Bienvenue et merci de votre visite !

Par où commencer  ?

FAQ

Présentation

Nous contacter

S'abonner 
à la lettre d'info :
 

Magazine

Accueil

Sommaire

Éditorial

Agenda

Nos choix

Les  incontournables

Les 10 meilleurs titres gais

Les 10 meilleurs titres lesbiens

Archives

Auteurs cités 
- de A à L

- de M à Z

Numéros parus

Liens

Sites auteurs gays

Sites auteures lesbiennes

Librairies

Maisons d'édition

Nous connaître

Vidéo

Collaborateurs

L'avis des professionnels

Contact

Abonnez-vous gratuitement

Echange de bannières

Conseil québécois des gais et lesbiennes

 

La Référence est une initiative privée et non subventionnée qui ne peut survivre sans votre soutien. Cliquez sur le lien ci-dessous pour nous aider et nous faire parvenir le montant de votre choix grâce au système de paiement facile et sécuritaire de PayPal. D'avance, merci !

 

Mars 2007 - Numéro 50 - 4e année ©

Au sommaire :

Les dix meilleurs titres gays : palmarès de Pascal Delorme

 

La Référence fête son numéro 50...  Numéro 50 !    Numéro 50 !   Numéro 50 !

 



Les deux G. de Loïc Le Doeuff
par Alexandre Arnaud

Loïc Le Doeuff est un auteur prolifique quoique encore peu connu et surtout peu publié. Il a fait paraître un premier roman, L’Annonce, en 2006. Il a également écrit Hédonisme et illusions, et Les Fers de l’homme, deux pièces de théâtre disponibles uniquement dans Internet sur le site www.proscenium.com Par ailleurs, il est aussi l’auteur d’une cinquantaine de nouvelles qui dorment encore dans ses cartons. Aujourd’hui, il nous propose son deuxième roman Les Deux G. ou le frère de l’autre qu’il a publié en auto-édition, un livre qui selon lui se veut une tentative de créer l’envie de le lire.

Gilles erre en France, il rencontre Georges, un beau paysan périgourdin, et tous deux s’aiment. Si ce n’est que c’est un peu plus difficile pour Georges, parce que tout son entourage ne voit en lui qu’un célibataire endurci, et qu’il cachait son homosexualité depuis toujours. La grande nouveauté de ce roman, et sa principale originalité, est donc d’avoir situé cette histoire d’amour entre deux hommes dans un environnement rural. Indirectement, l'auteur nous demande s'il est aujourd'hui possible de vivre son homosexualité dans un petit village de campagne.
Loïc Le Doeuff sait nous montrer les errances et les hésitations de ses personnages. Il crée des personnages qui ont l’air vrai, même au-delà de nos deux héros, certains sont attachants, comme Robert, ami et voisin de Georges. D’autres en revanche sont beaucoup moins sympathiques ! Tout cela ressemble à la vie et constitue une histoire intéressante, dommage que le style ne soit pas à la hauteur. En effet, le choix du vocabulaire est généralement tout à fait maladroit, ce qui finit par devenir franchement gênant.

Loïc Le Doeuff, Les deux G. ou le frère de l'autre, roman, éditions Publibook, 2006, 198 pages, 20 €.

                        revenir au sommaire ]



Le temps n’y change rien pour Martine Merlin-Dhaine 
par Christel Marque

Originaire du Nord de la France, Martine Merlin-Dhaine vit aujourd’hui dans le sud-ouest, près de Toulouse où elle exerce la double activité de conseillère en communication et marketing et de maître de conférence associée à l’Université de Toulouse. Elle a déjà collaboré à différents recueils de nouvelles, dont Transports amoureux, aux côtés, entre autres, de Brigitte Ourlin et de Cy Jung. Le Temps n’y change rien est la suite de Ksénaï, qui se déroulait à l’époque gallo-romaine.

