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Septembre
2006 - Numéro 43 - 4e année ©
Les
dix meilleurs titres gays : palmarès
de Patrick Lowie
Madame
H s’illustre dans un dictionnaire
par Pierre Salducci
On
connaît surtout Madame H comme dramaturge,
interprète délirant(e) de La Saga des transpédégouines
qui tourne dans toutes les salles de France, de Suisse et de Belgique depuis des
années maintenant, arrachant les masses endormies à leur torpeur et remportant
un succès sans équivalent pour une pièce de cette nature. Mais plus que cela,
Madame . est aussi une intervenante assidue des
UEEH (Universités d’été européennes des Homosexualité) où est d’ailleurs
né son personnage de présidente et membre unique de Homosexualité et
bourgeoisie, un mouvement qui tente de réconcilier les gais avec le bon goût
(perdu ?) et les valeurs bourgeoises.
Artiste
engagée, et forte d’une popularité sans cesse croissante, Madame H s’est
également imposée avec le temps comme chroniqueur de l’actualité à la
radio, à la télé et dans la presse. Curieuse et insolente, notre porte
étendard est partout au point que si vous ratez sur billet d’humeur sur
Radionova, vous aurez toutes les chances de vous rattraper en la regardant sur
Pink TV, ou à défaut en lisant es articles dans Illico, Têtu ou ailleurs…
Et comme si ce n’était pas assez, Madame H a sorti son premier film DVD l’année
dernière, Le Sexe de madame H, une comédie signée Rémi Lange. Tout
cela en plus d’un site Internet très bien fait qui se veut à la fois
introduction et résumé d’une carrière marquée par l’audace et l’intelligence,
et qui se distingue par sa capacité à faire feu de tout bois.
Multidisciplinaire, Madade H ? Certes ! Mais avant toute chose,
saluons le talent d’un véritable auteur, car derrière toutes ces activités
se cache un point commun et un seul, un don pour l’écriture, qui permet de
capter l’air du temps et de le retranscrire avec précision, humour et
dérision. D’ailleurs, Madame H a également signé deux
ouvrages : Madame H à l’université, un recueil de ses meilleures
conférences données aux UEEH, et Le Petit Madame H illustré, un
dictionnaire satirique et homo-centré. C’est-à-dire ?
Pour Madame H, de toute évidence, une langue dont une des règles
essentielles est « le masculin l’emporte sur le féminin » est une
langue mal partie, mal préparée à lutter pour l’égalité homme femme, ou
gay hétéro, mal partie aussi pour considérer un homosexuel autrement que
comme une « femmelette ». Les dictionnaires qu’on nous propose
depuis la nuit des temps sont tous hétéro-normés et ne voient la vie que par
le petit bout de la lorgnette hétéro-majoritaire. Ils sont si partiaux, si
subjectifs, que certains définissent encore la femme, par exemple, comme le « compagnon
de l’homme ». Comment s’y retrouver avec de telles aberrations,
trahissant une volonté partiale d’imposer une morale venue d’ailleurs ?
Il fallait donc revoir la définition des mots que nous employons pour leur
donner leur véritable sens, un emploi plus juste, correspondant à l’évolution
sociale actuelle et surtout en tenant compte de notre réalité homosexuelle.
On est surpris par l’étendue des références tant gaies que lesbiennes,
queer, camp ou autres, que l’auteur est allé chercher pour nous…
Définitions délicieuses, signé par une Madame H, toujours raffinée et
drôle, comme le veut son personnage de bourgeoise éduquée. On apprend plein
de choses sur le sens de ces mots particuliers qui désignent notre sexualité
et qu’on utilise si souvent dans la communauté, leur évolution, leur
origine. Saviez-vous par exemple que le mot anglais « cock » qui
désignait le pénis vient du mot français « coq » qui désignait
également le pénis au Moyen Âge, par allusion à la fierté de l’animal
emblématique gaulois, si ce n’est qu’en français le sens a fini par tomber
alors qu’il est resté en anglais où il désigne toujours à la fois le mâle
de la poule et le sexe de l’homme ? Et saviez-vous que le mot esclave,
qui a pour origine le mot latin « slavus », vient tout simplement du
fait que les Germains avaient l’habitude de faire des prisonniers qu’ils
utilisaient comme guerriers, serviteurs et hommes à tout faire, et qu’ils
allaient se fournir en matière première dans les pays « slaves »
qui étaient juste au sud ? Ils avaient donc des petits « slavus »
à leur disposition, mot qui a évolué avec le temps en « esclave ».
