Bienvenue et merci de votre visite !

Par où commencer  ?

FAQ

Présentation

Nous contacter

S'abonner 
à la lettre d'info :
 

Magazine

Accueil

Sommaire

Éditorial

Agenda

Nos choix

Les  incontournables

Les 10 meilleurs titres gais

Les 10 meilleurs titres lesbiens

Archives

Auteurs cités 
- de A à L

- de M à Z

Numéros parus

Liens

Sites auteurs gays

Sites auteures lesbiennes

Librairies

Maisons d'édition

Nous connaître

Vidéo

Collaborateurs

L'avis des professionnels

Contact

Abonnez-vous gratuitement

Echange de bannières

Conseil québécois des gais et lesbiennes

 

La Référence est une initiative privée et non subventionnée qui ne peut survivre sans votre soutien. Cliquez sur le lien ci-dessous pour nous aider et nous faire parvenir le montant de votre choix grâce au système de paiement facile et sécuritaire de PayPal. D'avance, merci !

 

Numéro 45 - octobre 2006 - 4e année ©

 

Les dix meilleurs titres gays : palmarès de Michel Bellin

 


 


Ma vie avec James Dean selon William Bast
par Paul-François Sylvestre

À 24 ans, James Dean trouve la mort dans un accident de voiture, le 30 septembre 1955. Cet acteur rebelle laisse des millions de jeunes fans orphelins. Peu de gens savent qu’il laisse également un jeune homme seul avec sa douleur. Il s’agit de William Bast avec qui James Dean partageait sa vie depuis cinq ans. Dans Ma Vie avec James Dean, Bast raconte ses souvenirs des plus belles années avec la star américaine.

Jimmy Dean et William Bast se rencontrent à l’Université de Los Angeles, à l’âge de 19 ans. William tombe amoureux de Jimmy et les deux garçons vivent ensemble à une époque où « cela » ne se fait pas. Lorsque James Dean connaît la gloire, William Bast reste dans l’ombre, tout en étant bien présent, suivant chaque tournage de film. Ce sont ces années de relation amicale/amoureuse que Bast retrace dans un témoignage unique qui lève le voile sur la vie privée de James Dean en révélant son homosexualité.
Lorsque William Bast fait la connaissance de Jimmy Dean, il rencontre « un gars réservé, un plouc tout juste arrivé de l’Indiana ». En le fréquentant, il se rend compte que l’étrange petit homme n’est pas si simple que cela. Il découvre que, chez Jimmy, il y a « tant de rôles à jouer. Un rôle différent face à chaque personne. » Bast apprend que Dean mène une vie en compartiments et qu’il y réussit fort bien. Un de ces compartiments est l’homosexualité. Mais admettre une telle chose, en 1950, requiert un courage considérable. « Au lieu de cela, nous persistions dans nos faux-semblants protecteurs, incapables de changer les règles du jeu en révélant nos alter ego. »
Il faut presque un an de fréquentations avant que Jimmy et William ne lâchent le morceau. « On aurait dit un carrousel sans fin dont ni lui ni moi ne pouvions descendre. » William est fortement attiré par Jimmy, mais n’ose pas faire le premier pas par crainte du rejet. Un soir, sans préambule, Jimmy demande à William : « Pourquoi ne me rejoins-tu pas ? » William se glisse alors sous le drap aux côtés de Jimmy, le cœur battant.
Selon le récit très détaillé d’une vie à deux, il est évident que Dean a alternativement courtisé et terrifié Blast, au point où ce dernier s’est toujours demandé avec qui il finirait, « Docteur Jekyll ou Mister Hyde »? Dean est un être tourmenté, perspicace, gentil et enthousiaste; il est aussi un « monstre amer, versatile, autodestructeur, passionné et imprévisible ». Dean fait plusieurs escapades et couche avec des agents qui le feront certainement gravir les échelons du temple hollywoodien. Il ne s’inquiète pas de l’impact que cela peut avoir sur son coloc.
En lisant Ma Vie avec James Dean, on a l’impression que Jimmy partage l’appartement de William, mais non sa vie. Il faut dire que l’acteur soigne son image publique, surtout après le tournage et le succès de À l’est d’Eden. Il ne fait rien qui pourrait nuire à cette image. Rebelle, oui, mais pas pédé. L’élan amoureux semble être à sens unique. C’est Bast qui est follement amoureux de Dean, mais il sait que cela doit demeurer un secret : « Plus on serait proches, plus la situation deviendrait compliquée entre nous (…) on était plus en sécurité chacun sur son propre terrain ».
William Bast écrit que le destin s’est mêlé de sa vie de couple juste au moment où il avait décidé de se mouiller. Le 30 septembre 1955, « quelque part, sur une route de campagne, le corps mutilé de la seule personne au monde que j’étais sûr d’aimer plus que les autres était étendu là, brisé, sans vie. C’était terminé. Comme j’avais tort. » Bast doit, en effet, porter le deuil en solitaire et ne point révéler son secret.
Pas question de sortir un squelette du placard au moment même où toute l’Amérique pleure la mort d’une légende, où les fans clubs se multiplient. William Bast attendra 50 ans avant d’écrire Ma Vie avec James Dean. Il en donne une version très personnelle et très intimiste; il n’hésite pas à hisser l’amitié de Dean sur un piédestal, à la glorifier pour en faire un amour.
Le plus triste dans ce constat autobiographique, c’est la conclusion qu’en tire l’auteur : « Je n’ai jamais eu la possibilité de voir Jimmy vieillir, mûrir, de le regarder devenir un ami et un compagnon de longue date ».

