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Février
2006 - Numéro 34 - 3e année
©
Au
sommaire de ce numéro :
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Tatiana
Potard, sex addict ?
par
Erwan Chuberre
Sex
Addict est le premier de roman de Tatiana Potard.
Si vous lisez la presse gay française, vous ne pouvez pas être passé à
côté d’un article de cette figure rédactionnelle de l’univers LGBT !
Et si par malheur, vous n’avez jamais rien lu d'elle, il n’est pas trop tard
pour vous ruer sur son livre, une véritable friandise à déguster sans
modération.
Avec Sex Addict,
on s’amuse, on pleure, on rit.
Au
fil des pages, Tatiana Potard nous promène de fêtes dans le Marais en
nuits torrides entre demoiselles… Alex, son héroïne, est une jeune
lesbienne d’aujourd’hui bien dans ses pompes et dans sa sexualité qui nous
fait partager son blog. On y croise des méchants et des gentils. Hmm… Une sex
addict, la Tatiana ? À voir… où plutôt, à questionner… Justement, ça
tombe bien, elle arrive...
Rédactrice
depuis plusieurs années, pourquoi avoir choisi de sortir votre premier roman
seulement maintenant ?
En effet, cela fait une dizaine d’années que je suis chroniqueuse pour divers
magazines, LGBT ou non, mais j’écris des nouvelles depuis que je suis
adolescente. L’idée d’écrire un roman construit sous la forme d’un
journal intime d’une jeune lesbienne me trotte en tête depuis longtemps. Le
phénomène blog a pris de l’ampleur. Je me suis mise moi-même à bloguer. Et
c’est tout naturellement que Sex Addict est passé du simple journal
intime au blog. Le temps libre que m’a imposé une longue période de chômage
m’a permis de me jeter à corps perdu dans l’écriture… jusqu’à la
naissance de mon bébé rose.
Quand on lit votre roman, on a vraiment l’impression que vous avez
retranscrit votre propre blog. Où est la frontière entre le vécu et la
fiction ?
En fait, ce n’est pas du tout une retranscription fidèle de mon blog. Même
si, je dois bien l’avouer, il y a énormément de mon vécu et de celui de mes
amis dans ce roman. Néamoins, Sex Addict est une fiction et, au risque
de vous décevoir, je ne suis pas tout à fait Alex. Dans le livre, j'ai
également changé le nom des boîtes et des bars parisiens.
Je
trouvais ça ludique. J’aime jouer avec les mots. C’est une sorte de clin d’œil
à tous les accros du milieu gay qui peuvent ainsi s’amuser à reconnaître
les endroits qu’ils fréquentent.
N’avez-vous pas peur de rester cantonnée dans le statut de blogueuse à
défaut d’accéder à celui d’auteure ?
Il est vrai que les critiques de certaines personnes me peinent. Celles qui ne m’ont
jamais lue auparavant n’ont pas compris que, pour Sex Addict, je me
suis pliée à un style d’écriture qui est propre au blog, c'est-à-dire des
phrases courtes et un style léger. Elles n’ont pas su lire entre les lignes
et voir qu’il y avait certaines envolées tatièsques et une trame plus
profonde. Cela demande pourtant beaucoup d’effort d’écrire dans un style « inférieur » à celui que l’on peut avoir d’habitude. Sex
Addict est mon premier bébé. En ce moment, je suis en phase de retour de
couche, mais je compte bien lui donner une longue fratrie.
J'imagine qu'il doit exister pas mal d'autres Alex, semblables à votre
héroïne. Est-ce que vous recevez des témoignages de lectrices qui se sont
identifiées à ce personnage ?
