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Mai
2006 - Numéro 38 - 4e année
©
Au
sommaire de ce numéro :
Les
dix meilleurs titres gays : palmarès
de Philippe Cassand
Les
mauvaises pensées de Nina Bouraoui
par
Josée-Gabrielle Morisset
Gagnant
du Prix Renaudot 2005, le roman Mes mauvaises pensées
est la confession condensée d’une écrivaine lesbienne en séances de
psychanalyse. Sans contrition, celle-ci révèle ses « mauvaises pensées »
engendrées par la peur qui créent une scission entre le corps et le cerveau,
entre la perception et la conscience.
Écrites
au
« je », Mes mauvaises pensées sont des paroles qui s’alimentent
du souffle vital et des mouvements de l’âme. Le rythme engendré par l’écho
des mots s’apparente à la transe des percussions, à un rituel de
purification. Nina Bouraoui transcende le sens de mots sans pleurs ni
chaos. Elle se dit « sujet buvard », tout lui entre dans la peau :
le déracinement de sa terre natale, la mort, la colère. Son corps est habité
par la mère, le père, les amantes, par Alger, Paris et Provincetown. Tout pour
confondre le dedans
avec le dehors. Cette polarité fait naître l’évocation des souvenirs, l’éveil
des mémoires sensorielles et la quête d’être chez soi en soi. L’amour qu’elle
partage avec l’Amie est le lieu d’un chez soi, d’une complicité sans
fragmentation.
Le roman possède une structure d’évocation et de tourbillons similaire à Soifs
de Marie-Claire Blais. Seuls le point et la virgule marquent le temps
sans linéarité. Une écriture de l’inconscient, en spirales, où le « je »
interroge
parfois sa psy mais nous interpelle à la fois. Ce vouvoiement nous fait entrer
en nous, hors de la page. Puis on revient à la surface, on s’accroche aux
mots qui deviennent de nouveaux repères évocateurs. Si le roman vous entre
dans la peau, la lecture est lente, la lecture devient un pur délice
métaphysique. Une véritable nourriture spirituelle. « Lire, c’est se
lire. »
Nina
Bouraoui, Mes Mauvaises pensées, roman,
Éditions Stock, Paris, 2005, 286 pages, 18 €.
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Alexandre
Delmar et la vie heureuse
par Pierre
Salducci
Depuis
qu’il a découvert et assumé son homosexualité, Alexandre
Delmar a enfin pu régler ses comptes avec un passé suicidaire et
accéder au bonheur. Marqué par son expérience, le jeune homme a révélé son
itinéraire tourmenté en racontant son histoire dans Prélude
à une vie heureuse, qui aborde cette période de souffrance de façon
positive en la réduisant à une sorte de préambule qu’il lui a fallu
traverser avant d’accéder à un quotidien épanoui. Alexandre
Delmar est né à Nîmes en 1975 où il a vécu jusqu'à l'âge de 18
ans. Ses goûts littéraires se portent vers des auteurs comme Amélie Nothomb,
Philippe Besson ou encore Edmund White. Il travaille actuellement comme jeune
cadre promis à un bel avenir au siège d’un grand groupe bancaire.