Christophe Marcq, alias Madame H, parsème ses définitions d’anecdotes,
d’allusions et de traits d’esprit qui font de son dictionnaire une
succession de petits bonheurs qu’on enchaîne comme on pioche dans un sac de
bonbons, sans pouvoir s’arrêter. Plusieurs de ses définitions sont
irrésistibles, parfois très sérieuses, et parfois du pur délire comique.
Quant aux illustrations satiriques de Cunéo ne font que rajouter au plaisir. Il
faut voir les dessins qu’il a fait de Madame H transformée en lettres
de l’alphabet ! Vraiment très réussi… Enfin un ouvrage de référence
pour les gais et lesbiennes de toute la francophonie.
Christophe
Marc, Le Petit Madame H illustré, dictionnaire satirique gai et lesbien,
illustrations de Cunéo, éditions gaies et lesbiennes, Paris, 2004, 240 pages,
12 €.
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Chica
Toy rit un peu pour voir…
par
Josée
Gabrielle Morisset
Ris
un peu, pour voir... est le premier roman policier de Chica
Toy, un pseudonyme particulièrement approprié, à l’image de l’énergie
« virile » et de la force qu’il faut déployer pour mener une enquête.
Auteure aguerrie, on devine sa véritable passion pour le polar dont elle manie
les rouages avec aisance. Son roman raconte les péripéties de la première
investigation de Léa, qui tient une agence de détective privée.
Léa
incarne un vrai personnage de polar; elle boit sec, fume des blondes, habite
Paris. Son lieu de tergiversation est un canapé en cuir des années 50 où elle
aime discuter avec Moon, sa chatte parlante et pertinente. Léa a hérité d’un
entresol poussiéreux qui lui tient lieu d’appartement et d’agence dans une
rue au voisinage prévisible. Elle y habite avec Manue, son associée dégourdie
et inventive, qui collectionne les amantes quadragénaires. Toutes deux
survivent tant bien que mal jusqu’au jour où surgit Chartier, un homme riche
qui accepte de payer chèrement une filature pour connaître les allées et
venues de sa femme Tsi-Han.
Chaque fois qu’elle suit Tsi-Han, Léa vit un émoi lesbien qui risque de la
compromettre, mais sa filature s’avère bien mince en révélations. Si ce n’est
que peu à peu les histoires familiales de Tsi-Han et de Chartier s’amalgament
à des meurtres perpétrés en parallèle. Pour démêler cet imbroglio, Léa et
Manu poursuivent des enquêtes complémentaires. « Mais faisons gaffe, ça
tue facile dans ce polar ! ». Et elles ont tellement de flair qu’elles
finissent par se retrouver sur les lieux du crime, laissant leurs propres
empreintes partout. Dès lors voici qu’elles deviennent à la fois
investigatrices et suspectes. Tout s’embrouille et se complique, les
rencontres avec les flics, les secrets de Tsi-Han, la société d’import-export,
une robe rouge exubérante. Puis, tout s’explique car tout est en
corrélation ! Déterminée, Léa devra sauver sa peau plus d’une fois.
Heureusement que, comme une chatte, elle a plus d’une vie !
Pour séduire, un polar a besoin de déductions intuitives et logiques, d’humour
et de quiproquos. Ris un peu, pour voir... possède tous ces ingrédients
et présente en plus des héroïnes lesbiennes intelligentes et téméraires. L’écriture
est belle et vive, le rythme est enlevant. Pris au piège, on escamote les mots
pour accélérer la lecture, on veut sortir de l’impasse à tout prix !
Riche en dénouements inattendus, l’intrigue est ficelée finement, les
mobiles ne se devinent pas facilement, les indices sont ténus, et le mystère
persiste jusqu’aux dernières pages du livre. même pour les adeptes de ce
genre littéraire. À lire par une belle journée de farniente.
Chica
Toy, Ris un peu, pour voir..., roman, éditions La Cerisaie,
collection Polardises, Paris, 144 pages, 12,50 €.
