Janvier
2007 - Numéro 48 - 4e année ©
Au sommaire :
Les
dix meilleurs titres gays :
palmarès
de Madame H.
Yves
Navarre et Julien devant la fenêtre
par
Pascal Éloy
Étudiant
en espagnol, en anglais et en lettres modernes à l’université de Lille en
1961, puis à l'École des Hautes Études Commerciales du Nord en 1964, Yves
Navarre s’adonne très jeune à l’écriture et soumet ses manuscrits à la
publication dès 1958. Ce n'est qu'à son dix-septième essai qu'il verra son
premier roman publié. Malgré une carrière qui lui vaudra de nombreux
honneurs, celui que certains ont surnommé plus ou moins méchamment le « Balzac
des pédés » mettra fin à ses jours prématurément à 53 ans, dégoûté par la
vie, les hommes et le milieu littéraire. Il disparaîtra en confessant dans une
dédicace que tout lui était devenu insupportable.
Tout
au long des années soixante dix, Yves Navarre publie une kyrielle de titres
marquants comme Lady Black, Évolène, Les Loukoums, Le Temps
voulu, Kurwenal, Le
Petit galopin de nos corps, qui placent l'homosexualité au coeur du discours et
permettent à l'écrivain de gravir une à une les marches de la reconnaissance
populaire jusqu'à son prix Goncourt en 1980 avec Le Jardin d’acclimatation.
S'ouvre alors pour le romancier une deuxième période moins intéressante et
dont l'homosexualité est quasiment absente qui comprend des textes comme Hôtel
Styx, Louise, Une vie de chat, Biographie… Parallèlement, l'auteur s’essaie
au théâtre et à la poésie, il écrit également des chansons, mais sans
grand succès. Même s'il est choisi comme porte-parole de François
Mitterrand auprès des homosexuels lors des élections présidentielles de 1981
et 1988, Yves Navarre se sent incompris par le milieu littéraire français et
part vivre à Montréal de 1990 à 1993. Il publie Douce France et La Terrasse
des audiences au moment de l'adieu, et écrit son roman Ce sont amis que vent
emporte. Déçu une fois encore par l'accueil qu'il reçoit, il retourne vivre
en France. Embourbé dans une grave dépression depuis des années, il se suicide aux
barbituriques le 24 janvier 1994.
Publié initialement en 1979 et réédité presque trente ans plus tard, Portrait de Julien devant la fenêtre appartient
à la première période de Yves Navarre. L'histoire raconte la rencontre de
Julien Brévaille, dix-huit ans, et de Xavier Kappus, un vieux juge
d'instruction qui finit sa carrière avec un cancer généralisé. Mis en
accusation pour avoir mis le feu par sept fois à des forêts, le jeune Julien
voit son avenir tout tracé alors qu’il estime se réaliser, c’est-à-dire
exister, au travers de « son crime ». Quant au juge, marié, père de
famille, il s’est accompli en suivant toujours ce que d’aucuns estimaient
être le droit chemin. Pourtant, progressivement, à partir de petites touches
très discrètes, chacun va se dévoiler à soi et à l’autre, par des mots,
des gestes, des attentions...
Ce roman d’Yves Navarre se déroule, comme le dit la chanson, « tout doucement », discrètement, presque secrètement,
comme s'il ne serait pas convenable d’oser avouer, dire ou vivre ce
que l’on ressent. Dans le même temps, c'est aussi un ouvrage violent parce que
les personnages se livrent à nu, parfois avec difficulté, comme incapables de réagir autrement.
Au final, on découvre (ou retrouve, selon les cas) un livre marqué par la sensibilité et
la sobriété, un auteur à la sensualité trouble, au charme suranné et
provincial, une écriture fluide et sensible que l'on consomme comme une
douce gourmandise... Une réédition bienvenue si ce n'est qu'on ne peut que
déplorer la laideur de la nouvelle couverture choisie par l'éditeur.