William Bast, Ma Vie avec James Dean, autobiographie traduite de l’anglais par Jérémie Gazeau, Jean-Noël Chatain et Sylvaine Pascual, City Éditions, Paris, 2006, 378 pages, 19.50 €

                        revenir au sommaire ]



Les routiers gris d’Éric Foucault
par Pierre Salducci

Domaine exclusivement masculin, les lieux de drague et d’échange sexuel en plein air ont toujours exercé une grande fascination tant aux yeux de ceux qui les fréquentent que chez ceux qui en entendent parler sans jamais en fouler le sol. Souvent isolés, voire secrets, ces endroits sont généralement disséminés loin des centres urbains ou dans des recoins dissimulés et sont régis par des codes et des usages bien à eux. Éric Foucault a décidé de lever le voile sur le mode de fonctionnement de cette drague masculine qui reproduit sans cesse le même principe quels que soient les lieux et les époques.

Dans son ouvrage intitulé La Nuit, tous les routiers sont gris, Éric Foucault nous livre aujourd’hui les résultats d’une enquête de cinq ans qui lui a permis de dégager les grandes lignes du fonctionnement de la drague masculine en province. Une observation parfaitement menée, avec rigueur et objectivité, qui mène à des conclusions claires et cohérentes. On apprend beaucoup de choses mêmes si certaines révélations ne sont pas forcément des surprises pour tout le monde. Éric Foucault a fait appel à la sociologie au sens où elle n’a pas la prétention de nous révéler les faits, mais plutôt de mettre en ordre ce que l’on sait déjà ou que l’on aurait remarqué inconsciemment, faire le lien et confronter des sujets a priori éloignés.
Un des premiers mérites de cet ouvrage est de faire clairement la distinction entre les différents types d’usagers de ces lieux. En effet, certains se définissent comme clairement gays ou homosexuels, tandis que d’autres échappent totalement à toute classification pour se décrire plus simplement comme des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, certains sont mariés, d’autres se sont découvert sur le tard et ne sont pas intéressés par le fait d’endosser une quelconque étiquette. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les hommes qui parcourent ces endroits n’ont pas tous les mêmes modèles et ne cherchent pas toujours la même chose. Si la quête sexuelle semble demeurer la motivation principale, Éric Foucault montre bien que ces lieux offrent généralement des points de vue esthétiques qui en font aussi des occasions d’évasion, de promenade, de méditation. Pour certains, ils servent aussi tout simplement de prétexte pour se regrouper entre personnes qui se ressemblent et partagent les mêmes besoins.
Dans un second temps, Éric Foucault décrit admirablement le ballet de la drague. Il montre comment celle-ci s’organise en fonction des lieux et de l’environnement, avec ses procédés et ses manœuvres d’approche, qui font parfois penser aux rituels de séduction de certains animaux. Dans la dernière partie, l’auteur s’attarde sur les particularités géographiques et physiques de ces espaces qui répondent tous plus ou moins aux mêmes caractéristiques. Il analyse le rôle de la lumière et de l’éclairage, des contrebas et de la disposition des éléments. Il évoque les déplacements, à pied ou en voiture, les chemins tracés artificiellement pour recréer une carte du désir qui mène à l’alcôve, lieu symbolique de l’échange sexuel. Enfin, une partie est consacrée à la cohabitation et au partage de ces espaces avec d’autres groupes appartenant également à des minorités.
Éric Foucault est né en 1976. Il vit et travaille à Tours où il a fondé le collectif Groupe Laura. Même si son étude présente une véritable sociologie des lieux de drague et adopte la démarche du sociologue, son approche reste celle d’un artiste et d’un observateur qui fait lui-même partie du monde qu’il décrit. Son travail explore les diverses manières d’envisager la construction des territoires et il s’intéresse tout particulièrement aux espaces difficilement cartographiables. La Nuit, tous les routiers sont gris est une étude brève et passionnante qui se lit comme un roman.