Du
propre aveu d’Alexandre Delmar, son récit s’est littéralement
imposé à lui. « J’avais un besoin viscéral de tourner définitivement
la page sur mon passé, explique-t-il. Certains seraient allés chez un psy…
Je me suis mis derrière l’écran de mon ordinateur et l’aventure a
commencé. » Et quelle aventure ! En quatre mois, son manuscrit est déjà
terminé. « C’est un texte très spontané. À ce moment de ma vie, je
prenais conscience que je ne pourrais pas rattraper le temps que j’avais perdu
avant d’assumer mon homosexualité. L’acte d’écriture a été facile en
tant que tel. Le plus difficile a été de faire remonter à la surface des
moments délicats de ma vie, que j’avais d’ailleurs parfois oubliés. Cela a
été assez douloureux sur le moment, mais c’était indispensable. »
Bien qu’un avertissement à la fin du livre prétende que « les
personnages et les événements relatés dans le roman sont fictifs », Alexandre
Delmar tient à préciser clairement que Prélude à une vie heureuse
correspond bel et bien à son vécu à quelques détails près. « Lorsqu’on
écrit un roman d’inspiration autobiographique, il y a des moments qui sont
inévitablement moins prenants que d’autres. Et si on relate ces moments tels
quels, on prend le risque de lasser le lecteur. J’ai donc pris la liberté d’adapter
certains passages en restant fidèle à la réalité. »
Petite école, collège, lycée… Rencontre d’un jour, d’un an ou de
toujours… Alexandre Delmar se souvient de tout et nous livre ici une
chronologie détaillée de ses années d’enfance jusqu’à ses 24 ans, un
exercice de reconstitution assez complexe mais fort bien maîtrisé. On le suit
ainsi dans sa lente, très lente, prise de conscience vers l’homosexualité.
Sa perception très lucide de son propre parcours surprend chez une personne qui
n’a découvert son orientation sexuelle qu’assez tardivement. « Je n’ai
commencé à lire qu’en prépa. Et pas forcément des lectures qui auraient pu
m’éclairer. De plus j’avais d’autres choses en tête à ce moment-là. L’acceptation
de l’homosexualité ne se fait pas à travers des lectures (même si ça peut
aider), ou en suivant les conseils d’une personne plus éclairée. C’est un
processus qui se fait avant tout par rapport à soi, et tant que le cheminement
n’est pas complet il ne peut y avoir d’acceptation définitive. »
Alexandre Delmar a le don de saisir parfaitement une scène, une
ambiance, en quelques traits seulement. Il nous décrit ses coups de coeur - qu’il
ne parvient pas à décoder pendant des années -, ses succès, ses déprimes
aussi, car un tel itinéraire se paie d’une manière ou d’une autre, même
si l’auteur s’en sort finalement avec panache puisque Prélude a une vie
heureuse s’achève sur la révélation d’un jeune épanoui qui retrouve
le goût de vivre en même temps qu’il découvre l’amour. Mais avant d’en
arriver là notre personnage devra traverser une mer de douleur, longue épreuve
qu’il nous
relate avec minutie au cours de son récit sublimement titré. Son roman nous
vaut notamment une scène de coming out particulièrement réussie et de
brillantes analyses tout au long de la narration.
Toujours intelligent et souvent bien vu, soutenu par un style alerte et
maîtrisé, Prélude à une vie heureuse pique la curiosité dès les
premières pages et emporte le lecteur d’une traite jusqu’à la fin du livre
pour le ramener d’un coup à la réalité, séduit et essoufflé. Dans ces
conditions, on ne s’étonnera pas que la manuscrit d’Alexandre Delmar
ait trouvé preneur très rapidement. « Je ne m’attendais pas à être
publié aussi vite, confie en effet le jeune auteur. Le deal a été conclu en
moins de trois jours, ça a été beaucoup plus facile que je ne le pensais. Le
courant est tout de suite passé avec mon éditeur et même si je lui ai tenu
tête pour la couverture et le titre du roman, nous sommes facilement tombés d’accord
sur ce que devait être Prélude à une vie heureuse une fois finalisé. »
Commence alors pour Alexandre Delmar une véritable succes story.
« Je n’étais pas vraiment préparé à la suite, reconnaît-il. Les
ventes ont été prometteuses dès le départ, j’ai accordé quelques
interviews dans la presse gay et puis PinkTV a demandé à me recevoir sur le Set.