Yves
Navarre, Portrait de Julien devant la fenêtre,
roman, éditions H&O, 192 pages, 6.90 €.
À consulter :
Yves Navarre /
Pierre Salducci, Un
condamné à vivre s'est échappé,
document, Hull, éditions Vents
d'Ouest, 1998, 200 pages.
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Stéphane
Bresler et sa vie pas comme les autres
par
Pierre Salducci
Dans
un récit biographique intitulé L’Histoire d’une vie
pas comme les autres, Stéphane Bresler se
livre sur sa vie privée. Malgré ce que prétend ce titre, l’histoire n’est
pas vraiment celle d’une vie entière mais plutôt l’exposé de deux étapes
déterminantes dans le parcours de l’auteur : d’abord la réaction
homophobe de sa famille au moment de son coming out, puis l’échec d’une
relation amoureuse longue de sept ans.
L’épisode
du coming out est certainement le passage le plus fort du livre. Stéphane
Bresler y expose comment il fut convoqué à une sorte de conseil de famille
pendant lequel ses frères le passèrent copieusement à tabac sous le regard
satisfait de sa mère qui avait fermé la porte à clef pour l’empêcher de se
sauver. La scène est si frappante qu’on ne peut que rester étonné de lire
par la suite que l’auteur n’a même pas porté plainte suite à cette
agression considérant que ces choses-là doivent rester en famille.
Malheureusement, ce n’est certainement pas le genre de comportement qui peut
aider à lutter contre l’homophobie et à faire évoluer les choses.
Dans une seconde partie, Stéphane Bresler raconte son histoire d’amour
avec John, un beau gars qui lui fera vivre un véritable rêve pendant sept ans.
Jusqu’à ce qu’une rencontre malveillante vienne tout bouleverser et que
notre auteur perde un des repères les plus importants de son existence. S’ensuivra
pour lui une perte une longue période de déséquilibre qui se conclut
heureusement par un rétablissement auquel on doit sans doute l’écriture de
ce livre.
Dépourvue de toute prétention littéraire, L’Histoire d’une vie pas
comme les autres se présente comme une suite de chapitres très courts,
environ deux pages chacun, qui forment un tout de 84 pages à peine. Les faits
sont enchaînés les uns à la suite des autres sans autre volonté de mise en
scène. L’auteur ne s’embarrasse pas de détour et va droit au but, si ce n’est
une certaine tendance à se répéter et, un peu agaçant, une manière de jouer
à la victime qui finit par lasser. Au final, et encore une fois malgré ce qu’annonce
le titre, on se rend compte que la vie de Stéphane Bresler n’est
malheureusement pas si originale que ça. En effet la lutte contre l’homophobie
et la quête de l’âme sœur font encore et toujours partie des préoccupations
majeures de bien des gays.
Stéphane
Bresler, histoire d'une vie pas comme les autres, roman,
éditions Bénévent, 2006, 86 pages, 10.80 €.
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Véronique
Bréger en souvenir de demain
par Christel Marque
En
souvenir de demain est le troisième roman de Véronique
Bréger. Si ses deux premiers livres, Champ, contrechamp
et Kilomètre 24
relatent l’histoire d’une rencontre et explorent avec humour et
délicatesse les émotions des personnages, son nouveau titre propose un
savoureux mélange d’aventure et de romance, de mystère et de mythologie...
Originaire
de Limoges, Véronique Bréger baigne depuis l'enfance dans des mondes
merveilleux où elle puise son inspiration. Après un passage obligé par un
institut universitaire en Techniques de commercialisation et huit années d’errance
professionnelle à travers la France, elle atterrit à Paris – presque par
hasard, dit-elle – et se lance le défi de rédiger et d’achever un premier
roman. Depuis, elle n’a cessé d’écrire tout en travaillant pour une grande
entreprise française.