Éric Foucault, La Nuit, tous les routiers sont gris, Isthme éditions, Paris, 2006, 64 pages, 9 €.

revenir au sommaire ]


 


Éric Jourdan ou la liberté absolue : Entrevue (1re partie)
par Pierre Salducci

Comme Françoise Sagan ou Raymond Radiguet, Éric Jourdan fit une entrée fracassante en littérature à l’âge de 17 ans à peine. Auteur au destin exceptionnel, il est d’abord censuré par le gouvernement De Gaule, mais fréquente les plus grands et continue d’écrire. Il devient un des auteurs vedette des éditions du Seuil où il publie plusieurs romans sulfureux avant de connaître une traversée du désert. Les années 2000 marquent son grand retour. Il fait paraître trois nouveaux livres presque coup sur coup, ceci sans compter la réédition de deux de ses plus grands romans Les Mauvais Anges et de Pour jamais. Éric Jourdan nous a accordé une entrevue exclusive pendant laquelle il a accepté de revenir sur un parcours hors du commun.

Votre premier roman est paru en 1955 et vous publiez toujours en 2006. D’après vous, qu’est-ce qui a changé le plus pendant cette longue carrière ?
- Est-ce que le roman écrit à 16 ans doit interdire de continuer plus tard ? Je n’ai d’ailleurs pas de manière d’écrire, j’écris. Toujours ou presque la nuit. Toujours à la main et par périodes. Un livre, c’est donc 29 nuits, car 29 est mon chiffre ! Entre minuit et 4h du mat. Les phrases sont corrigées, s’il y a lieu, au fur et à mesure. Après, basta ! Je n’ai pas de carrière. Je ne connais pas le milieu littéraire. J’ai toujours vécu ma vie sans me soucier des lois, des diktats, des modes, gay ou non. Je préfère rester muet sur ma vision du monde. Elle est assez claire dans deux de mes livres, Révolte et Sang.

Vous intervenez sur la scène littéraire depuis plus de 50 ans mais pour certains vous restez encore relativement peu connu, peu médiatisé, est-ce un choix de votre part ?
- Je ne suis jamais intervenu sur la scène littéraire. Je n’en suis pas acteur. Après la fin de ma jeunesse, qui fut heureusement longue, j’ai décidé pour vivre heureux de vivre caché, d’où pas de photo, pas d’obéissance aux éditeurs ou à la presse.