J’avais toujours dit que je refuserais de passer à la télé… et j’ai
accepté en moins de trente secondes. J’étais dans le train, mon éditeur m’a
appelé et m’a dit : Pink t’invite dans une émission, alors j’ai pas
réfléchi et j’ai dit : Ok, je la fais. J’étais terrorisé mais tout
s’est très bien passé. J’ai par la suite fait une autre émission (Courts
chez Pink), et j’ai également été abordé par des sociétés de production
qui se sont manifestées pour une adaptation
à l’écran. Mais rien n’a été conclu pour l’instant. Je ne désespère
pas. »
Aujourd’hui, Alexandre Delmar parle de « pur bonheur » au
sujet de l'accueil qu'a reçu son roman et se dit très heureux de la tournure
des événements. « C’est certes une satisfaction personnelle, mais ça
va bien au-delà. Ce roman m’a permis d’avoir une fonction sociale. Je me
suis dit que j’avais enfin été utile à quelque chose le jour où un jeune
garçon de seize ans m’a écrit pour me dire que depuis qu’il avait lu mon
histoire, il savait qu’il ne pourrait plus avoir envie de se suicider. Et ça,
c’est le plus beau cadeau qu’on ait pu me faire en tant qu’auteur. »
En ce qui concerne l'avenir, Alexandre Delmar voit loin. Il a décidé de
faire tout son possible pour publier son livre en anglais. Par ailleurs, il
vient tout juste de terminer un deuxième roman. « Il s’agit d’un
triangle amoureux entre une fille et deux garçons. Cette fois il n’y a rien d’autobiographique,
ce n’est pas non plus un livre gay (malgré la présence d’un personnage
ambigu), et le style est plus complexe que dans Prélude. J’y ai
consacré beaucoup de temps. Dans la foulée j’ai commencé un troisième
roman parce que je ne peux pas rester sans écrire, mais ça, c’est une autre
histoire. »
Alexandre
Delmar, Prélude à une vie heureuse,
éditions Textes gais, Paris, 2005, 180 pages, 12 €.
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Jérémie
vu par Dominique Fernandez
par Pascal Éloy
Dominique
Fernandez est né à Paris en 1929. Après des études à
l’École
normale supérieure, une agrégation d'italien et un doctorat ès lettres, il
écrit régulièrement pour le Nouvel Observateur. Dominique
Fernandez est l’auteur du récit mythique L’Étoile
rose qui a été pour de nombreux gays une ouverture et une libération
sur leur monde. En 1974, il obtient le prix Médicis pour Porporino
ou les mystères de Naples et le prix Goncourt en 1982 pour Dans
la main de l'ange. Son précédent roman, La course
à l'abîme, est paru en 2003. Il vient de faire paraître Jérémie
! Jérémie !
Fabrice
Jaloux, étudiant parisien apathique, partage sa vie entre le secret enjolivé
d'un père disparu, une mère austère et cathare dans l’âme, une petite amie
issue d’une riche famille bourgeoise et une thèse sur Alexandre Dumas
qu'aucun professeur ne veut conduire. En voyage à Rome, il rencontre une bande
de jeunes de toutes origines qui préparent un séjour humanitaire en Haïti.
Or, Dumas est haïtien. En effet, son grand-père, petit marquis colonial,
tenait, près de la ville de Jérémie, une plantation sucrière. Ce marquis a
fait plusieurs enfants à Cézette Dumas, une esclave, et de ce cette union est
né Alexandre Dumas père, futur général bonapartiste. C’est ainsi que
Fabrice s’embarque pour Haïti et ses mystères...
En fait, ce livre, nous lance à la poursuite du mulâtre caché chez l'auteur
des Trois Mousquetaires et du rôle des Noirs dans son œuvre - qu'on
découvre très
fugace et très peu revendicateur. En effet, né d'un père blanc et d'une mère
noire, Dumas n'a jamais assumé réellement son origine métissée, contrairement à Pouchkine,
un autre auteur mulâtre qui a célèbré la révolution d’Haïti contre les troupes de
Napoléon et donc la naissance de la première république noire de l'histoire. Ce
prétexte nous conduit, au travers d’un roman politico-policier aux
rebondissements exotiques et mondialistes, à une réflexion sur le sacrifice
expiatoire...