Via
mon site, je reçois énormément de mails de lectrices de France entière et de
Belgique qui disent avoir beaucoup aimé mon livre et qui me félicitent pour
avoir osé parler de sexe sans fioritures. Il est vrai qu’au risque de choquer
les âmes sensibles, les scènes de sexe entre femmes que je décris sont bien
loin du « touche pipi ». Certaines lectrices demandent de
mes nouvelles, des nouvelles de ma Cécile, de mon Marco ou d' autres
protagonistes. C’est très touchant de voir comment elles se sont appropriées
l’histoire de la petite Alex. Cela dit, j’aimerais vraiment que mon livre
soit lu par tous, garçons et filles, car ils ne s’adresse pas qu’aux
lesbiennes. De plus en plus de gays m’écrivent aussi pour me dire qu’ils l’ont
aimé. D'ailleurs, je remercie chaleureusement tous ceux qui ont fait l’effort
de me lire même si, à la base, mon roman narre l’histoire d’une jeune
femme et qu’il a été publié dans une maison d’édition lesbienne. En
fait, Sex Addict est bourré d’humour pédé… (Rires)
Malgré le titre du roman, votre Alex tient plus de Bridget Jones que d’une
veuve noire, non ? Peut-on dire d'elle qu'elle serait une romantic addict ?
Eh oui, c'est tout à fait ça ! Au fond, Alex est plus addict à l’amour
et au romantisme qu’au sexe, et mon livre est bien plus une quête initiatique
de l’amour absolu qu’une gigantesque orgie. Pour moi, Alex est un clown
Auguste (et un auguste clown !) qui dissimule sous des tonnes d’humour
toute sa tristesse, son mal-être et son besoin viscéral d’être aimée. C’est
lorsqu’elle se démaquille que l’on touche à l’essence même de son
personnage. Tous les grands comiques ont ces deux facettes. Et je suis bien
placée pour vous en parler…
Tatiana
Potard,
Sex Addict, roman,
Éditions KTM, 2005, 185 pages, 14,25 euros.
Le
site de Tatiana Potard : http://www.tatianapotard.net/
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Philippe Cassand
a choisi sa compagnie
par Pierre Salducci
La
Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie est le premier roman de Philippe
Cassand. Ce titre fait allusion aux messages qu’on peut entendre à
bord d’un avion au moment de l’atterrissage : « Nous vous
remercions d’avoir choisi notre compagnie », etc… En effet, le
personnage principal de l’histoire fait partie du personnel navigant d’une
compagnie aérienne.
Xavier
est jeune, il a le physique du gay parfait et il en profite. Il mène une vie de
séducteur au palmarès déjà chargé. Pour arrondir ses fins de mois, il joue
aussi à l’apprenti truand et se livre à de petits trafics. Mais voici sa
quiétude bouleversée par une série d’événements macabres qui s’abattent
tout à coup sur son petit cercle d’amis. L’occasion pour Philippe
Cassand d’explorer les aspects les plus sombres du comportement humain, et
notamment des gays.
Au-delà d’une intrigue parfaitement rodée qui se referme impitoyablement sur
les personnages, La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie
témoigne de la parfaite connaissance qu'a Philippe Cassand du
milieu gay, de ses grandeurs comme de ses faiblesses. En observateur attentif et
impassible, il nous livre des portraits saisissants et rend parfaitement compte
des situations. Son regard est redoutable et sa vision du monde n’est pas sans
rappeler celle de son confrère Jean-Paul Tapie, qui tout comme lui n’hésite
pas à utiliser le roman policier pour mieux dépeindre les travers de notre
communauté.
La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie est un récit
efficace et subtile qui se déroule jusqu’à son terme selon une logique aussi
effroyable qu’implacable, une lecture captivante qu’on suit avec passion et
qui offre un véritable moment de bonheur. Également auteur de l’excellent Série
black, qui explore l’univers passionnant des petits blancs installés en
Afrique, et du récent Le Cheval bleu se promène sur l’horizon deux fois,
Philippe Cassand est indéniablement en train de s’imposer parmi les
meilleurs romanciers gays français du moment.