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Jean-Paul
Tapie - Zaïn Gadol : Entrevue érotique (1ère partie)
par Pierre Salducci
Ce
n’est pas forcément connu de tout le monde, mais il arrive parfois que des
auteurs fassent une double carrière sous un pseudonyme qui leur permet de
signer des œuvres plus légères, plus osées – voire érotiques – ou tout
simplement en rupture avec leur image officielle. Le milieu gay n’échappe pas
à cette tendance et plusieurs de nos romanciers les plus établis s’adonnent
également en parallèle à un genre beaucoup plus grivois. Aux États-Unis, Felice
Picano est autant reconnu pour ses romans érotiques que pour ses
fresques historiques et ses histoires d’amour. Dans la francophonie, il faut
se cacher sous un autre nom pour oser pareille liberté. Ainsi, derrière l’auteur
Patrick Denfer, qui publié plusieurs romans
sulfureux chez H&O, se cache un de nos romanciers gais les plus en vogue et
les plus reconnus du moment, mais le secret de son vrai nom reste bien gardé.
Pour
les besoins de cette entrevue, nous avons donc demandé à un autre écrivain
célèbre de faire son coming out en tant qu’auteur à deux visages. Et c’est
Jean-Paul Tapie, publié chez Robert Laffont,
Grasset et Gallimard, qui a accepté de révéler pour nous qu’il assumait
également la paternité d’une série de romans porn’érotiques qui ont
connu un succès remarqué chez H&O sous le nom de Zaïn
Gadol. Comment assumer ce double statut ? Pourquoi ce choix ?
Autopsie d’une identité à facette et d’une écriture à double vocation.
Jean-Paul
Tapie : J’aimerais introduire d’entrée
de jeu une nuance entre littérature érotique et littérature pornographique.
Je m’inscris exactement à la charnière de l’une et de l’autre. Je refuse
la pornographie à l’état brut, où seule la violence des mots et des
situations importe ; j’aime introduire (le mot s’impose !) un peu
d’humour et de fantaisie dans mes récits, dans mes situations, dans mes
dialogues. Je fais alterner humour et violence, je ne les superpose jamais.
Certaines scènes doivent être brutes de décoffrage, d’autres nécessitent l’intervention
d’un certain décalage. Suggestion et précision alternent régulièrement. C’est
pourquoi je baptise les livres que j’écris sous le pseudonyme de Zaïn
Gadol de romans porn’érotiques.
Sous quel nom choisissez-vous de répondre à cette entrevue : l’auteur
de littérature érotique ou l’autre auteur de roman, et pourquoi ?
- Je réponds à cette interview sous mon
propre nom qui est celui dont je signe mes romans. Lorsque j’ai écrit pour
premier ouvrage érotique, mon éditeur m’a déconseillé de le signer de mon
nom pour éviter toute confusion. Personnellement, je ne voyais aucun
inconvénient à le signer de mon nom, car je n’éprouve aucun embarras à
écrire de tels textes. Il faut dire que ce premier ouvrage, Juste pour une
nuit, n’était pas un ouvrage pornographique, ni même porn’érotique. En
tout cas, toutes les nouvelles qui le composent ne le sont pas au même degré.
J’ai donc choisi de le publier sous le pseudonyme de Zaïn Gadol,
prétendant dans un premier temps qu’il s’agissait de l’anagramme d’une
de mes grands-mères, Zaïna Gold. En fait, en hébreu, Zaïn Gadol signifie
Grosse Queue. La supercherie a été éventée plus tard par un ami de l’éditeur
qui parle hébreu. J’ai alors proposé de le changer, l’éditeur a décidé
que non.
Au niveau de l’écriture quelle différence voyez-vous entre produire un
texte érotique ou un texte général ?
- La principale différence, à mon sens,
entre l’écriture classique et l’écriture porn’érotique, c’est que la
première insiste davantage sur le style et la seconde sur le vocabulaire. Ce
qui compte, dans un roman porn’érotique, c’est la violence du vocabulaire.
Pas de périphrases, pas de litote. On ne parle plus de sexe, de pénis, de
membre viril, mais de queue, de bite, de chibre, de braquemart ; on ne pénètre
pas, mais on encule, on défonce, on bourre, on éclate la rondelle. Etc. Peu
importe le style, en fait ; sa brutalité participe de sa qualité. La
violence du vocabulaire, elle, agit sur l’imaginaire et la libido du lecteur.