Découpé en trois épisodes, selon trois périodes distinctes de l’Histoire allant de l’oppression des Cathares du XIIIe siècle à la résistance contre la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale, en passant par l’épopée chevaleresque du XVIIe siècle, ce second roman de Martine Merlin-Dhaine nous invite à découvrir les destins croisés de trois femmes exceptionnelles dont la bravoure face aux circonstances parfois dramatiques de leurs vies n’aura d’égal que leur amour pour leurs compagnes. Le Temps n’y change rien nous offre trois magnifiques histoires de femmes, trois parcours atypiques à différents moments de l’Histoire, qui tous résonnent des accents de résistance et de combat pour leur survie et leur amour.
Du XIIIe au XXe siècle, nous plongeons avec passion au cœur de ces récits, différents dans leur narration, mais qui ont en commun cette vieille bâtisse de l’Aude perchée en amont d’un petit village de campagne (et qui ne peut être habitée que par des femmes !) à côté de laquelle coule une source purificatrice interdite aux hommes... Immersion magique et féerique dans ce sud-ouest chargé d’histoire qui a vu s’affronter catholiques et cathares au nom d’idéaux aujourd’hui disparus.
De Gailharde la cathare, qui sera recueillie et initiée aux plaisirs de l’amour par la tendre et belle Clarisse, à Simone la résistante qui n’hésite pas à cacher Hannah, jeune prodige violoncelliste juive avec laquelle elle vivra une brève mais intense passion amoureuse (que l’horreur de la guerre éloignera hélas pendant de trop longues années), en passant par Agathe, l’amie de cœur de Camille, chevalier d’Arguente, aussi fougueuse au combat que voluptueuse en amour, Martine Merlin-Dhaine nous livre une roman passionnant et émouvant. Nous refermons ce livre avec la très agréable sensation d’avoir réalisé un merveilleux voyage au cœur de cette superbe contrée du sud de la France qui invite à la douceur et aux plaisirs d’amours saphiques illuminées de soleil et de tendresse.

Martine Merlin-Dhaine, Le temps n’y change rien, tome 2 : Gailharde, Agathe, Simone, éditions de La Cerisaie, Collection Ceriselles, Novembre 2006, 278 pages, 15€.

revenir au sommaire ]



Hervé Guibert : Autofiction ou roman faux ?
par Arnaud Genon

Hervé Guibert connaîtrait-il un jour la fin de son long purgatoire français ? Des années après sa mort et alors que vient de paraître son journal inédit aux éditions Gallimard (Le Mausolée des Amants, Journal 1976-1991), Jean-Pierre Boulé nous propose avec L'Entreprise de l'écriture du moi, la première étude sur l'ensemble de l'oeuvre de l'écrivain prématurément disparu. L'objectif de cet ouvrage est de retracer, à partir d'une lecture chronologique du corpus, le cheminement littéraire qui mena Guibert à sa trilogie du sida, trilogie qui fut le point d'aboutissement de l'oeuvre entière dont le but était, selon les termes mêmes de Guibert, d'aller au bout d'un dévoilement de soi. Mais l'aboutissement de ce parcours vers une écriture radicale de soi coïncide, selon Boulé, avec la naissance de ce qu'il nomme le roman faux, genre nouveau qu'illustre À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie. Grâce à cette invention du faux roman, le livre de Jean-Pierre Boulé éclaire d'un nouveau jour les études guibertiennes.