Philippe
Cassand, La Mort vous remercie d'avoir choisi sa compagnie,
éditions Cylibris, 2002, 180 pages, 15 euros.
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Voir également : Le
Cheval bleu se promène sur l'horizon deux fois
] Entrevue
Philippe Cassand ] Série
black ]
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Raphaël
Moréno et le corps d'Alexis
par Pierre Salducci
Raphaël
Moréno a fait une apparition remarquée dans le monde de la littérature
gay française en publiant trois livres coup sur coup en trois ans : Des
nouvelles du ghetto en 2002, Cet hiver-là
en 2003 et Le Corps d’Alexis en 2004. Un parcours
impressionnant pour un jeune auteur qui n’a pas encore trente ans.
Le
Corps d’Alexis met en scène un écrivain parisien à succès de 25 ans,
Constant, qui mène une vie de gay parisien typique. Insouciant, il sort
beaucoup, fait des rencontres, passe de garçon en garçon, entretient plusieurs
relations à la fois mais sans jamais s’attacher à personne. Ce n’est pas
qu’il ne le voudrait pas, mais il « marche
à l’instinct »
et ne sait jamais résister à la tentation du sexe lorsqu’elle se présente,
si ce n’est qu’une fois ses ébats terminés, il se sent envahi par le
vide, utilisé comme un simple « vide
couilles »
et se retrouve seul à la case départ. Ses histoires d’amour ne marchent
jamais. Un jour, il s’éprend d’un garçon qu’on lui présente au cours d’une
soirée chez un ami. Celui-ci mène une vie encore plus dissolue et tue le temps
un verre à la main en discutant sur des forums de rencontre. Pourtant, tous
deux semblent sincères et disposés à tenter l’aventure. Mais il leur faudra
lutter contre un environnement souvent hostile, qui s’avérera plus dangereux
que prévu.
Le Corps d’Alexis suit une structure efficace qui ne laisse pas le
temps de s’ennuyer. Les situations s’enchaînent rapidement et dépeignent
bien certaines réalités gaies, d'autres sont plus ou moins crédibles. Le
roman s’intéresse notamment aux problèmes de l’alcoolisme, de la violence,
du désoeuvrement, de l’errance sentimentale et observe le rapport des gays
avec la drague virtuelle. À partir de courts chapitres, Raphaël Moréno
bâtit habilement une histoire intéressante qui aurait certainement méritée d’être
un peu plus longue et de s’attarder sur certains événements ou sur la
psychologie des personnages. La chute tombe brutalement et interrompt en plein
cours une relation à peine née et en pleine construction. Le narrateur n’hésite
pas à se mettre à nu dans tous les sens du terme ce qui nous vaut plusieurs
passages assez crus. Au final, ce troisième titre de Raphaël Moréno
présente un univers souvent sombre et qui ne brille pas par son optimisme, on
découvre néanmoins un auteur déjà affirmé et qui n'a sûrement pas dit son
dernier mot. À suivre, très certainement.
Raphaël
Moréno, Le
Corps d'Alexis, roman, Paris,
éditions
Textes gais, 2005,
150
pages, 12 euros.
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Gilles
Taurand rêve d'un soldat en gare de Metz
par
Pascal Éloy
Gilles
Taurand a publié deux romans à l’âge de 18 et 20 ans. Après
plusieurs années consacrées à son travail de psychologue clinicien, il
devient scénariste de cinéma. Exécution d'un soldat en
gare de Metz est son troisième roman.
Dans
le premier tiers du livre, Maurice, dessinateur illustrateur, se présente et
nous invite à partager son intimité et son environnement familial...