En souvenir de demain se présente comme un double parcours dans lequel
la réalité est étroitement liée à l’imaginaire. L'histoire se passe en
2488. Au cours d’une vente aux enchères, Emma Tsanis, historienne de l’art,
découvre un mystérieux manuscrit illustré de deux sirènes entrelacées qui
ne sont pas s’en lui rappeler quelques souvenirs. Elle décide aussitôt de se
lancer dans une course poursuite à travers le monde, jusqu’en Grèce, afin de
percer les secrets de ce vieux document.
Cette recherche d’un passé auquel elle se sent
mystérieusement liée révélera à Emma un aspect insoupçonné de sa
personnalité et la conduira sur les traces d’une séduisante et ténébreuse
archéologue. Le mythe d’Orphée et d’Eurydice aurait-il traversé les âges
pour revivre au féminin ? Pour le savoir, Emma devra lutter contre son
ancienne amante, la sulfureuse Valentine, directrice du Museum de Nueva York,
qui souhaite la reconquérir tout en cherchant à l’éloigner du précieux
manuscrit. Dès lors, la quête de notre héroïne se fera plus longue et
difficile que prévu. Prise au cœur d’un vaste trafic d’œuvres d’art,
Emma parviendra-t-elle à résoudre les mystères qui l'entourent ?
Saura-t-elle se libérer de l’emprise carnassière de la redoutable Valentine ?
Enfin, réussira-t-elle à ravir le cœur de cette énigmatique archéologue qui
lui rappelle, comme le disait sa mère, que la seule chose qui soit éternelle,
c'est l’amour... ? Un roman qui se dévore littéralement.
Véronique
Bréger,
En souvenir de demain, roman, éditions KTM, Paris, 2006,
198
pages, 15 €.
Autres
titres de Véronique Bréger
: A
titre provisoire, Kilomètre
24.
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Fabienne
Larrivière dessine la carte du septième ciel
par
Laetitia Schuck
Après
des études en lettres et en photographie, Carte
du septième ciel constitue sa première aventure littéraire.
Il s’agit d’un recueil de douze nouvelles érotiques lesbiennes qui adoptent
la forme de l'autofiction.
Dans
cet ouvrage, Fabienne Larrivière
décline son amour pour les femmes de plusieurs façons, entre rêve et
réalité, passé ou présent. Elle nous emmène en voyage au centre de l’amour lesbien,
accompagné d’une carte du tendre qui rejoint le septième ciel suivant divers
itinéraires géographiques et amoureux. Au fil des étapes, on se berce d'illusions… ou
on découvre des vérités. Fabienne Larrivière met en scène l’amour
virtuel par téléphone ou via Internet ; elle évoque une rencontre avec une graphiste
pleine de charme ainsi qu'une autre avec une artiste a priori hétérosexuelle.
Mais cette Carte du septième ciel, c'est aussi une nuit
d’amour en compagnie de deux soeurs jumelles asiatiques et un échange torride
avec la femme de son
meilleur ami le soir de ses noces... Dans son recueil, Fabienne
Larrivière nous raconte des retrouvailles qui déclenchent des
effets boomerang ; sans oublier le plan sexe avec une conductrice
de bus et l'incontournable expérience sado-maso… Grâce à un
langage simple, explicite… voire excitant, le désir et le plaisir traversent
indéniablement ces fantasmes spatio-temporels. Les mots sont à la fois tendres et crus,
directs et choisis, ils provoquent du sens et les sens…
À la lecture de Carte du septième ciel, on a l’impression de vivre
plusieurs aventures par procuration, à travers la mise en scène des
différents personnages. Les je et les jeux sont multiples, la représentation de la sexualité
féminine est riche, sensible, explosive, sensuelle, intime. Fabienne
Larrivière nous offre une vision
kaléidoscopique qui dépasse les clichés et transcendant les tabous ;
elle pose sur son environnement un regard
optimiste : « La vie est folle et moi, je suis folle de la
vie !!! » Les histoires de Carte du septième ciel vous feront
certainement passer un agréable moment.
Fabienne
Larrivière, Carte du septième ciel, nouvelles,
éditions Publibook, 2006, 172 pages, 20 €.