Si Fernandez prend son temps pour camper l’intrigue, avec brio et
culture, comme il sait si bien le faire, on peut néanmoins regretter que toutes
les pistes ne soient pas explorées pleinement, que l’audace qui aurait pu
naître de la description d’une terre de liberté ravagée par le pouvoir et l’ambition
laisse la place à une histoire à la fin bâclée. Quant au côté gay du
livre, ne le cherchez pas... On dirait que Dominique Fernandez, parce qu’il
est depuis des années un des chantres de la littérature gay, s’est cru
obligé de dépeindre, avec mollesse, une histoire platonique entre son héros
et un jeune éphèbe russe. Mais cette prétendue liaison ne va jamais nulle
part et, au final, n’apporte rien à l’œuvre. Peut-être l’auteur s’est-il
fourvoyé dans des méandres tortueux en voulant toucher tous les publics, sans
perdre sa clientèle gay !
Dominique
Fernandez,
Jérémie ! Jérémie !,
éditions Grasset, Paris, 2006, 292 pages, 18,50 €.
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Backstage
pour Bruno Batlo
par
Erwan Chuberre
Après
Des Baffes et du sexe et Phallucination
rustique, Bruno Batlo revient avec un
nouveau roman Backstage. Et comme d'habitude, lire
un Batlo est un plaisir qui nous traverse le corps
et l’esprit !
Dans
Backstage, Bruno Batlo nous plonge dans les humides et
pénétrantes coulisses de la tournée d’une célèbre chanteuse, un subtil
mélange entre Mylène Farmer et Sylvie Vartan. Normal quand on sait qu’avant
de s’essayer avec brio à l’écriture de romans et de scénarii, Bruno
Batlo a été danseur pour la belle rousse et chorégraphe pour la reine des
années yéyé ! Il est donc légitime que ces deux images féminines
reviennent à chaque page de ce roman qui nous étonne autant qu’il nous fait
frissonner.
Nico
est le chef régisseur de la tournée de Daisy. Entouré de collègues hétéros
qui boivent de la bière, qui rotent et qui parlent de gros seins, notre
régisseur a bien du mal à assumer son homosexualité et doit se contenter
d'une sexualité clandestine qui s’épanouit difficilement entre une porte
cochère et un bordel. Même si Nico aime bien cette vie d’errance, il est
pris de bourdon, se sentant soudain seul dans ce milieu macho. S’il rigole un
peu trop fort à toutes les blagues salaces qu'il entend, c’est justement pour
que personne ne puisse se douter qu’il est lui-même homo. Nico, une
honteuse ? Presque… Jusqu’au jour où surgissent quatre danseurs
épanouis et biens dans leurs corps. Aidés par ces jeunes nouveaux venus, Nico
réussit, petit à petit, à aller de l’avant et à démontrer qu'un boss de
technicos peut dire lui aussi haut et fort qu’il est pédé sans pour autant
perdre une once de sa virilité ! Et
des virilités, on en trouve à la pelle dans Backstage, sans doute le
roman le plus chaud de Bruno Batlo !
Bruno
Batlo,
Backstage, Paris, Cylibris,
2005, 208 pages, 17 €.