Mais
voici que, la
nuit de ses soixante ans, il se réveille brusquement, très perturbé. Il a
rêvé qu'il assistait à l'exécution d'un soldat homosexuel en gare de Metz
pendant la guerre de 1870. Obsédé par le souvenir de ces images, il se rend à
Metz afin de découvrir les lieux du drame et de savoir pourquoi il a fait ce
songe. Contre toute attente, ceci le conduira à se pencher sur sa propre
histoire et sur son passé. Pendant
ce temps, son épouse assiste aux mutations qui bouleversent son mari et
décide, à son tour, d'écrire ce qu’elle vit et ressent dans une espèce de
journal au vitriol.
Écrit
dans un style vif et fluide, le roman commencé par Maurice devient ainsi
rapidement un récit à deux voix. Si ce n'est que le texte produit par son
épouse, Hélène, devient mine de rien une manière de réplique très cynique
à celui de son mari. Cette démarche aurait pu être intéressante si Gilles
Taurand avait trouvé un moyen pour nous permettre de comprendre ces
changements d’auteurs parce que, à vrai dire, on ne sait pas toujours qui
parle, qui écrit...
Quant
à l’homosexualité, elle est présente tout au long du récit puisque
Maurice, bien que marié, se souvient également dans son fameux rêve de
« l’époque où il se faisait prendre comme une truie » et que le
fils de sa femme est ouvertement gay, malheureusement elle n’est en fait qu’un
prétexte qui apparaît en filigrane sans rien apporter. Dès lors, on regrette
assez rapidement qu’il n’y ait jamais aucun discours ou questionnement
pertinent sur le sujet, notamment sur ce que l’homosexualité peut
représenter.
Au
final, Exécution d’un soldat en gare de Metz ressemble
assez à une introspection nombriliste ou à une séance de psychothérapie
écrite et imaginaire. Des pistes sont explorées, des fils tirés, des clés
suggérées mais qui ne conduisent jamais à aucun aboutissement... Bref, Gilles
Taurand a signé ici un roman qui choque et dérange, mais sans rien
proposer pour calmer la démangeaison !
Gilles
Taurand,
Exécution d'un soldat en gare de Metz,
éditions du Seuil,
Paris, 2005,
264 pages, 18 €.
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Prix
d’écriture altersexuelle de la Francophonie
Sources :
http://www.rgmag.com/
Le
prix d’écriture Altern’art-Québec sera
décerné pour la première fois en 2006, une initiative visant à mettre en
évidence l’importance des auteurs (hommes et femmes) et de la littérature
altersexuelle au sein de la francophonie.
Lors
de la Semaine de la littérature gaie, qui s’est tenue à Québec du 16 au 22
mai 2005, des auteurs et invités venus de Belgique, de France, du Maroc, de
Toronto, d’Halifax, de Montréal et de Québec ont manifesté le désir de
mettre sur pied un prix d’écriture francophone traitant du vécu altersexuel
et couvrant tous les genres littéraires. Est désigné par altersexuel
« toutes activités érotiques ou sexuelles n’appartenant pas à la
norme ».
Le prix Altern’Art-Québec a donc été créé et sera remis, en mai
2006, à un auteur, homme ou femme, dont l’œuvre se démarquera par la
pertinence du sujet, l’intelligence du traitement, la qualité de l’écriture
et l’impact déjà eu ou pressenti sur le lectorat. Les œuvres soumises
devront avoir pris en compte certains aspects du vécu altersexuel et
avoir été publiées au cours de l’année 2005.
Cinq personnes du Québec composeront le jury. Trois hommes et deux femmes, bien
au fait du monde littéraire, auront la difficile mais agréable tâche de lire,
d’évaluer et de juger les œuvres que les maisons d’éditions ou les
auteurs devront faire parvenir. Le lauréat ou la lauréate sera invité à
venir recevoir son prix à Québec lors de la deuxième édition de la Semaine
de la Littérature altersexuelle de Québec. Les frais de transport, un
séjour d’un mois gratuit à Québec, ainsi qu’une bourse de 1 500 $
canadiens couvrant les frais de séjour et la promotion de l’œuvre en
Belgique, en France et au Canada sont les composantes tangibles du prix que le
ou la récipiendaire recevra.