« Il lui défonçait le cul avec sa grosse bite » est beaucoup plus
efficace que « Son sexe, d’une taille très supérieure à la moyenne,
le pénétrait profondément et
sans douceur excessive ». Toute sexualité est violente, quasi
meurtrière, et cette tendance doit se retrouver dans l’écriture du roman
porn’érotique. Nous sommes tous, en tant que lecteurs homosexuels,
particulièrement sensibles à certaines expressions, certaines images. Par
exemple, pour ce qui me concerne, cette phrase (découverte un jour dans un
texte porno et que j’ai volontiers reprise depuis) : « Il le mit au
travail sur sa bite » m’excite terriblement, car depuis toujours j’envisage
les rapports sexuels comme une forme de lutte, avec un vainqueur qui impose et
un vaincu qui subit. J’imagine que cette même phrase peut laisser d’autres
homosexuels indifférents.
En bref, je pense que l’écriture dans un roman classique vise à faire
comprendre ou ressentir par la clarté ou la subtilité ; dans un livre
porn’érotique, elle vise à exciter par la violence.
On dit souvent que la littérature érotique se vend mieux que la
littérature ordinaire, est-ce que vous confirmez cette affirmation ? Si
oui, qu’est-ce qui explique d’après vous cette différence de réception
entre les deux genres et qu’en pensez-vous ?
- Si j’en crois les relevés de mon éditeur, les livres de Zaïn Gadol
se vendent un peu mieux que ceux de Jean-Paul Tapie. C’est d’autant
plus déprimant pour le second que les tirages du premier ne sont quand même
pas suffisants pour le faire vivre sans avoir à travailler. Bien entendu, si je
me limitais à être seulement Zaïn Gadol, je n’y verrais pas d’inconvénient.
Un tirage supérieur à celui d’un auteur classique peut être vécu comme une
revanche pour un auteur de romans pornos qui n’a jamais réussi à faire
publier un roman classique (et je suis sûr que, quoi qu’ils en disent, ils
ont tous essayé).
Je m’explique la différence par l’indifférence. Je crois que nombre d’homosexuels,
contrairement à tout ce que j’ai longtemps pensé, sont assez indifférents
à leur homosexualité. Tenter de l’analyser, de la cerner, de la comprendre
ne les intéresse pas vraiment. C’est assez clair quand on discute en tête à
tête avec la plupart d’entre eux. Ils sont pédés, ils l’assument et le
vivent plus ou moins bien, mais ce que cela recouvre, révèle ou dissimule ne
les passionne pas. C’est regrettable, à mon avis, mais c’est comme ça.
Ceci nous renvoie d’ailleurs à la puissance surestimée de la communauté
gay. On prétend qu’il y aurait en France plusieurs millions d’homosexuels,
mais ni la littérature, ni la presse homosexuelle ne se portent bien.
Peut-être qu’au fond la seule littérature intéressante pour la majorité
des homos, c’est le porno ; et la seule information nécessaire, les
petites annonces. Après tout, j’ai écrit un jour que la seule association
gay digne d’intérêt, c’est le sauna ou la backroom, et je n’étais sans
doute pas loin de la vérité.
Suite
de l'entrevue dans le numéro
44.
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Valérie
Sigward Immobile
Source :
Lezzone
Deux
femmes qui s'aiment partent en vacances, elles s'arrêtent en chemin,
pique-niquent près d'un lac et décident de s'y baigner, de plonger. Elles
n'ont pas vu le panneau d'interdiction. Anna flotte dans l'eau, mais voici qu’elle
heurte un rocher : elle ne pourra plus marcher, ni bouger ni parler. L’immobilité
la gagne, complète, glacée, paniquante… Anna est hospitalisée. La sœur de
sa compagne raconte l'angoisse, l'attente, la vie qui continue. La voix des
autres protagonistes se joint à la sienne pour former un chœur à trois, dans
lequel chacune s’exprime tour à tour, comme on livre une confidence, en
donnant la priorité au cœur et aux sentiments.
Immobile
est un très, très court roman mais il est fatal, poignant, percutant.
