens de famille et de ses tendres rencontres…
Du cimetière où repose Jean Genet aux laveries parisiennes, qui lui font
découvrir la vie d'un célibataire, l'auteur aimante des inconnus. Certains se
disent prêts à lui consacrer le reste de leurs jours. Alors, parfois, il se
met à les aimer !
Usant d’une écriture douce et candide, mais toujours réaliste et sans
fioritures, Rachid O. nous fait découvrir une autre face du Maroc et de
l'Islam, empreinte de tolérance et de respect. En effet, l'auteur décrit
franchement sa vie de gay marocain et de musulman, dont le père sait tout mais
ne pose aucune question.
Rachid O. est le premier auteur maghrébin a parler de la sexualité
masculine, de l'homosexualité et de la prostitution masculine au Maghreb. Bien
sûr, l'homosexualité et la prostitution masculines n'étaient pas ignorées ou
niées jusque-là. Simplement, on n'en parlait jamais et on l'écrivait encore
moins ! De plus, la douceur, l’intelligence, la sensibilité de cet auteur ont
permis que la littérature s’empare calmement de certaines réalités
sexuelles et sociales, à travers le filtre d’un auteur lucide et sentimental,
d'un poète candide qui joue de l’écriture avec une grande liberté dirigée
et une forte rigueur de pensée.
Même si le français n'est pas sa langue natale, Rachid O. manie les
mots avec le soin qu'on apporte aux instruments délicats et fragiles. Souvenirs
de dragueurs frénétiques et de soupirants transis, Plusieurs vies est
aussi un livre de poésie !
Rachid
O., Plusieurs
vies, nouvelles,
éditions Gallimard, coll. L'Infini, 1996, réédité en Folio.
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Claudine
Galea ou l'amour d'une femme
par
Laetitia Schuck
Claudine
Galea est une auteure
multiple. Écrivaine de théâtre et de roman, elle a également rédigé le
livret d’un opéra et collaboré avec des chorégraphes. Journaliste
littéraire, elle est chargée d’une rubrique dans le quotidien La
Marseillaise. Elle fait partie du comité de rédaction de la revue Ubu,
scènes d'Europe. L’Amour
d’une femme est son
troisième roman, après Jusqu’aux
os et Le
Bel .
L’Amour
d’une femme relate la relation qui a existé entre la narratrice et une
autre femme, la rupture de cette relation et la souffrance qui s’en est
suivie. Cet amour lesbien était son premier véritable amour. L’Amour,
personnifié, est bien le personnage principal de ce roman : Il y a l’amour
et le reste. Claudine Galea décrit l’errance de la narratrice dans
Paris, la fuite et la folie qui suivent la perte de la femme aimée. L’absence
entraîne un quotidien désormais sans charme et vide de sens. Néanmoins,
celle-ci réactualise de façon obsessionnelle l’intensité de cette relation
charnelle. Elle emploie le tutoiement pour parler d’elle-même, tentant d’instaurer
une distance entre son moi profond et sa réalité. D’ailleurs, on ne connaît
pas son nom. L’amour disparu a entraîné une perte de son identité. Sa
finalité est d’essayer de relayer le vide terrible de son amante le plus loin
possible dans son être.
Claudine Galea saisit très sensiblement la complicité fusionnelle,
intellectuelle et physique, qui peut s’établir tout particulièrement entre
deux femmes. Elle alterne les phrases longues et courtes. L’urgence et la
confusion amoureuses transparaissent à travers un style à la fois changeant et
répétitif. Quelques vers libres, à la manière d’Aragon, traversent le
roman poétique. Les références musicales nous parlent ( Nico, Patti
Smith, Marianne Faithfull…) et nous rappellent que chaque histoire reste liée
à des souvenirs, à des voix et à des morceaux particuliers.
L’Amour d’une femme met en place une esthétique épurée, un peu
comme Marguerite Duras. Le texte se suffit à lui-même pour décrire l’absence
de la femme aimée et perdue. Les flash back amoureux nous plongent dans la
nostalgie et la mélancolie sans pour autant tomber dans la mièvrerie. L’écriture,
libératrice et cathartique, est finalement peut-être la seule à pouvoir faire
continuer à vivre pour l’éternité cette histoire révolue entre Tu et Elle.
L’Amour d’une femme est à recommander pour la profondeur
de son analyse, en toute simplicité.
Claudine Galea, L'Amour d'une femme,
roman, éditions du Seuil, 2007, 144 pages, 12 €.
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