En quoi l'entreprise de Guibert est-elle originale ? C'est que dès ses textes de jeunesse (voir chapitre 1), tous les thèmes futurs de l'oeuvre sont annoncés et ils seront appelés à se décliner au fil du projet de l'auteur. Guibert y inscrit son corps, le soumet à diverses expérimentations et même si sa volonté de s'écrire au jour le jour est déjà présente, l'auteur oscille encore entre le conte, le récit, le journal, entre la première et la troisième personne.
Dans le deuxième chapitre intitulé L'écriture photographique, Boulé explique que souvent chez Guibert la photographie est un déclencheur de récit mais que toujours le moi transparaît, comme par exemple dans L'Image fantôme, texte sur l'image dans la lignée de Barthes qui en dit autant sur la photographie que sur Guibert lui-même. Dans le chapitre suivant, Boulé se penche sur les tentatives romanesques de Guibert. Il note que le jeu entre vérité et fiction commence à apparaître, que ce qui sera le véritable enjeu de ses textes de maturité se dessine dans Les Aventures singulières ou Voyage avec deux enfants.
Dans les chapitres Image et Texte et Le Roman, Boulé analyse l'avancée de Guibert vers les textes fictionnels que sont Les Lubies d'Arthur, Des Aveugles et Vous m'avez fait former des fantômes. Ces textes peuvent se lire comme des parenthèses dans l'oeuvre dans la mesure où ils ne répondent pas directement au projet initial. Ce sont ses incartades vers le roman, ses échecs de la fiction. Cependant, l'analyse souligne que le travail de Guibert se situe toujours dans le passage entre la réalité et la fiction, entre le documentaire et l'imagination (Guibert). C'est ici la règle du jeu qu'il adoptera pour ses textes les plus autobiographiques. Mes parents, étudié dans le chapitre six, en est l'exemple marquant. Cette apparente autobiographie de jeunesse se caractérise justement par ce jeu entre la réalité et la fiction et transgresse en cela le pacte autobiographique. C'est que l'oeuvre de Guibert est avant tout un piège à lecteur, un piège dans lequel il tombe consciemment, en connaissance de cause. Mes parents doit donc être lu comme un roman où je mens, où je falsifie la réalité dans l'écriture romanesque (p.193), une avancée vers le roman faux, le roman faux étant un roman qui ne respecte pas le pacte romanesque (p.192).
Vers le roman faux est justement le titre du chapitre suivant, chapitre qui porte, entre autres textes, sur Fou de Vincent et L'incognito. Ces oeuvres, en même temps qu'elles marquent une avancée dans l'écriture de soi, dans le dévoilement du narrateur, dans la réduction de cette distance entre les vérités de l'expérience et de l'écriture (Guibert) accentuent le jeu vérité / mensonge, l'érige en parangon d'écriture qui sera la marque des textes à venir. Ce jeu trouve son acmé, son point d'implosion (chapitre 8, p. 250) dans À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie pour diverses raisons. Tout d'abord, parce que Guibert a pu se choisir comme personnage principal et inscrire son moi sous le biais du roman faux (p.250). D'autre part, parce que Guibert nous propose un véritable pacte du leurre, et que c'est par le prisme de ce pacte qu'il décide de tout dire, de tout écrire. Pour Jean-Pierre Boulé, il n'y a donc pas d'autofiction, il préfère l'expression de roman faux car pour lui, le pacte romanesque, chez Guibert, prime sur le pacte autobiographique.
Les textes suivants de Guibert mettent en place une écriture thanatographique (chapitre 9). Le Protocole compassionnel, le film La Pudeur et l'impudeur, et le journal d'hospitalisation Cytomégalovirus sont l'objet de cet avant-dernier chapitre. L'écriture remplit maintenant la fonction de réconcilier le moi avec son corps (p. 252), les livres, à l'image du corps sont envahis par la maladie et il s'agit alors de survivre. Si Guibert écrit encore, se dit encore, c'est pour échapper à l'angoisse de la mort : Écrire dans le noir ? Écrire jusqu'au bout ? En finir pour ne pas arriver à la peur de la mort (Cytomégalovirus, p.93).
Qu'en est-il alors des tout derniers écrits de Guibert ? Jean-Pierre Boulé les rassemble dans un chapitre intitulé Le fictif, le faux, le délirant. Dans ses ultimes textes que sont Mon valet et moi, L'Homme au chapeau rouge et Le Paradis, Guibert s'efforce de s'arracher de sa maladie et de chercher refuge dans l'écriture (p.285). Bien que ces textes aient en commun les subterfuges, ils arrivent toujours à coucher le moi sur papier (p.285), ils jouent sur l'identité, se jouent de l'identité qui n'a plus désormais pour seul refuge que la folie.

Jean-Pierre Boulé, Hervé Guibert : L'entreprise de l'écriture du moi, Paris, L'Harmattan, coll. Critiques littéraires, 2001, 328 pages, 25.90 €.

revenir au sommaire ]




Catherine Hubert et les onze pies
par Jean-Sébastien Vallée

Catherine Hubert a déjà publié six romans aux éditions Geneviève Pastre, dont Jessica ou l’Ile, Drame (1993), Vers l’Ouest (1996), La Lumière de la Nuit (1997), Création (2000), Lotta (2003) et Dreams (2005). Dans son septième ouvrage, Les Onze Pies, elle propose une histoire passionnée entre deux femmes, une nouvelle aventure tendre et sensible sur la recherche de l’amour. Encore une fois, les mots simples et poétiques de cette auteure incontournable de la littérature lesbienne nous entraînent dans une douce romance.