Parallèlement au discours de la narratrice, la jeune accidentée livre ses
pensées. Comme parvenues d'outre-tombe, déjà. Ce qu'elle ressent, là, figée
sur son lit d'hôpital, comme des pics de fer qui la transpercent de partout.
C'est terrible. Une lecture implacable qui assomme. Une écriture qui nous happe
dès la première page. Un roman à la fois poignant et cocasse.
Valérie Sigward met en scène le drame et son ressassement, les gestes,
l'attente, l'angoisse. Et bientôt le gouffre des jours futurs. L'avenir bloqué
comme un bateau pris par les glaces. Avec pour seul outil une langue à cru et
à diable, d'une redoutable énergie. Une vision réaliste du monde des
paraplégiques et des tétraplégiques, et de leur ressenti. Grâce à des mots
poignants, vrais et justes, Valérie Sigward nous fait partager tout
cela. Bien écrit, on est scotché jusqu’à la fin même si l’on connaît l’issue
inéluctable de la situation. C’est un roman coup de poing, condensé, où
seul le principal est dit, et qui nous fait prendre conscience combien nous
avons de chance de pouvoir nous tenir debout, sur nos deux jambes, et aussi qui
nous rappelle que derrière un corps immobile, il y a toujours une personne à
part entière qui a un cerveau et qui pense comme nous, les personnes valides.
Valérie Sigward a publié plusieurs romans, dont La Fugue, paru
en 2006 chez Juliard. Elle vit à Paris et travaille comme éclairagiste pour le
théâtre et la danse.
Valérie
Sigward, Immobile, roman, Paris, Éditions Julliard, 2004, 94
pages.
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William
Cliff adolescent
par Benoît Payant
William
Cliff est un poète belge à la carrière impressionnante. Né en 1940,
il est remarqué très tôt par Raymond Queneau, il
publie de suite chez Gallimard chez qui il sera systématiquement édité jusqu’en
1986. L’homme aime parcourir le globe et ses voyages fournissent souvent
matière à ses poèmes. Il mène une vie de marginal, enseignant à l’occasion,
au gré des désignations de l’état. Longtemps attaché exclusivement à la
poésie, il publie depuis peu des romans, notamment La
Sainte Famille (2001), Le Passager (2003) et
La Dodge (2004).
Dans
L’Adolescent, Cliff nous livre le parcours d’un jeune garçon
qui se sait attiré par les hommes mais qui ne parvient pas à passer à l’acte.
S’il lui arrive à l’occasion de s’allonger contre un autre, il ne va
jamais jusqu’à « faire la chose », terrassé par la culpabilité, le
poids de la faute, et tous ces relents religieux qui lui viennent de son
éducation. En attendant, il connaît un quotidien d’errance, passant d’une
ville à l’autre, trouvant asile là où on lui offre une place. Il est en
froid avec sa famille, rejeté par son père qui le laisse souvent sans le sou.
Élève peu talentueux, il n’est pas brillant à l’école. Après bien des
détours et des tourments, tout cela s’achève lorsqu’il découvre un jour
où se rendre pour « aller jusqu’au bout ». Son adolescence est
terminée.
Une écriture travaillée au service de belles descriptions et de l’évocation
d’états d’âme complexes et bien rendus. La sensibilité est partout, un
certain néoréalisme aussi, comme dans le cinéma italien des années 50.
Étrangement la précision et l’abondance de certains détails ne permettent
pas forcément à l’histoire de s’incarner très facilement. Le personnage
reste toujours un peu évanescent, comme abstrait. On ne le voit pas. Le ton est
détaché, l’observation lointaine, et rappelle la vision romantique du jeune
Werther de Goethe.
L’Adolescent n’est pas présenté comme un roman, plutôt comme un
récit autobiographique construit sous la forme d’un journal. Si ce n’est qu’il
n’y a pas de date, pas de lieu, et qu’on ne sait jamais trop où on est,
comme si l’ensemble manquait de repères. Il n’empêche qu’il s’agit
visiblement de l’œuvre d’un véritable écrivain. C’est aussi le
témoignage d’une époque qui n’existe plus, d’une certaine manière de
vivre, au tournant des années 50 et 60, avec ses gens, sa réalité sociale et
économique, tout un univers que William Cliff fait revivre
admirablement.