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Réflexions
et confidences de huit homosexuels
par
Paul-François Sylvestre
Relationniste
et agent littéraire dans le milieu de l’édition depuis vingt ans, Mireille
Bertrand a recueilli les
réflexions et les confidences de huit homosexuels, soit cinq qui s’affichent
ouvertement et trois qui demeurent dans le placard. Selon elle, il ressort de
ces entretiens une volonté chez les gais "de vouloir témoigner de ce
besoin légitime d’être aimés et respectés avec leur différence (…), de
pouvoir dire aux jeunes gais qu’il est possible de vivre son homosexualité
dans la joie, le bonheur et la dignité".
Mireille
Bertrand s’est entretenu avec deux journalistes, un designer de mode, un
humoriste, un pompier, un écrivain, un enseignant et un artiste performiste.
Tour à tour, ils ont parlé de leur enfance, adolescence et vie adulte, de l’importance
ou non de faire son coming out, de l’amour et de l’amitié, des défilés de
la Fierté gaie, du sida et de l’homophobie. Les avis sont partagés sur ces
questions. Homo ne veut pas dire homogène.
Selon le journaliste Luc Boulanger, le coming out ou la sortie du placard
s’impose naturellement. "La famille, c’est une maudite grosse partie de
ta vie; ton côté émotif, affectif. Alors, comment peux-tu être dans le
non-dit avec tes parents par rapport à quelque chose d’aussi important?"
Boulanger estime que si un gai n’en fait pas un plat, si le coming out
n’est pas quelque chose de honteux, mais plutôt un geste naturel et beau, les
gens vont plus facilement accepter les gais. Le journaliste sait, par
expérience, que l’insulte suprême dans une polyvalente, "c’est de se
faire traiter de fif ou de tapette. Comment alors un jeune homosexuel, qui
évolue dans cet environnement-là, peut-il s’épanouir? Comment peut-il se
bâtir une bonne estime de soi?" Boulanger croit qu’il y aura
moins d’homophobie le jour où les gens vont se rendre compte que tout le
monde est pareil sur la Terre.
Designer de mode masculine et féminine, Philippe Dubuc a une vision
peu commune de la vie gaie. Selon lui, les homosexuels sont sur la Terre pour
avoir du fun, "c’est pour ça qu’on nous a inventés! On est là aussi
pour être les amis des femmes et les faire danser dans les mariages!
(Rires)" Au dire du designer montréalais, il y a beaucoup de tromperies
chez les gais parce qu’ils sont des chasseurs. Il y a aussi "une
consommation sexuelle qui se fait tellement rapidement chez les gais."
Interrogé sur l’utilité des défilés de la Fierté gaie, Dubuc n’hésite
pas à affirmer que, "d’un point de vue artistique, ces manifestations
doivent être plus extraverties sans vouloir choquer à tout prix. L’envergure
doit être présente, et l’éclatement aussi. Il ne faut pas avoir peur d’oser,
sinon, qui le fera? (…) Si on montre une normalité, ça devient plate!"
Les trois témoignages sous pseudonymes sont très courts et moins percutants.
Le journaliste Marcel note que la télévision a tendance à donner à tout le
monde un air hétérosexuel, "même si nous ne le sommes pas". Le
pompier Marcel avoue qu’il "a moins peur du feu que de l’opinion des
autres". L’enseignant Andy affirme qu’il ne compte pas faire de son
orientation sexuelle une carte professionnelle; il ne voit donc "aucun
intérêt à sortir professionnellement du placard".
Contrairement à ce qu’on peut penser, ce n’est pas nécessairement plus
facile de s’afficher dans le milieu des arts. L’humoriste Alex Perron
connaît "plusieurs artistes qui ne diront jamais qu’ils sont gais sous
prétexte qu’ils ont peur de perdre des contrats, ou leur public…" Perron
estime, pour sa part, que le coming out est un must car si on se cache, on donne
le signal qu’on a honte de soi. Il croit que les gais peuvent "être
super-heureux et exercer n’importe quel métier. Il n’en tient qu’à
nous." Dans un autre ordre d’idées, l’humoriste trouve qu’on est
très sévère avec l’image des gens. "On demande la perfection. (…) le
gars gai au corps bien ferme et musclé a plus de chances que celui qui a un
surplus de poids." Ce constat ne demeure-t-il pas le même du côté
hétérosexuel?