Les Onze Pies raconte l’histoire de Marion et de Carlotta, deux femmes qui se rencontrent au Festival de Films de Femmes de Créteil. Marion tombe sous le charme de Carlotta dès qu’elle l’aperçoit à son stand. Après une première discussion avec la belle Italienne, Marion est bouleversée au plus haut point. Elle se met aussitôt à peindre des portraits de Carlotta et à ne penser qu’à la revoir. Elle erre dans les lieux que Carlotta fréquente ou pourrait fréquenter. De son côté, Carlotta voudrait également revoir Marion. La recherche de l’autre est intense et passionnée. L’exploration de la femme et la quête du bonheur semblent essentielles. Et dire qu’une courte rencontre est à l’origine de tout cet émoi, une rencontre pourtant loin d’être anecdotique ! Tout comme Catherine Hubert, Marion peint, sculpte et écrit des livres. On a forcément tendance à faire un lien entre l’auteure et son personnage, tout en restant captivé par la magie de la fiction.
L’histoire de ce roman est rythmée par une comptine anglaise qui parle de pies, de joie et de peine. Tout au long du récit, la comptine revient, comme pour guider le lecteur à travers les diverses actions de l'héroïne. Même si les chapitres sont courts – composés parfois seulement de quelques phrases –, l’auteure réussit sans conteste à nous transporter dans son univers. Tendre rêveuse, la narratrice étonne par ses réflexions et ses aventures simples. Le quotidien de Marion devient intriguant, même s’il est des plus ordinaires. Est-ce que Marion et Carlotta réussiront à se revoir et à s’aimer ? Pourront-elles développer une relation malgré les obstacles nombreux et imprévisibles ? À découvrir !

Catherine Hubert, Les Onze Pies, Paris, Éditions Geneviève Pastre, 2006, 163 pages, 18.50 €.

revenir au sommaire ]



Homo ou hétéro selon Stéphane Clerget
par Paul-François Sylvestre

Le pédopsychiatre Stéphane Clerget est chercheur et clinicien. Il a publié plusieurs ouvrages pour le grand public et vient de signer Comment devient-on homo ou hétéro ?, un livre qui repose sur une recherche très minutieuse et qui répond à peu près à toutes les questions qu’on peut se poser au sujet de l’homosexualité. Dans cet ouvrage, l'auteur aborde son sujet sous divers angles. Il évoque la source des fausses certitudes et leur oppose les vraies croyances de jadis, il parle de sexe, de la libido de l’enfant, de l’adolescence (qu'il présente comme l'heure de choix), d’homophobie, etc., mais plus encore, en tant qu'historien de la sexualité, il propose un parcours très intéressant des relations homosexuelles à travers le temps.