Altern’art Québec invite toutes les maisons d’éditions de la
francophonie ainsi que tous ceux et celles qui ont publié à compte d’auteur,
à faire parvenir leurs œuvres en cinq (5) exemplaires avant le 28 février
2006.
Altern’art
de Québec, a/s Yves Gauthier, 640, rue Saint-Patrick, app. 2,
Québec, G1R 1Z2 Renseignements : (418) 521-4070.
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Un
atlas pour le pénis
Par
Jean-Sébastien Vallée
Qui l’eût cru ? Un livre sur le pénis, un
atlas sur cet organe masculin, à la fois source de désir, de fierté et de
complexes ! Paru en Norvège en 2004, véritable sensation dans tout le pays, le
Pénisatlas vient de sortir en version française.
Élaboré par une équipe de sexologues et de consultants en sexologie, l’ouvrage
tente de démystifier les idées reçues à propos du pénis et d’en donner
une image plus réaliste.
Présenté
en grand format et illustrés de photos en couleur, le Pénisatlas se
divise en cinq parties. La première aborde la place qu'a pris l'organe
masculin dans l’histoire de l’humanité. En effet, à travers les siècles
et selon leurs cultures, les diverses sociétés ont conféré au pénis un
grand nombre de significations variées qui vont de « l’outil de connaissance » au
« dispensateur de joie » en passant par « l'objet de perdition ». La deuxième partie,
intitulée « Anatomie, physiologie et conseils d’utilisation »
se penche en détails sur l’aspect technique du membre viril : coupe transversale,
chimie de l’érection, vascularisation... Grâce à ce chapitre des plus instructifs,
on apprend entre autres que la longueur moyenne d'une érection est de 13 à 18 centimètres
! Au chapitre trois, les auteurs nous présentent la
cartographie du pénis : près de soixante-quinze pages de photos en gros
plan – 9 par page – dont l'objectif, loin de provoquer une quelconque
excitation, est de révéler les moindres détails de l'appareil génital
masculin et d'en souligner la diversité.
Les deux derniers chapitres, peut-être les plus intéressants, abordent le
sujet de
façon plus humaine et personnelle. Dans un premier temps, les auteurs ont donné
la parole à différentes personnes qui entretiennent des liens réguliers,
voire professionnels, avec
le pénis. On découvre ainsi l'avis d'un urologue, d'une prostituée, d'un responsable-produits à la
Condomerie, d'une transsexuelle, d'un journaliste de la revue Cupido et... d'un
pasteur ! Leurs points de vue sont souvent intéressants et toujours
originaux. Enfin, le dernier chapitre, élaboré sous forme de questions-réponses,
reprend un questionnaire adressé à l’un des auteurs au cours des dernières
années et nous éclaire sur les éventuels problèmes associés au pénis : désir sexuel
amoindri, dérèglements hormonaux, condylomes génitaux, cancer, circoncision,
masturbation, orgasme, taille et forme de la verge, aide à l’érection. Au
final, on découvre ainsi un ouvrage à la fois drôle et sérieux. Caché dans une
boîte aux allures de sous-vêtements, la couverture du livre se dévoile au
regard et expose dans toute
sa splendeur un pénis grandeur réelle. Dans l'ensemble, le Pénisatlas
apparaît comme une initiative louable et novatrice, probablement utile dans son
rôle de démystification, mais attention au prix car, comme tous les livres
d'art, ce volume quasi encyclopédique demeure relativement onéreux.
Esben Esther
Pirelli Benestad, Ragnhild Dahl Keller, Einar Aakvåg
et
Geneviève Fonteneau Hardeberg, Penisatlas,
Paris,
Les Martiens éditeurs, 2005, 244 pages, 69,99 $, 35 €.