Le statut de minorité a ses inconvénients, mais aussi ses avantages. Parce qu’il
est homosexuel, l’écrivain Pierre
Salducci a été amené à réfléchir sur les rapports
majorité-minorité. "Ça a fait de moi un être plus conscientisé face à
certaines réalités sociales…"Salducci est
convaincu que le fait de ne pas lutter contre l’homophobie constitue déjà
une forme d’homophobie. "Pourtant, ça concerne tout le monde. C’est le
climat social que tu améliores en luttant contre ces attitudes, et non
uniquement la situation des gais." Ardent promoteur corpus gai, Pierre
Salducci ne peut que "conseiller à tout le monde de lire
notre littérature, elle possède un point de vue original et présente vraiment
des destins extraordinaires. Nul mieux qu’elle ne rend aussi exactement compte
de ce que nous sommes et de ce que nous vivons."
Le dernier témoignage est celui de l’artiste-performiste Zilon qui n’a
pas toujours une idée positive des manifestations gaies : "j’ai vu
une panoplie de gais que je trouve artificiels, qui ont besoin de pilules dans
le corps pour fonctionner". Zilon a vécu plusieurs brèves
relations et il semble en être sorti plus assagi. Voici ce qu’il clame haut
et fort: "La première personne que tu dois aimer, c’est toi, et après
ça, peut-être que tu vas attirer quelqu’un d’autre qui s’aime aussi…"
Un autre constat qui s’applique tout aussi bien au milieu hétérosexuel.
Mireille
Bertrand, L'Obstacle d'une différence : Paroles de gais, réflexions et
confidences, entretiens avec
Luc Boulanger, Philippe Dubuc, Alex Perron, Pierre Salducci et Zilon, éditions
Québec Amérique, Montréal, 2006, 208 pages, 19.95 $.
Voir
entrevue avec Mireille
Bertrand.
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Michel
Bellin impotens deus
par Pascal Éloy
Ancien
prêtre et père de quatre enfants, Michel
Bellin accepte son
homosexualité alors qu’il atteint la cinquantaine. Il est l’auteur de
plusieurs romans et nouvelles ainsi que d’une trilogie théâtrale. Devenu un
athée farouche, il vient de publier Impotens
deus, une réaction à
l'instruction vaticane (relue et approuvée par Benoît XVI) qui interdit
désormais aux candidats homosexuels l'accès à la prêtrise. Sous-titré
"De l’angélisme chrétien à l’homophobie vaticane", ce dixième
ouvrage de Michel Bellin
a pu paraître grâce à une souscription.
Selon
l'éditeur de Michel Bellin, il s’agit d’un livre "explosif
puisqu'il constitue une charge à la fois percutante et drôle contre le
christianisme mystificateur et homophobe." Eh bien pour tout avouer, soit
la mèche était trop courte soit le pétard était mouillé, mais l’explosion
n'est guère à la hauteur des attentes. En effet, le sous-titre laissait
espérer une analyse argumentée sur les contradictions de la position de l’Église
par rapport à l’homosexualité ou, du moins, une description étoffée de
cette de cette évolution. Il n’en est rien.
Sous la forme d’un catalogue de lettres, d’articles, d’extraits de son
journal personnel, l’auteur entreprend une attaque en règle de l’église
catholique et de la croyance en Dieu. L’ancien prêtre se rebiffe et l’homosexualité
ne semble, en fait, qu’un prétexte à un règlement de compte personnel. Dès
lors, loin d’être l’analyse attendue, le texte se concentre sur les
"méfaits" de l’église et de la religion, donnant ainsi l’impression
d'une psychothérapie libératrice, tant il est vrai qu’à trop aimer, on
finit parfois par haïr l’objet de son amour.