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La
politique du mâle selon Kate Millett
par
Shawn Mir
Quand
elle décida de publier son doctorat universitaire sous le titre Sexual
Politics (La politique du mâle, en
français), Kate Millett était loin de se douter
que celui-ci deviendrait un best-seller interplanétaire. Cette femme
entreprenante et passionnée a signé de nombreux livres tout en consacrant sa
vie à la libération sexuelle. Elle déclarait non sans malice :
« J'aime
être un trouble-fête. C'est un travail merveilleux. Vous n'avez pas à payer
mais vous avez beaucoup d'aventures. »
La
Politique du mâle est une hypercritique de la société occidentale. Ni
plus ni moins que la dénonciation du pouvoir patriarcal à tous les
niveaux : idéologique, sociologique, anthropologique, politique, ainsi
qu'en littérature. Des grands noms parmi les écrivains anglo-saxons comme Norman
Mailer, D.H. Laurence ou Henry Miller y sont descendus en
flèche et dénoncés pour leur sexisme, l'humiliation et la soumission de leurs
protagonistes féminins. Kate cite des extraits de leurs livres
particulièrement crus, qui surprennent encore aujourd'hui. Elle a aussi
l'audace d'opposer les points de vue phallocrates et androcentristes à ceux
d'un auteur homosexuel : Jean Genêt. Enfin, elle analyse le
problème de classe, l'importance de la différenciation sexe/genre, et met au
jour tout plein de choses qu'il faut savoir en tant que femme, et qu’homme
aussi finalement.
Le volume est divisé en trois parties : la politique sexuelle,
l'arrière-plan historique, le reflet littéraire. Ce n'est pas un livre sur
l'homosexualité mais une étude qui dénonce l'unilatéral sexuel,
l'esclavagisme sexuel (de l'homme vers la femme), la négation du corps féminin
et son nihilisme. Dès sa sortie, La Politique du mâle fit l’effet d’un
pavé dans la marre et favorisa par la suite (entre autres) le développement
des études et recherches féminines au niveau universitaire, ainsi que la
révélation de plein d'injustices qui allaient éclater au grand jour pendant
la deuxième vague du féminisme. Trente-six ans après sa parution, si le livre
de Kate Millett reste d'actualité, certains points paraissent néanmoins
difficile à cautionner comme par exemple quand elle encense la relation
érotico-amoureuse entre un enfant et un adulte ou quand elle banalise l'inceste
et le présente comme une initiation sexuelle rituelle.
Née en 1934 à Saint-Paul (Minnesota), Katherine Murray Millet a vécu
à New-York, au Japon et en Iran. Femme d’acion et de terrain, elle a toujours
cherché activement à améliorer la condition des femmes, partout et sous
toutes les formes. Elle se dira féministe afin de cacher son lesbianisme, mot
tabou à l'époque. Plus tard, elle jettera le masque et se déclarera
ouvertement lesbienne ce qui lui attirera les foudres de ses pairs. Quand la
chose fut révélée au grand jour, après le succès de son œuvre majeure,
certains réagirent comme si cela discréditait sa théorie et ses écrits. Elle
sera exclue de l'université et aura beaucoup de difficultés à retrouver un
travail. Les féministes participeront à l'hallali. Kate Millett
affirmera ensuite sa bisexualité, au grand dam des lesbiennes qui avait pris
fait et cause pour elle.
Kate Millett est une figure majeure du féminisme et fait aussi partie du
monde de l'art. Elle a poursuivi une carrière d'artiste-peintre et de
sculpteur, et a écrit plusieurs livres dont certains à thématique lesbienne.
En 1974, elle publie En vol, un récit autobiographique qui raconte le
processus de son coming-out, suivi d'une analyse politique tranchante. En 1976,
elle devient romancière et décrit dans Sita, un texte quelque peu
autobiographique et érotique, le déclin de sa relation avec une femme plus
âgée, responsable de collège. Enfin, en 1995, dans A.D : Memory,
elle décrit la réaction de sa tante quand elle lui a révélé son orientation
sexuelle, et la brouille qui s’en est suivie.
Aujourd’hui, Kate Millet continue à exposer ses oeuvres d’art. Elle
a fondé une communauté de femmes artistes dans l'état de New York. L'idée
sera reprise en France sous le nom de maison de femmes. En tant qu'activiste,
elle a été membre du comité de NOW (National Organization for Women), s'est
battue pour la libération des femmes en Iran et s'oppose à présent aux
nombreuses maltraitances infligées dans les institutions psychiatriques, abus
qu'elle connaît bien pour avoir été elle-même internée. La révolution
sexuelle de Kate Millett tient en ces phrases :
« Ce
discours est évidement tenu par une femme envers un homme. Voire une autre
femme.