William
Cliff, L’Adolescent, éditions du Rocher, Collection
Anatolia, Monaco, 2005, 226 pages, 19,90 €.
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Véronique
Breger au Kilomètre 24
Par
Cicilette. Source : Mon
choix
Hiver
2002, entre Paris et Orléans, ce fut l’enfer. Une nuit entière, des
automobilistes sont restés coincés sur l’autoroute et la nationale reliant
ces deux villes. J’étais dans ma petite Fiat Uno, quand s’est posé le
choix ultime : sous une neige abondante et des températures glaciaires,
vaut-il mieux prendre l’autoroute ou la nationale ? C’est la nationale
qui a gagné, et finalement j’ai bien fait... L’autre choix m’eut imposé
une nuit complète sur l’autoroute.
La
suite de l’histoire dira que je suis arrivée à temps pour l’anniversaire
de ma mère... Le dîner a été parfait et je n’ai plus du tout pensé à
ceux qui étaient restés coincés sur l’autoroute… Pourtant, Camille, elle,
n’a pas fait le bon choix. Immobilisée sur la fameuse autoroute, toujours
entre Orléans et Paris, elle voit défiler ce qu’elle considère comme sa
plus belle histoire d’amour. Trois ans que Madeleine est partie, et Camille a
l’impression de ne s’en être toujours pas remise, que sa vie est comme sa
voiture, au point mort. Enfin, c’est son impression, parce que la réalité
peut être légèrement différente. C’est ainsi qu’au kilomètre 24,
Camille vient au secours d’une femme (Louisa) et de trois enfants,
frigorifiés dans leur voiture et sans rien à manger. Camille leur propose
alors de les héberger dans le confort 4 étoiles de sa propre voiture... Puis,
bon, de fil en aiguille...
Au final, c’est peut-être celle qui est restée coincée sur l’autoroute
qui sera la plus chanceuse… Alors que la voiture redémarre, Camille semble
voir l’avenir sous un jour nouveau. Se fait-elle des idées ? Les
apparences pourraient être trompeuses… Complètement prise dans le livre, je
n’ai pas vu le temps passé. Ne vous attendez pas au roman de l’année, on
est d’accord, ce n’est pas un futur best-seller, mais il y a de quoi se
laisser prendre... Et puis c’est frais, c’est mignon, ça fait sourire...
Franchement y’a pas de mal à se faire du bien ! Véronique Breger
est l’auteure de trois romans parus aux éditions KTM, dont Champ,
contrechamp et En souvenir de demain.
Véronique
Breger, Kilomètre 24, roman, éditions KTM, Paris, 2005, 184
pages, 15 €.
Autres
titres de Véronique Bréger
: A
titre provisoire, En
souvenir de demain.

Le
rayon rose d’André Roy
Par Jean-Sébastien
Vallée
Poète
et critique, auteur de plus de vingt livres, André Roy
vient de publier Le Rayon rose, une série de
courts essais sur la littérature gaie. Un livre riche et captivant !
André
Roy a réuni dans ce livre des analyses et critiques qu’il a publiées au
cours des dix dernières années dans divers journaux (dont Le Devoir) et
revues (dont Fugues). Plusieurs ont même été actualisées voire
complétées pour l’occasion. Cinquante textes, cinquante auteurs, cet ouvrage
constitue une petite anthologie de la littérature gaie. Roy ne présente
que des hommes qui ont écrit au sujet de l’expérience homosexuelle. Concis
et descriptifs, ses articles sont à peu près tous construits de la même
manière. Roy introduit les auteurs (origines, parcours littéraire,
anecdotes), puis il résume les principales œuvres de chaque écrivain, tout en
émettant son opinion à leur sujet. Le tout est cohérent, informatif et très
intéressant.
Le Rayon rose constitue une véritable référence pour quiconque s’intéresse
à la littérature gaie. Parmi les auteurs étudiés, on compte notamment Edmund
White, William S. Burroughs, Renaud Camus, Jean Cocteau, Guillaume Dustan, Jean
Genet, André Gide, Hervé Guibert, David Leavitt, Mathieu Lindon, Thomans Mann,
Rachid O, Pier Paolo Pasolini, Marcel Proust et John Rechy. Roy n’a inclus que
quelques Québécois, dont, entre autres Pierre Samson, Paul Chanel Malenfant,
Alain Bernard Marchand et André Martin.