Sur un plan formel, le livre débute par une contribution grandiloquente dans
laquelle fleurissent des mots ordinairement réservés à certains cénacles, comme :
pécaminieux, superfétatoire, sotériologie, cauteleux, amphigourique...
Malheureusement, la suite du recueil perd en qualité puisque les pages 17 à 22
servent uniquement à présenter trois "histoires drôles" ou
supposées telles, tant elles sont éculées à force d’être répétées
depuis des années. Pamphlet corrosif, catalogue scabreux sans cohérence, ce
livre égocentrique ne tient aucune de ses promesses. Espérons qu’il aura, au
moins, permis à l’auteur de comprendre et d’accepter son cheminement pour
mettre un terme à ses diatribes revanchardes.
Michel
Bellin,
Impotens deus,
de l’angélisme chrétien à l’homophobie vaticane,
éditions Alna Atlantique, 2006, 115 pages, 17.50 €.

Le
premier qui meurt d'Anne Alexandre
par
Christel Marque
Second
opus d’Anne Alexandre après
La
Table du mort, Le
Premier qui meurt entraîne
l’avocate Pauline Vogel dans une enquête des plus surprenantes, de
Clermont-Ferrand à New York. Afin de répondre à l’attente désespérée d’une
veuve éplorée, Pauline Vogel réouvre le dossier de Bruno Randoin, médecin
réputé de Clermont-Ferrand, mort dans d’étranges circonstances.
Opposée
à la vision de la police qui a conclu au suicide, peut-être un peu
hâtivement, Pauline Vogel va relever le défi de cette nouvelle enquête en
fouillant minutieusement le passé du médecin. Pour l’aider dans sa quête de
la vérité, elle s’adjoint les services d’Antoine, un ami ex-policier dont
le charme ne laisse pas insensible la juge d’instruction Laurence Le Vigan,
qui a également proposé son aide. Pauline Vogel devra donc trouver si le docteur Randoin s’est réellement suicidé comme semblent le
démontrer les premières constatations du légiste ou s'il s’agit d’un
meurtre motivé par un mobile crapuleux.
Cette nouvelle affaire fait suite au roman précédent de Anne Alexandre
et réunit encore une fois la fameuse avocate Pauline Vogel et l’énigmatique
juge d’instruction pour une valse séductrice que la présence du bel Antoine
pourrait bien venir ternir. Confrontée en même temps à la mort suspecte du
médecin et à l’attitude des plus ambiguës de la ravissante juge, Pauline
Vogel parviendra-t-elle à résoudre cette affaire tout en gagnant la bataille
de la séduction ?
Anne
Alexandre,
Le Premier qui meurt, roman, Paris, éditions
KTM, 2005, 184 pages, 15 €.
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Monique
Wittig : la pasionaria du monde lesbien
par Shawn Mir
Écrivain
reconnue, dramaturge, poète et penseur, figure très controversée mais
brillante universitaire, diplômée des Hautes Études en Sciences Sociales et
linguiste de renom, Monique
Wittig nous a quittés
brusquement le 3 janvier 2003, à l'âge de 67 ans, laissant derrière elle une
oeuvre parfaite qui s’inscrit dans la seconde vague du mouvement féministe.
Ses écrits ont eu un formidable retentissement sur la théorie féministe mais
aussi sur la communauté gay et lesbienne dans le monde entier.
La
démarche d'une lesbienne dans un monde masculin machiste, son existence même,
sont un combat au quotidien et l’existence de Monique Wittig en est une
preuve supplémentaire. Linguiste renommée, Monique Wittig eut le
courage très tôt d'afficher ouvertement sa différence et d'en faire une
question politique. Elle a mis l'accent sur les problèmes de genre et de
sexualité à une époque où cela provoquait scandale et opprobres. Judith
Butler et de nombreuses chercheuses se sont inspirées de ses travaux.