En
lire plus sur La Politique du mâle.
Kate
Millett,
Les papiers de la prostitution,
1973
Kate
Millett,
En vol, Stock, Paris, 1975
Kate
Millett,
Sita, Stock, Paris, 1976,
réédition 2007, éditions des Femmes.
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Cristina
Rodriguez, le prêtre et le putain
par
Alexandra S. Holstein
Née
en 1972, Cristina Rodriguez a passé sa petite
enfance en Espagne. À l'âge de six ans, elle revient à Paris, la ville qui
l'a vue naître, et vit maintenant en France. Elle a reçu son brevet de
technicien supérieur de l'École nationale de Commerce en 1992. Elle a
commencé sa carrière dans le milieu bancaire où elle a travaillé comme
cadre. Ce milieu qu’elle a côtoyé de l’intérieur, lui a fourni la
matière de son premier livre, véritable pamphlet sur les pratiques bancaires :
Mon père, je m'accuse d'être banquière ou Ce que votre
banquier ne vous dira jamais.
La
passion de la littérature, ainsi que le goût pour l'histoire lui sont venus très
tôt. Dès son adolescence, elle a fréquenté archéologues et historiens. Elle
a publié ses premières nouvelles à l'âge de 22 ans. Elle écrit également
des scénarios pour le cinéma et la bande dessinée, dont deux ont été publiées
: L'Elfe blanc et Parodi'z.
Elle est aussi l'auteure de La Renaissance d'Indra
et de Un ange est tombé (sous le pseudonyme de
Claude Neix). Depuis 1996, elle est pigiste et graphiste.
Dans
Moi, Sporus, prêtre et putain, nous sommes à Rome, sous Néron. Le
jeune Sporus est le fils d'un esclave qui tient une taverne dans les quartiers
chauds de Subure. Sa belle-mère n'hésite pas à le prostituer à de riches sénateurs
qui viennent s'encanailler ; un soir, l'un d'eux veut s'en prendre à sa
jeune soeur de huit ans. À la suite d'une algarade, Sporus le tue et aurait été
condamné à mort sans le talent de Proculus, son avocat. Il sera galle –
c’est-à-dire prêtre de Cybèle. On l’amène au temple où il découvre que
tous les « prêtres » sont castrés – et que le même sort l’attend. Il
s’y refuse tout d’abord, puis finit par accepter, à moitié drogué, au
cours d’une nuit de folie et d’orgie... Il doit néanmoins continuer à se
prostituer. Un jour, dans les jardins, il répond avec une vive insolence à un
jeune homme particulièrement laid qui l’a abordé. Il découvre le lendemain
que ce jeune homme le fait chercher partout : c’est Néron, qui s’est entiché
de lui, de sa beauté, de son franc-parler, et qui en fait son favori. Il entre
alors à la cour et participe à toutes les intrigues, tout en conservant sa
gouaille et son insolence.
Ces mémoires apocryphes de Sporus — un personnage qui apparaît fugitivement
dans le Satyricon — sont écrits dans une langue particulièrement
alerte, crue sans jamais être vulgaire, truffée de dialogues comiques ou pathétiques,
pleins d’humour et de tendresse. Le sexe occupe naturellement une place
importante, sans que le texte tombe dans la pornographie ou la vulgarité.
Cristina
Rodriguez,
Moi,
Sporus, prêtre et putain,
Paris,
Éditions Calmann-Lévy, 2001, 300 pages.