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À
la découverte des classiques
par
Pierre
Salducci
On
assiste depuis quelques années à la réédition d’ouvrages gays et lesbiens
qui étaient devenus introuvables. Un nouvel intérêt est en train de s’affirmer,
preuve que les textes de notre communauté savent résister au temps et que
certains possèdent même un bel avenir. Pour la première fois, la littérature
gay et lesbienne est en train de découvrir et d’imposer ses classiques.
Dès
les années 80 ou 90 plusieurs auteurs homosexuels voient leurs œuvres rééditées
dans leur totalité ou presque, c’est le cas notamment de René Crevel
(chez Pauvert), François Augiéras (chez Grasset / Les Cahiers rouges), Jean
Cocteau (Du Rocher), Jean Genet, Paul Herbart et Marguerite
Radclyffe Hall (tous trois chez Gallimard), mais on ne parle pas encore de
littérature gay en tant que telle et les titres paraissent chez des éditeurs
grand public qui ne mettent pas l’accent sur l’identité sexuelle.
Au Québec, vers la fin des années 90, deux titres sont réédités et
présentés clairement comme des classiques de la littérature homosexuelle. Il
s’agit de Orage sur mon corps de André Béland, paru
initialement 1944 et réédité par Guérin en 1995, et de Derrière le sang
humain, de Robert Pelchat, paru initialement en 1956 et réédité
chez Stanké en 1999.
Toujours vers la fin des années 90, début 2000, la littérature lesbienne
entre dans le bal alors que les éditions Double interligne rééditent deux
romans de la romancière Jeanne Galzy (photo en médaillon): La Surprise de vivre
(initialement paru en 1969, réédité en 1997) et La Cavalière
(initialement paru en 1974, réédité en 2000). C’est la première maison d’édition
exclusivement lesbienne à procéder à des rééditions.
En cette année 2000, le phénomène ne fait que se confirmer quand Denoël a la
géniale idée de réimprimer Le Langage perdu des grues, de David
Leavitt, un monument de la littérature gay, initialement paru en français
en 1988, et resté épuisé pendant trop longtemps. Deux ans plus tard, au
Québec de nouveau, les éditions Les Intouchables rééditent l’excellent
premier roman de Mario Cyr, L’éternité serait-elle un long rêve
cochon ?, paru tout d’abord en 1997 chez De Mortagne et qui s’appelle
désormais Retire ta main (2002), titre original que lui avait donné
initialement son auteur avant que son précédent éditeur ne lui impose d’en
changer.
En 2002 également, les éditions Double Interligne renaissent sous le nom de La
Cerisaie et reprennent aussitôt le flambeau déjà allumé des rééditions en
ramenant à la vie Les Enfants d'Héloïse d'Hélène de Monferrand (en
médaillon ci-dessous),
initialement paru en 1997, ainsi que Les Femmes préfèrent les femmes,
de Élula Perrin, un roman à succès précédemment paru en 1977. « J'avais
déjà travaillé avec Élula Perrin chez Double Interligne et elle
souhaitait continuer avec moi. Elle m'a donné les droits de son livre afin que
je le réédite », explique l’éditrice Catherine Allex qui
précise : « J'avais lu ce livre il y a une vingtaine d'années et
cela m'avait grandement aidée pour me sentir mieux dans ma peau de lesbienne.