Vous avez publié plusieurs romans chez de grands éditeurs comme Le Seuil et aujourd’hui vos nouveaux livres sont parus dans des maisons plus confidentielles, voire spécialisée, comme H&O ou La Musardine, pouvez-vous nous expliquer cette situation ?
- J’aime mieux les éditeurs que vous citez, car ils sont à la fois plus amicaux, plus directs. Je ne me suis jamais entendu avec ce que vous appelez les grands éditeurs (grands pourquoi, d’ailleurs ? le volume des affaires, leur prétention ?). Je fais exception pour le nouveau PDG de Flammarion, une femme de cœur et de tête.

Vous êtes resté longtemps sans publier mais vous venez de sortir trois livres en bloc, ceci sans compter les rééditions, peut-on dire que 2006 est l’année du grand retour d’Éric Jourdan ?
- Ce n’est pas un retour, comme le retour de Zorro. Ça devrait d’ailleurs se poursuivre. Pourquoi maintenant ces publications ? Eh bien, parce que mes livres paraissent ou reparaissent dans divers pays. Des universitaires anglo-saxons s’y intéressent depuis pas mal de temps, ce que j’ignorais. J’ignorais aussi que Mishima avait aimé mes deux, si ce n’est mes trois premiers livres. Rare est aussi le fait que l’on refait par exemple la traduction des Mauvais anges aux USA.

Vous êtes souvent perçu comme un auteur qui a mis en scène et illustré l’homosexualité masculine, mais en fait, si on regarde bien, vos personnages sont souvent attirés par les deux sexes (Fraîcheur dans Saccage, Alcibiade dans Le Songe, etc.). Êtes-vous plutôt un défenseur de la bisexualité ?
- Je ne fais aucune différence : il y a la sexualité. Point final. Que j’aie été d’abord naturellement bisexuel ne change rien au fait que l’amour le plus total a été pour un garçon. Mais tout n’est pas simple, il n’y a aucune frontière dans nos yeux ni dans nos cœurs. L’important, ce qu’on devrait apprendre dès l’adolescence, au lieu d’un tas de choses ennuyeuses ou ne servant à rien ou presque (Politique, Religion, Histoire, Chimie) sauf pour ceux que ça intéresse, c’est de connaître son corps, savoir comment le soigner, le faire jouir, faire jouir les autres, savoir tout ce qui le magnifie dans la vie courante, en faire en somme l’homme courant, sans jeu de mots.

Lire la suite dans le numéro 46.

revenir au sommaire ]


 


Un garçon à Seattle vu par Olivier Cechman
par Erwan Chuberre

Deuxième roman d’Olivier Cechman, jeune romancier né en 1968 à Paris, Un garçon à Seattle est la suite logique d’Un garçon à la mode paru en 2000 chez le même éditeur. Comme dans son premier opus, le lecteur s’amuse de bon cœur face aux situations cocasses que rencontre notre héros. Un roman au style enlevé et jubilatoire qui ne se prend pas un seul instant au sérieux.

C’est souvent par amour qu’on fait les plus grands sacrifices et ce n’est pas Alexis Thomas, le héros du nouveau roman d’Olivier Cechman, qui pourra nous contredire. En effet, Alexis est un personnage haut en couleur qui a tout pour séduire. Il raffole des crèmes de nuit, il use et abuse des masques de beauté pour éviter le terrible impact des jet-lag, il connaît toutes les marques des meilleurs parfums et porte avec talent les vêtements des plus grands créateurs ! Et pourtant, par amour, Alexis décide d’abandonner son travail de conseiller en mode chez Eclipse et de quitter Paris, la terre promise de l’élégance et ses amis de toujours, Corinne et Fifi, pour rejoindre son amoureux à… Seattle, la ville de la pluie et de l’ennui !
Et comme il fallait s’y attendre, à peine arrivé, les choses se gâtent. Les rencontres se font rock’n’roll et les situations frôlent le western épique pour le plus grand désespoir de notre esthète et pour notre plus grande joie ! Entre une agent immobilière, aussi coquette que nymphomane, une hystérique rencontrée à l’aéroport qui s’est mis en tête de l’épouser pour pouvoir venir travailler dans le sud de la France, une artiste illuminée qui arrive à le convaincre de faire des clichés de son bijou de famille, Alexis se demande : « Pourquoi, tout ça n’arrive qu’à moi ? » Et on ne peut que lui donner raison. Triste sort. Grands éclats de rire. Comme quoi le malheur des uns fait le bonheur des autres… Un garçon à Seattle est à conseiller à tous ceux qui souhaitent s’évader dans la joie et la bonne humeur car ce roman reste le meilleur remède contre la morosité !