André Roy n’a pas la prétention d’offrir un répertoire exhaustif.
Dans son avant-propos, il mentionne clairement que les écrivains dont il parle
sont ceux qui l’ont accompagné et qui l’accompagnent toujours dans son
travail de création. Des auteurs dont la vie a été marquée par l’ostracisme,
la colère et la passion. Des créateurs qui touchent et influencent notre
quotidien de plusieurs façons. Roy s’intéresse à une littérature de la
marge et de la différence.
Le Rayon rose est le troisième titre d’une série de six qu’a
entrepris André Roy et qui compte déjà La Vie parallèle (1994)
et Voyage au pays du cinéma (1999). Les essais sur la littérature gaie
n’abondent pas dans la francophonie, les rayons gais eux-mêmes se font plus
rares dans les librairies, il faut donc se réjouir de la parution de ce recueil
de textes qui réaffirme l’importance de la littérature gaie.
André
Roy, Le Rayon rose, Montréal, Éditions Les Herbes rouges,
2006, 256 pages, 24,95$.
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Fantomette
se pacse avec Cécile Vargaftig
Par
Faustine Amoré
Diplômée
de la FEMIS, la prestigieuse école de cinéma française, Cécile
Vargaftig écrit des scenarii pour le septième art (Le Ciel de Paris ;
Le Lait de la tendresse humaine ; Stormyweather ; Oublier
Cheyenne). Par ailleurs, elle est l'auteure de deux romans, Frédérique
(1994) et Laisser frémir (1999). En 2006, elle
sort un troisième livre, Fantomette se pacse,
dont la narration oscille entre fiction, autobiographie et roman. Une histoire
atypique, écrite à la première personne, en permanence aux frontières du
réel et de l'imaginaire. L'écriture est complètement déjantée, mais
brillante.
En
récupérant la jeune détective masquée de la Bibliothèque Rose, Cécile
Vargaftig a réussi une jolie pirouette : elle est parvenue à
mélanger humour, polar et poésie dans une tambouille aux parfums
réjouissants. Mais c’est avant tout un thriller moderne avec des personnages
actuels et inquiétants, un meurtre sans cadavre, un scénario sans film, une
femme au passé tourmenté. La construction alterne entre digressions de l’auteure,
une intrigue racontée comme après coup et des scènes écrites pour le
cinéma. Assurément, un des titres lesbiens les plus impressionnants du paysage
littéraire français.
On ouvre ce livre en ne sachant pas trop à quoi s'attendre car la quatrième de
couverture n'est pas très informative. Puis, très vite, après avoir parcouru
les premières lignes, on sait déjà qu'on n'est pas prêt de le refermer. Cécile
Vargaftig est exceptionnelle. Sa plume court comme une évidence, elle
analyse les métiers de l'écriture avec un réalisme ahurissant, loin de la
prétention de certains auteurs qui peinent à lui arriver à la cheville. Pas
un temps mort dans cet ouvrage inqualifiable : le lecteur sourit en long,
en large et en travers, et se prend à rêver d'avoir pu être l'auteur de ces
lignes, tant tout paraît limpide. Fine philosophe, celle qui ne croit qu'aux
histoires nous en livre une qui pourrait paraître bien fade si elle n'en était
pas l'auteure. Elle rencontre en effet Fantômette au détour d'une étrange
mission confiée par une certaine Frédérique Weiss. Cécile et son lecteur
vont de surprises en surprises, dans un monde loin du fantastique que l'on peut
s'imaginer. Le passage du scénario à la littérature était pour elle
l'occasion d'aller voir ailleurs si elle y était... Et nous le
confirmons : Cécile, son style inimitable, son humour, son intelligence du
monde et de la réalité, tout était au rendez-vous. Une lecture tout bonnement
génialissime, qu'on garde bien au chaud pour de nombreuses relectures.
Cécile
Vargaftig, Fantômette se pacse, roman, éditions au Diable
Vauvert, Vauvert, 2006, 252 pages, 17,50 €.
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Irrésistible : événementiel et célébration
d'union gay et lesbienne
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