Stéphane Clerget commence avec l’Antiquité gréco-romaine et affirme que l’homosexualité masculine va de pair avec la virilité. Les jeunes, devenus hommes, ne tournent pas naturellement leur pensée vers le mariage et la procréation, mais ils y sont forcés par la loi. Dans l’Empire romain les relations entre hommes sont acceptées socialement. De César à Hadrien, les empereurs donnent l’exemple. Ce n’est pas l’orientation sexuelle ou le sexe du partenaire qui pose problème; c’est plutôt la différenciation hiérarchique entre ceux qui prennent du plaisir virilement et ceux qui en donnent servilement.
L’apparition de la religion juive annonce un premier interdit face à l’homosexualité, tout simplement parce qu’il y a une nécessité sociale pour les tribus peu peuplées d’Israël de croître pour survivre. La religion juive n’accepte pas qu’un homme couche avec un autre homme comme on couche avec une femme. Elle est la première à condamner une relation librement consentie (et non un viol comme dans les civilisations grecque, romaine ou égyptienne). L’auteur note que les hommes de Sodome se sont rendus coupables de menace de viol collectif, du manquement au devoir d’hospitalité et aussi de péchés multiples associant orgueil, idolâtrie, cupidité et luxure. Rien dans la Bible ne dit que ce peuple pratique plus l’homosexualité que d’autres. Ce sont des apocryphes juifs du IIe siècle qui établissent un lien entre ce récit et l’homosexualité, précise-t-il.
Lorsque la religion chrétienne réprouve l’homosexualité, c’est comme sexualité non procréative. Entre 40 et 430 (mort de saint Augustin), la morale sexuelle commence à se former et à être codifiée par les Pères de l’Église et les premiers conciles. Les pratiques homosexuelles, comme les autres activités sexuelles, sont des péchés de luxure. Or, il n’est pas question d’identité sexuelle, d’homosexualité ou d’hétérosexualité, mais de comportements sexuels acceptables ou condamnables. Selon le docteur Clerget, l’origine des relations homosexuelles est à rechercher dans l’origine des péchés : On ne naît pas homo ou hétéro, on ne devient pas homo ou hétéro, on fait bien ou mal selon que l’on cède à la tentation.
Au grand dam des auteurs chrétiens, les mœurs ne se modifient pas. Selon l’historien John Boswell, les mariages homosexuels reprennent, parfois à l’église, sous le patronage de couples de saints. On décrit des cas jusqu’au XIXe siècle en Europe de l’Est. Dans la France mérovingienne, les chansons de gestes tendres portent souvent sur des relations homme-homme: Roland et Olivier, Lancelot et Galehot, Tristan et Kaherlin, Ami et Amile. La beauté des corps masculins est à l’honneur. Le baiser sur la bouche est plus courant entre hommes, qu’entre hommes et femmes.
À partir du XIIIe siècle, une reprise en main est opérée dans les pays catholiques centralisés. L’Inquisition est créée. Hérétiques ou sodomites sont condamnés à mort. À noter que les sodomites désignent tous les actes contre-nature y compris la sodomie entre hommes et femmes. […] Mais cela n’empêche pas chacun de prendre plaisir, plus discrètement sans doute, tel François Villon qui écrit, entre 1456 et 1461, ses balades homosexuelles où respire la jouissance ludique, mais en usant du jargon des prostitués, méconnu du grand public.
Au XVIe siècle, avec la Renaissance, les modèles d’amours masculins comme Cupidon, Apollon, Ganymède ou Bacchus reviennent. On reparle d’amour viril, de beau vice. C’est aussi le début de la découverte de nouveaux mondes et de leurs mœurs tels que l’homosexualité et le travestisme chez les Aztèques, l’homosexualité courante des samouraïs, la prostitution masculine en Chine et les Berdaches en Amériques du Nord.
Avec la montée du protestantisme et la contre-réforme, les condamnations pour sodomie deviennent plus sévères. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, c’est l’amorce de la psychiatrisation de l’homosexualité qui sera effective au XIXe siècle. La philosophie des Lumières tente de porter un regard nouveau sur la sexualité, mais il n’y a pas de consensus. Montesquieu invente les péchés philosophiques, Rousseau parle de goût dépravé qui outrage la nature et Diderot affirme que les interdits sexuels de l’Église sont arbitraires.
Le XXe siècle sonne la fin des bûchers pour les sodomites, mais l’homosexualité passe de péché à rébellion sociale, puis à maladie ou inadaptation médicale et psychologique. C’est cette médicalisation de l’homosexualité qui va donner naissance à la notion d’identité homosexuelle et promouvoir un début d’organisation sociale des personnes concernées. Puis la découverte de la psychanalyse par Freud ouvre des horizons nouveaux; l’homosexualité n’est pas une maladie mais plutôt une composante propre à chacun, à des degrés divers et sous des modalités expressives variables.
Dans l’entre-deux-guerres, fait remarquer Clerget, la visibilité homosexuelle apparaît dans les bars et les bals à Berlin, Paris et New York. Puis le nazisme décide la déportation et de l’extermination des homosexuels dans les camps de la mort. L’Italie fasciste et les dictatures communistes feront de même avec le même argument de dégénérescence et de dissidence. Au milieu du XXe siècle, l’homosexualité aux États-Unis est classée comme perversion morale ou psychopathie sexuelle permanente. Ce n’est que dans les années 1980 que l’homosexualité est dépénalisée en Occident et qu’elle n’est plus considérée par l’Organisation mondiale de la santé comme une maladie.
Stéphane Clerget conclut son survol historique en clamant que la sexualité d’une personne est définie à sa naissance, et parfois avant. Ses préférences sexuelles demeurent préprogrammées. Il y a une part congénitale, une part héréditaire et une part environnementale.