Olivier Cechman, Un Garçon à Seattle, H&O éditions, Béziers, 2006, 254 pages, 16 €.

revenir au sommaire ]



Stephen McCauley, sexe et dépendances
par Pascal Éloy

D'origine irlandaise par son père et italienne par sa mère, Stephen McCauley a suivi des études de lettres dans le Vermont et à New York. Ensuite, il a séjourné un an en France à l'université de Nice. Il a aussi fait toutes sortes de métiers dont agent de voyage et professeur de yoga dans un sous-sol d’église... Aujourd’hui, il enseigne les lettres et anime des ateliers d'écriture à l'université Brandeis de Cambridge, dans le Massachusetts.

Stephen McCauley est l'auteur de cinq romans : L'Objet de mon affection (porté à l'écran par Nicolas Hytner en 1998 avec Jennifer Ariston), L'Art de la fugue, Qui va promener le chien ?, La Vérité ou presque (fait actuellement, en France, l'objet d'une adaptation cinématographique avec André Dussollier et Karin Viard, sous la direction d’Agnes Jaoui) et Sexe et dépendances, son nouvel opus.
Dans ce roman, William Collins est un gay célibataire de quarante ans qui mène une double vie. Le jour, il est agent immobilier à Boston et le soir, il surfe sur Internet afin de rencontrer, furtivement, des inconnus qu’il ne reverra pas. Cette vie serait frustrante et monotone si William n’avait pas ses trois précieux amis : son fer à repasser, son aspirateur allemand qu’il utilise chaque fois qu’il se sent stressé ou coupable de ces rencontres nocturnes et Edward, un très bon copain steward qu'il voit entre deux vols. Un jour, un couple au-delà de tous soupçons, Charlotte et Samuel, débarque à l’agence où travaille Williams. Rapidement, la façade de ce couple qui fascine notre héros va se lézarder et le conduire à s’interroger sur le sens de sa vie.
Stephen McCauley signe ici, une fois de plus, un très bon divertissement. La finesse de l'écriture transforme rapidement cette comédie en une véritable étude de mœurs de la société bostonienne - et plus largement américaine – fragilisée suite aux événements du 11 septembre. Mais y a-t-il réellement fragilisation ou simple adaptation à un nouvel art de vivre ? Malgré ses questionnements intrinsèques, Sexe et dépendances est loin d’être une œuvre rébarbative ou complexe et réussit à aborder certains sujets avec beaucoup d’humour et de sensibilité. En effet, la question sous-jacente du dilemme qui existe entre se sentir bien et faire le bien perce tout au long de l’ouvrage mais sans jamais se transformer en considération religieuse ou morale. L’intelligence et la sensibilité de l’auteur l’ont conduit à ne pas trancher le débat afin que chaque lecteur puisse conserver ou développer sa capacité de réflexion et d’interrogation ainsi que sa liberté. De plus, en étudiant les personnages secondaires du roman, l’auteur nous offre une galerie de portraits, tout en lucidité et en délicatesse où chacun pourra, aisément, reconnaître des personnes de son propre entourage... Bref, un roman drôle et caustique qui parvient à créer une atmosphère sensible très agréable, à tel point qu’il est presque impossible de ne pas le lire d’une traite !

Stephen McCauley, Sexe et dépendances, éditions Flammarion, Paris, 2006, 311 pages, 19.90 €.

revenir au sommaire ]



Michael Nava sous une pluie de flammes
Par Jean-Sébastien Vallée

Sixième tome d’une série mettant en vedette l’avocat Henry Rios, Sous une pluie de flammes, écrit par Michael Nava et traduit de l’anglais par Pascal Loubet, est un roman captivant, mêlant intrigue, drame et humour.