Monique Wittig inventa le féminisme matérialiste et dénonça le pseudo
mythe de la femme. L’influence de sa pensée reste importante non seulement en
France où elle reste méconnue, mais plus encore à l’étranger. Son parcours
est exemplaire. Dès 1964, elle publie L'Opoponax, qui obtient un grand
succès dès sa parution et reçoit le Prix Médicis. Cinq ans plus tard, en
1969, elle lance Les Guérillères aux éditions de Minuit.
Le 26 août 1970, elle dépose une gerbe de fleurs devant l'Arc de Triomphe à
la mémoire de la femme du soldat inconnu, un geste symbolique considéré comme
un des actes fondateurs du M.L.F. (Mouvement de Libération des Femmes) et qui
marque également le début de la prise de conscience féministe en France. L’année
suivante, on la trouve aux Gouines rouges, le premier groupe lesbien parisien.
Elle fit aussi partie des Féministes Révolutionnaires.
En 1973, elle signe Le Corps Lesbien qui, de par son titre, fait.....
scandale ! Ici, Monique Wittig exalte l'amour physique entre femmes loin
des clichés des écrivains masculins et de leurs fantasmes. Son sens des mots
est la clé de voûte du livre "car, comme la lettre, le sens se perd. Sans
cesse." En 1976, elle fait paraître Brouillon pour un dictionnaire des
amantes, chroniques que l'on déchiffre avec des clés et qu’elle co-signe
avec sa compagne Sande Zeig. La même année, lasse de ne pas être
reconnue comme elle devrait l'être, Monique Wittig part s’installer
aux États-Unis où elle enseigne la littérature française dans de nombreuses
universités. Elle produit des textes qui alimentent la pensée et les
créations lesbiennes. La plupart de ses articles sont publiés en anglais dans Feminist
Issues.
Son
écriture est "lesbianocentrée", tout comme sa réflexion. Elle
réfute la notion de différence sexuelle allant jusqu'à nier le principe de
littérature féminine. Selon elle, l'écrivain doit gommer les sexes et la
marque linguistique du genre. Monique Wittig privilégie le pronom. Dans
ses livres, les lesbiennes sont représentées comme une catégorie d'êtres
humains qui échappent à leur destin de femmes grâce à leur refus des tâches
imposées et codifiées d'avance et à leur rejet du pouvoir économique,
idéologique et politique imposé par l'homme.
De 1990 à 2003, Monique Wittig enseigne à l'Université de l'Arizona à
Tucson. Une bourse d'écriture portant son nom a d’ailleurs été créée afin
d'encourager l'innovation sur le plan des formes littéraires et des rapports
entre langue et politique. En 2001, elle sort un de ses livres les plus
importants, La Pensée straight (comprendre La Pensée hétéro),
une série d'essais qui suscitent réactions et débats politiques, tout en
restructurant les groupes féministes et lesbiens américains. Pour Monique
Wittig, l'hétérosexualité est un régime politique basé sur un contrat
social que les lesbiennes refusent. "Il serait impropre de dire que les
lesbiennes vivent, s'associent, font l'amour avec des femmes car la femme n'a de
sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques
hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes.", écrit-elle.
Dans les années qui ont suivi, de nombreuses conférences, thèses, et études
ont été consacrées à Monique Wittig et à son écriture. Femme de
tête et de talent, Monique Wittig a profondément marqué sa
génération ; et les suivantes lui doivent beaucoup. Elle restera à
jamais la passionnara du monde lesbien. Il faudra pourtant attendre 2001 pour
que Paris lui offre enfin la reconnaissance avec un premier colloque
international.
À consulter :
Catherine
Ecarnot, L'Ecriture de Monique Wittig, essai,
Paris, éditions L'Harmattan, collection
Bibliothèque du féminisme, 2002, 222 pages, 19 €.
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Irrésistible : événementiel et célébration
d'union gay et lesbienne