Stéphane Clerget, Comment devient-on homo ou hétéro ?, Paris, Éditions Jean-Claude Lattès, 430 pages, 29,95 $.

revenir au sommaire ]



Brigitte Ourlin, Ingrid et Eva
par Christel Marque

Après des études de psychologie, Brigitte Ourlin s’est orientée vers le marketing avant de travailler pour Sida Info Service. Elle est aujourd’hui correctrice et peut désormais s’adonner pleinement à ses passions : la peinture et l’écriture. Elle est l’auteure d’un premier roman, Les Couleurs Marines (Double interligne, 2000), et de nouvelles éditées par La Cerisaie. Ingrid et Eva est son second roman.

Librement inspiré de la merveilleuse et pourtant terrible histoire d’Aimée et de Jaguar, dont Max Farberbock a fait un film superbe et émouvant en 1999, Ingrid et Eva nous fait découvrir un amour improbable au cœur de la terreur nazie dans le Berlin des années noires. Néanmoins ce roman se démarque de la vision cinématographique par la manière dont l’auteure aborde la relation entre ces deux femmes que tout oppose. Cette histoire est en effet le récit d’un amour épistolaire et clandestin consigné dans un journal intime, celui d’Eva, jeune fille juive, résistante et lesbienne, qui tente de survivre aux rafles de la gestapo dans le Berlin de 1942, à l’heure où la survie des juifs est de plus en plus menacée.
Alors que sa famille et son meilleur ami gay parviennent à quitter une Allemagne déchirée, dévastée par la fureur nazie et l’antisémitisme, Eva choisit de rester, malgré le danger et la terreur, pour l’amour d’une femme, Ingrid. Et celle-ci n'est pas n'importe qui, elle évolue exactement dans le camp que tout devrait éloigner. En effet, aryenne et marié à un soldat SS, Ingrid est aussi la mère de quatre enfants promis à un avenir au sein des jeunesses hitlériennes. Pourtant, la jeunesse d’Eva et la puissance de son amour parviendront à vaincre les réticences de cette femme conformiste ainsi que les obstacles qui les opposent. Mais à quel prix ! Ignorant l’horreur, faisant fi de tout péril, Ingrid et Eva jouiront toujours intensément de cet amour, conscientes de vivre un instant de grâce volé à l’atrocité de l’Histoire.
À partir de cette étonnante rencontre et de cet impossible amour, Brigitte Ourlin explore la palette de sentiments contradictoires et puissants entre deux femmes qui risquent doublement leurs vies, tant à cause de la judéité d’Eva que de la nature de leur relation, à une époque où les juifs comme les homosexuels étaient exterminés par les nazis.
Brigitte Ourlin nous offre ici un récit poignant qui dépeint admirablement un amour plus fort que la folie de la mort, et qui invite le lecteur à plonger dans l’intimité d’une jeune juive lesbienne prête à se sacrifier pour celle qu’elle aime.

Brigitte Ourlin, Ingrid et Eva, éditions La Cerisaie, Collection Ceriselles, 2006, 91 pages, 10 .



Elula Perrin, une vie en héritage
par Pierre Salducci, d'après Le Monde et Radio-France

Figure mythique du milieu lesbien depuis les années 60 jusqu’à son décès, Elula Perrin est morte à Paris le 22 mai 2003, des suites d'une longue maladie. Elle était âgée de 74 ans. Née à Hanoï en 1929, elle avait émigré en France en 1946. Après des études de droit, elle se tourne vers le théâtre et la chanson. Elle accompagne son mari au Maroc, où elle découvre l'homosexualité dans les bras d'une entraîneuse. Puis, d'Espagne en Italie, elle s'improvise chanteuse afro-cubaine. Elle revient à Marseille, où elle enseigne l'histoire pendant quelques années, avant d'être gérante d'une plage à Saint-Tropez. Elle se fait connaître à Paris, en 1969, en ouvrant, avec Aimée Mori, le Katmandou, rue du Vieux-Colombier, une discothèque destinée essentiellement aux femmes qui deviendra le haut lieu lesbien de Paris.