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Adventice,
le nouvel éditeur gay et lesbien
Entrevue
: Pierre Salducci
Avec
plus de 22 000 produits référencés sur un seul site, dans des domaines aussi
variés que le livre, les DVD, la déco, la mode, les rayons pour adultes, etc.,
Adventice constitue une des plus importantes
vitrines de la culture gay et lesbienne dans Internet. Au regard de la
diversité et de la taille de l'offre proposée, on peut définir Adventice
comme le plus grand magasin en ligne de la culture gay et lesbienne. Et comme si
ce n'était pas assez, Adventice a décidé de
profiter de cette position de leader pour se lancer dans l'édition. Un pari
audacieux mais aussi « naturel et légitime », sur lequel revient Maxime
Foerster, responsable
du secteur livre.
Comment
et pourquoi s'est imposée l'idée de fonder une maison d'édition chez
Adventice ?
Adventice
s’est lancé dans l’édition en juin 2005 avec la publication du recueil de
nouvelles Immersion Totale, fruit du concours d’écriture Talents
lesbiens lancé début 2005 en partenariat avec le magazine lesbien La
Dixième Muse. L'idée
d'une activité d'édition germait depuis longtemps, nourrie par notre passion
du livre et par notre désir d'ancrer Adventice plus profondément encore dans
la culture gay et lesbienne, de prendre part à son essor. Et
en tant que librairie homosexuelle de référence sur le Net, nous sommes bien
placés pour constater les attentes d’un lectorat gay et lesbien, autant que
pour promouvoir de nouveaux talents.
Vous venez de publier un premier
roman gay, Tofino Beach de Jean-Christophe Dardenne, pourquoi ce choix plutôt
que celui d'un auteur plus connu ?
La notoriété d'un auteur n'est
pas notre critère premier. Nous étions déjà en contact professionnellement
avec Jean-Christophe Dardenne qui tenait à l'époque une librairie à
Toulouse. Nous savions qu'il écrivait, et nous avons demandé à lire son
manuscrit. Nous avons été sensibles à la fraîcheur de sa prose, à ce subtil
mélange d’humour et d’érotisme autour d’une question centrale mais
paradoxale : celle de l’envie et de la peur d’aimer. Nous tenions notre
premier roman gay !
Dans la mesure où Adventice
souhaite continuer ses activités d’éditeur, quelle sera votre ligne
éditoriale ?
Bien sûr que nous allons
développer l'activité d'édition ! Nous avons volontairement commencé
avec un ouvrage lesbien, suivi d'un roman gay, pour marquer notre mixité. Notre
approche éditoriale est la même que pour la boutique : généraliste, nous ne
refusons rien a priori. Qu'il s'agisse de roman, d'essai, ou de BD, qu'il
s'agisse de littérature française ou étrangère, gay ou lesbienne, d'un
auteur débutant ou confirmé, le seul pré requis, outre la nécessaire
qualité de l'écriture, est la capacité de l'œuvre à émouvoir ou
interpeller un public gay et lesbien.
Le fait qu’Adventice joue le rôle d’éditeur a-t-il été bien
accueilli ? Quelles ont été les réactions quand le roman de Jean-Christophe
Dardenne est sorti ?
Tofino Beach est sorti en février 2006 et a fait l’objet d’une
médiatisation inédite pour un roman avec plusieurs pleines pages dans dans la
presse gay. Tofino Beach est actuellement deuxième meilleure vente
derrière Brokeback Mountain dans les librairies gay, tout comme Immersion
totale avait été meilleure vente lesbienne au moment de sa sortie. Les
réactions des lecteurs sont excellentes et donc très encourageantes pour nous.
Le
fait qu'Adventice soit devenu éditeur n'a suscité aucune réaction
négative, ni de la part des libraires, ni de la part des éditeurs. Je crois
que cette évolution est d'ailleurs la norme dans beaucoup d'autres pays, au
Royaume Uni et en Allemagne notamment.
Comment voyez-vous le marché de l’édition gay et lesbienne francophone
aujourd’hui : saturation ou expansion ?