À l’image des cinq romans précédents de Michael Nava (L’Enfance du crime, La Mort à Frisco, Un garçon en or, La Loi cachée et Adieu aux amis chers), Sous une pluie de flammes nous entraîne dans un véritable tourbillon d’aventures. Dans son tout dernier polar, Michael Nava s’attarde sur les concepts de justice, de trahison, de corruption et de chantage. L’auteur dénonce, à travers son personnage principal, les préjugés racistes et homophobes.
L’histoire de ce roman débute au moment où Henry Rios, l’avocat gai de Los Angeles qu’on retrouvait dans les autres romans de Nava, accepte de défendre Alex, un jeune homme accusé de meurtre. Alex, jeune éphèbe charismatique, ressemble drôlement à Josh, l’ancien amoureux d’Henry Rios, mort du sida deux ans plus tôt. Bouleversé par la ressemblance qu’il partage avec Josh, l’avocat se laisse séduire par le jeune Alex. Après une nuit torride, Alex – acteur devenu prostitué – quitte la demeure de maître Rios. Quelques heures plus tard, on le retrouve sans vie. L’avocat est naturellement accusé de meurtre.
Dans une ville où la police semble corrompue, raciste et homophobe, Henry Rios se battra pour défendre son honneur. S’ensuivra une série d’événements qui entraînent le protagoniste dans le milieu du cinéma hollywoodien. Procès, entrevues et courses folles dans les rues de Hollywood, ce roman divertit. Lui-même avocat, Michael Nava connaît bien le milieu juridique. Il ressort des livres de cet auteur un réalisme intéressant, coloré d’humour et de charme. Dans un langage simple où les dialogues prennent une grande importance, l’auteur réussit à garder le lecteur attentif du début à la fin. On peut déplorer néanmoins que les actions du personnage principal semblent parfois impulsives, irréfléchies, comme si l’auteur n’offrait pas suffisamment de descriptions, mais on passe d’autant rapidement sur ce point que l’action et les dialogues sont fort bien développés.
Michael Nava a cessé d’écrire depuis la publication de son dernier polar Sous une pluie de flammes. Il se consacre désormais à sa carrière d’avocat en Californie. Espérons que ses nouvelles expériences lui permettront de créer de nouveaux romans et qu’il reviendra bientôt à l’écriture. Les polars gais n’abondent pas sur nos rayons. Réjouissons-nous d’y trouver ce tout dernier livre de Michael Nava déjà disponible en français.

Michael Nava, Sous une pluie de flammes, Paris, Éditions du Masque, 2006, 432 pages, 29,95 $, 18 €.


 


Éric Jourdan et l’amour brut
Par Thierry Zedda

Il y a des succès qui touchent, émeuvent et réjouissent. Parce que mérités. L’enthousiasme que suscite désormais la sortie de tout ouvrage signé Éric Jourdan est de ceux-là. Les éditions La Musardine auront d’ailleurs participé activement à cet élan d’amour du public pour l’écrivain. Après Saccage, voici qu’elles rééditent L’Amour brut, une nouvelle exploration de l’âme masculine signée par ce conteur exceptionnel.