Bourgeoise assumée, Elula Perrin fut non seulement propriétaire de la boîte lesbienne la plus importante de Paris mais également une femme de tête qui eut l’audace de s’exprimer ouvertement en tant que lesbienne dans un livre confession qui connut un immense succès. Pour la première fois, une lesbienne s'exprimait en toute liberté, racontant sa vie pittoresque, ses amours tumultueuses, et affirmant haut et fort une homosexualité heureuse et triomphante. Paru en avril 1977, alors que l'homosexualité était encore tabou et pénalisée par la loi (elle ne sera décriminalisée qu’en 1981), Les Femmes préfèrent les femmes, publié chez Ramsay, reçut un accueil retentissant et fut traduit dans le monde entier. En ex-URSS, seul pays où le livre n’était pas disponible, un collectif de femmes de Leningrad se l’était procuré pour le traduire et le faire circuler sous le manteau.
Cette nourriture, si fruste et primitive qu'elle puisse sembler aujourd'hui, était donc à ce moment un viatique nécessaire pour beaucoup de lesbiennes. L'une d'elles, enfin, parlait, à coeur et à visage découverts, et livrait aux hétéros comme aux homosexuel(le)s quelques clés de portes que personne encore n’avait osé révéler publiquement. Dans son récit, Elula Perrin raconte sa vie avec beaucoup d’humour, de son enfance au Vietnam à l’ouverture du Katmandou, le 2 décembre 1969. Elula Perrin s’interroge également sur la situation des lesbiennes en France et fait un compte-rendu de la situation : homophobie, difficulté d’intégration, ségrégation.
Pendant plusieurs années, Elula Perrin devint une interlocutrice presque obligée des débats à la télévision ou à la radio. A la fermeture du Katmandou, à la fin des années 1980, elle traverse la Seine pour s'installer au Privilège, une boîte de nuit située sous le Palace. Les garçons fréquentent ce dernier, les filles la première. La nuit continue avec L'Enfer puis le Rive Gauche.
La publication de Les Femmes préfèrent les femmes marqua également pour elle le début d’une véritable carrière littéraire. Elle signa par la suite entre autres les volumes Mousson de femmes (une histoire d'amour entre deux femmes en Indochine pendant la seconde guerre mondiale), Coup de gueule pour l'amour des femmes, Bulles et noctambules, Alice au pays des femmes, l'Eurasienne et Un amour, deux femmes (avec Louna Borca). Elle produit non seulement des romans d'amour et d'émancipation (certains non dénués d'un aspect historique), des nouvelles et des essais mais aussi des romans policiers, comme : Va y avoir mistral, ou L'Habit ne fait pas la nonne, et Ne tirez pas sur la violoniste, ces deux derniers écrits en collaboration avec Hélène de Montferrand. Vingt-cinq ans après son premier titre, Élula Perrin, prenant du recul, revient à son premier succès et ponctue le texte original de nombreux commentaires. En complément, elle nous livre la suite de ses amours. Cette nouvelle version de Les Femmes préfèrent les femmes est réédité en 2002, suite à la demande de jeunes lesbiennes qui désiraient se procurer ce passionnant témoignage.
En 1995, dans un entretien au mensuel Têtu, Elula Perrin s'affirmait très fière de ses années de nuit lesbienne : Je crois que dans l'histoire et la mémoire des lesbiennes je vais durer quelques années, même quand j'aurai disparu du circuit, parce que, outre ces vingt-huit ans sur le terrain, j'ai eu la chance d'être publiée et lue. Je suis donc très heureuse de ma vie et je ne l'échangerais pour rien au monde contre celle d'une autre. Elula Perrin a été enterrée dans la Drôme. Son dernier ouvrage, Révolte des amours mortes (elle préfère toujours les femmes), venait tout juste de paraître. Tous ses livres sont publiés aux éditions de la Cerisaie.