Le marché de l'édition gay et lesbienne est un marché riche et sa
taille est assez constante. Mais le potentiel de développement est réel, le
marché a simplement besoin d'un plus grand professionnalisme, d'une montée en
qualité des textes, d'une plus grande visibilité dans la distribution et dans
la presse gay. Plusieurs éditeurs gay et lesbiens font déjà un excellent
travail en ce sens, et Adventice tentera d'apporter également sa pierre
à l'édifice.
Quels sont vos projets à court terme ?
Nous avons plusieurs titres en vue dont un projet qui présente une
qualité inédite dans un contexte français mais je ne peux pas vous en dire
plus pour l’instant… Bien sûr nous invitons tous les auteurs intéressés
à tenter leur chance et à nous proposer leurs manuscrits.
Adventice.com
: Maxime Foerster
edition@adventice.com
ou 0810 811 480.
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Boyfriend
de Raj Rao
par
Pascal Éloy
Né
à Bombay, Raj Rao a obtenu un doctorat de
littérature avant de poursuivre ses études en Grande-Bretagne. Il a ensuite
été écrivain en résidence dans l'Iowa. Il vit aujourd'hui, en Inde, entre
Bombay et Pune, où il est professeur de littérature à l'université. Il est
aussi l'auteur de poèmes, de nouvelles et d'essais. Lors de sa parution, le
roman Boyfriend, en partie autobiographique, a
connu un grand retentissement en Inde.
Yudi
est un Brahmane, c’est-à-dire un membre de la classe supérieure indienne.
Quadragénaire, il est pigiste pour plusieurs grands journaux de Bombay.
Célibataire et homosexuel, il mène une vie plutôt agréable entre son métier
et ses amours de hasard. Un jour, dans les toilettes d'une gare, il repère
Milind, un jeune Intouchable dont il va, petit à petit, follement s’éprendre.
Toutefois, Milind ne se considère pas comme homosexuel parce qu’il est
sexuellement actif. De plus, il est très intéressé par l’argent qui lui
permettrait d’échapper à sa condition d’extrême pauvreté... À la même
époque, Yudi rencontre Gauri, une héritière riche et obstinée qui tombe
amoureuse de lui au premier regard et n’aura de cesse de l’épouser...
Dans ce premier roman, l’auteur met en scène, de façon parfois crue, les
relations épiques de ce trio. En effet, dans une société où la sexualité
est toujours liée à la procréation et non au plaisir, l'homosexualité reste
un délit malgré l’évolution des mœurs et le Kama soutra. On aurait pu s’attendre
à découvrir la vie des homosexuels indiens à travers cet ouvrage et il aurait
été intéressant de pouvoir la comparer à ce qui se passe dans nos pays, mais
que l’auteur ait planté le décor de son histoire en Inde, plutôt qu’à
Paris ou à New York ne change en fait pas grand-chose car l’homosexualité
citadine que décrit Raj Rao ne diffère pratiquement pas de celle qu’on
connaît dans les pays occidentaux.
Si on peut applaudir à la parution de ce roman homosexuel dans un pays aux
héros traditionnellement macho et hétérosexistes, on regrettera donc que l’auteur
n’ait pas plus insisté sur ce qui fait les caractéristiques de son pays afin
de nous les faire partager et de nous aider à comprendre la difficulté propres
à cette société comme par exemple être homosexuel et aimé quelqu’un d’une
autre caste. De plus, en choisissant de raconter l’histoire d’un homme mûr
qui tombe amoureux d’un jeune homme de la moitié de son âge, Raj Rao
fait preuve d'un certain manque d'originalité car de très grands auteurs, tels
Stefan Zweig ou Thomas Mann, ont déjà placé de telles relations au cœur de
leur roman, et de façon tout à fait brillante.
Raj
Rao, Boyfriend,
traduit
de l'anglais (Inde) par Gilles Morris-Dumoulin, Paris,
éditions du Cherche midi, 2005, 226 pages, 17 €
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