Tom, le personnage central de L’Amour brut est un jeune homme dont on pourrait dire qu‘il a tout pour lui. Riche, beau, il est l’incarnation même du désir. Doté d’un physique sculptural, il sème le trouble tant chez les filles que chez les garçons. Malgré lui. Grain de peau charnel, sourire ravageur, son allure droite et fière fait naître en chacun de ceux qui l’approchent des sentiments fusionnels. Jusqu’à revêtir parfois le masque de la cruauté et de la violence. Ce dont Tom ne se rend pas toujours compte. C’est son autre visage. Enfant délaissé, il vogue de pensionnats en collèges religieux depuis son plus jeune âge et lorsqu‘il devient orphelin, à la cruauté gratuite de religieux haineux, s’ajoute désormais celle d’un frère quasi étranger dont il doit subir les fureurs incestueuses.
Pour survivre à ce chaos, Tom se raccroche à l’amour, qu’il idéalise par dessus tout. May, garce magnifique et flamboyante ne lui accorde pas un seul regard. Il se rapprochera alors sensiblement des garçons qui se consument de désir pour lui depuis toujours. Sera-ce pour autant le chemin de la paix tant espérée, pour ce jeune homme fragile en quête de reconnaissance affective ?
L’idée du rebelle irrésistible, irrévérencieux, à chaque instant à fleur de peau et perpétuellement sur le pied de guerre est un des grands fantasmes de la littérature. Avec Jourdan, il revêt un nouveau visage. Plus pointu. L’icône se fissure sans toutefois perdre de sa splendeur. Au contraire, il réussit l’exploit de le rendre davantage vulnérable. Victime des troubles qu’il génère. Jourdan fait de cet insolent, un être d’une sensibilité nouvelle face à la passion. Un homme qui s’offre à qui le désire, croyant trouver l’amour, avec une densité qui nous plonge dans une compassion désespérante. L’Amour brut est un roman dense et passionnant. Jourdan sait retranscrire mieux que quiconque le prodige des premiers émois. Jusqu’au frisson.

Éric Jourdan, L’Amour brut, roman, La Musardine, Paris, 2006, 320 pages, 17 €.

revenir au sommaire ]



Patrice Corriveau ou la répression des homosexuels
par Pascal Eloy

Professeur au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, Patrice Corriveau détient un doctorat en sociologie de l’Université Picardie Jules Verne (France) et de l’Université Laval (Québec). Il a également occupé le poste d’analyste principal des politiques pénales du ministère de la Justice du Canada et collaboré à la publication de plusieurs livres.

En juin 1997, au cours d’une croisière sur le Saint-Laurent, Patrice Corriveau assiste aux mesquineries agressives « d’une bande de blancs-becs arrogants à la testostérone débordante envers un jeune homme au style vestimentaire un peu trop efféminé ». Pour la première fois, l’homophobie vient le frapper de plein fouet. Il décide alors d’entreprendre une longue étude qu’il consacre aux organes et au discours institutionnel au travers des filtres de l’appareil répressif, de la médecine, de la famille et de la religion, de l’antiquité gréco-romaine jusqu’à nos jours. S’ensuit également une comparaison de la situation entre la France et le Québec, du XVIIe siècle à aujourd’hui.
Issu d’une thèse universitaire et très richement documenté, cet ouvrage suit l’évolution de la répression juridique de l’homosexualité avec un souci évident de la précision. En effet, toutes les affirmations de l’auteur sont expliquées et démontrées avant de passer à l’aune de la contradiction et de déboucher sur une synthèse historiquement et juridiquement acceptable.
Le travail de Patrice Corriveau décortique la peur de l’homosexuel et la haine qu’elle engendre. C’est une véritable somme scientifique. Malgré son caractère ardu et l’apparence de complexité inhérent à ce type d’ouvrage, ce livre se laisse approcher et pénétrer facilement. L’auteur n’hésite pas à aborder toutes les questions y compris les plus gênantes, sans parti pris et avec rigueur. Il cherche à s’interroger de manière exhaustive, avant de se forger une conviction précise et étayée. Bref, une référence pour les chercheurs ou ceux qui veulent parfaitement maîtriser la question, et un excellent livre pour les autres.

Patrice Corriveau, La Répression des homosexuels au Québec et en France - Du bûcher à la mairie, éditions du Septentrion, Québec, 2006, 240 pages, 27.95 $.

revenir au sommaire ]


Irrésistible : événementiel et célébration d'union gay et lesbienne

Pour 2 DVD GAY TIGER PROD achetés le troisième est offert.


La Référence, toute l'actualité du livre gay et lesbien

Rédacteur en chef : Pierre Salducci (www.salducci.com) / Collaborateurs / Ligne éditoriale / Logo La Référence : Pablo Cruz, agence Punto Net  (www.puntonet.info) / Pour nous écrire : Contact / Pour vous abonner gratuitement / Visitez notre site à cette adresse : www.la-reference.info / La Référence vous parvient des îles Canaries (Espagne) / © Tous droits réservés - tous pays 2004-2007

          Analyse d'audience