Élula Perrin, Révolte des amours mortes, nouvelles, éditions de la Cerisaie, 112 pages, 2003, 14 €.
Élula Perrin (avec Louna Borca), Un amour, deux femmes, roman, éditions de la Cerisaie, 192 pages, 2004, 14 €.
Élula Perrin, Mousson de femmes, roman, éditions de la Cerisaie, 352 pages, 2003, 16 €.
Élula Perrin, Les Femmes préfèrent les femmes, autobiographie, éditions de la Cerisaie, 256 pages, 2002, 14 €.
Élula Perrin (avec Hélène de Montferrand), L'Habit ne fait pas la nonne, roman, éditions de la Cerisaie, 168 pages, 1998, 12,20 €.
Élula Perrin (avec Hélène de Montferrand), Ne tirez pas sur la violoniste, roman, éditions de la Cerisaie, 192 pages, 1998, 12,20 €.

revenir au sommaire ]



Victor par Robert C. Wirth
par Thierry Zedda

Premier roman largement autobiographique, Victor de Robert C. Wirth, aborde les thèmes de la difficulté de s’accepter et la fuite en avant par l’autodestruction. Sujets souvent traités, certes, mais rarement sur le ton d’une telle lucidité. Saignante mais non exempte d’humour, l'histoire de Victor est un témoignage fantaisiste entre rêve et réalité.

Victor a quarante ans et vit seul prés de Strasbourg. Il passe ses journées à fumer et boire. Beaucoup. Du premier cognac dés le réveil jusqu’à ce qu’il s’écroule, tout bonnement. Tout fiche le camp : compagnon, amis, famille et pour finir plus de travail. Passif, sa seule issue est l’oubli par la fuite. Somnambule. Comme suspendu dans le temps. Presque en hibernation avec son addiction qui semble davantage déranger ceux qui le côtoient ou l’approchent que lui-même. L’alcool est son anxiolytique et c’est comme ça. Enfin du moins jusqu’à l’arrivée dans sa vie d' Alexandre, charmant jeune homme socialement bien installé, attentionné, dévoué et extrêmement compatissant. Coup de foudre. Grand amour. Mais c’est aussi le début des soucis et des vrais.
Interné de force par ses parents dans un hôpital psychiatrique, voilà Victor en bataille contre un médecin qui cache mal son homophobie, ne l’écoute pas et prône la guérison, entre autre, par la peinture sur soie ou le coloriage de Mickey. Finalement, Victor s’échappera pour suivre son amoureux chez lui, à Paris, sans être parvenu pour autant au bout de ses peines et de son cauchemar…
Victor est le récit d’un homme au destin brisé, mais aussi de son retour à la vie, juste avant le verre de trop. Un témoignage sans complaisance, en grande partie celui de Robert C. Wirth lui-même. L'auteur nous livre les faits tels quel, sans jamais chercher à nous rendre son Victor sympathique, ni vouloir nous apitoyer sur son sort. C’est sans doute la force première de ce roman qui parvient à nous plonger dans le mécanisme de l’alcool jusqu’à la nausée. Absorbé par son malaise, Victor nous apparaît souvent comme un être égoïste, acariâtre, qui saccage tout sur son passage comme la plus part des personnes en dépendance. Ce réalisme contraste étrangement avec la relation amoureuse qui lie les deux personnages principaux. En effet, celle-ci en devient presque irréelle. Alexandre reste trop flou pour être vrai. Ou alors trop idéalisé. Et comment comprendre qu’il tombe du jour au lendemain amoureux fou éperdu de cet homme au point de tout lâcher, tout partager, tout pardonner ?
Bien écrit, Victor est un livre qui respire l’honnêteté. Robert C. Wirth en profite pour régler ses comptes avec ceux qui condamnent sans chercher à comprendre ni à percevoir le véritable visage des victimes.  Il n’épargne personne, à commencer par lui-même, mais aussi ses parents qui n’ont jamais tout à fait accepté l’homosexualité de leur fils, participant ainsi involontairement au naufrage. Victor est un appel à l’amour, à la vie, à la tolérance. Ne serait-ce que pour ça, ce livre vaut le coup d'être lu.

Robert C. Wirth, Victor, roman, éditions Amalthée, 2006, 212 pages, 16.50 €.

revenir au sommaire ]



Pour 2 DVD GAY TIGER PROD achetés le troisième est offert.


La Référence, toute l'actualité du livre gay et lesbien

Rédacteur en chef : Pierre Salducci (www.salducci.com) / Collaborateurs / Ligne éditoriale / Logo La Référence : Pablo Cruz, agence Punto Net  (www.puntonet.info) / Pour nous écrire : Contact / Pour vous abonner gratuitement / Visitez notre site à cette adresse : www.la-reference.info / La Référence vous parvient des îles Canaries (Espagne) / © Tous droits réservés - tous pays 2004-2007

          Analyse d'audience