Donc c’était une évidence. » En 2003, c’est au tour d’un autre
titre d'Élula Perrin, Mousson de femmes, initialement paru en
2000, de connaître une nouvelle jeunesse. Selon Catherine Allex : « Il
s'agit d'un très rare témoignage sur ce qu’a vécu le peuple indochinois
pendant la Seconde Guerre mondiale, j’ai voulu continuer à le faire vivre,
car je pense que ce livre peut intéresser un très large public, y compris
hétéro, puisqu'il s'agit d'une trame historique. »
Convaincue de l’importance de rééditer les livres devenus introuvables,
Catherine Allex ne cache pas son intention de prolonger une démarche de
réédition quasi systématique entreprise depuis plusieurs années déjà
: « Le but est de faire redécouvrir des textes oubliés mais qui
ont une importance dans l'histoire des lesbiennes. Si l'occasion se
présente, je compte bien rééditer d'autres titres, notamment les premiers
romans de nos auteures, à l'occasion de la parution de leur second roman. Je
souhaite également pouvoir rééditer à nouveau La Surprise de vivre
(ce qu’elle avait déjà fait chez Double Interligne) dès que je le pourrai
financièrement. » Bien sûr l’éditrice évalue les risques qu’elle
prend, mais elle sait également que certains titres peuvent constituer des
valeurs sûres. Les Femmes préfèrent les femmes « continue
d'avoir un grand succès », constate-t-elle, ainsi que Les Enfants
d'Héloïse qui vient de bénéficier d’un nouveau tirage à l’hiver
2005. Deux titres qui, selon elle, sont véritablement devenus « des
classiques et des incontournables. Tout comme La Cavalière de Jeanne
Galzy. »
Toujours au rayon des classiques, mais du côté anglo-saxon cette fois, Le
Danseur de Manhattan, de Andrew Holleran, écrit en 1978 et
initialement paru en français en 1980 aux Presses de la Renaissance, ressort
chez Belfond en 2003, à la surprise générale, avant de trouver sa forme
définitive en poche dès 2005 chez 10/18. Enfin, La Musardine propose deux
curiosités de François-Paul Alibert : Le Supplice d’une queue
(tiré à une centaine d'exemplaires en 1931, réimprimé en 1990 dans une
édition disparue avec son éditeur, puis réédité en 2002) et Le Fils de
Loth (écrit dans les années 30, resté inédit depuis et publié pour la
première fois en 2002 également). « C'est
Maître Emmanuel Pierrat, collectionneur de manuscrits rares, qui est à
l'origine de ce projet », explique Anne Cousin des éditions de La
Musardine. « Il a en effet trouvé le manuscrit du Fils de Loth,
complètement inédit, et a décidé de le publier. Simultanément, nous avons
donc décidé de republier Le Supplice d'une queue en poche. »
Cet
article est le premier d'une série de deux qui portent sur les rééditions.
La suite dans le prochain
numéro.
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L'Escort-boy
de Joël Angèle
par
Pascal Eloy
Phénomène
complètement nouveau,
l'Afrique semble depuis peu avoir la côte d'amour avec les romanciers gais.
Après le Série black de Philippe
Cassand, situé au Congo, voici que Joël Angèle
nous entraîne au Togo sur les traces d'un escort-boy.
Cyril,
mannequin sans grand succès, devient, à 18 ans, un escort-boy afin de
résoudre ses difficultés financières. Il découvre ainsi les rendez-vous
discrets avec ses clients et une vie facile qui lui permet de fréquenter une
société où règne le luxe. Un jour, alors qu’il est en vacances, un de ses
habitués lui propose de l’accompagner au Togo pour y tenir le rôle de sa
secrétaire en congé de maternité. Cyril accepte facilement en pensant que
cela lui fera des vacances bien méritées.
Contre toute attente, c’est un véritable coup de foudre qui l’attend en
Afrique, en la personne du professeur de sport de l’hôtel où il est
descendu, le beau Kylian Dallas. Rapidement commencera une histoire d’amour
que Cyril ne pourra pas oublier, même après être rentré en France, puisqu’il
fera tout pour faire venir près de lui son bel amant.
Dans un style très agréable et fluide (malgré les nombreuses coquilles du
début de l’ouvrage), l’auteur décrit les aventures
sentimentalo-érotico-sexuelles de Cyril. Il s’agit là d’un livre drôle,
sans prétention, mais qui décrit bien l’univers de la jet set et la
difficulté de vivre en tant que mannequin. Si on creuse un peu plus, on peut
aussi découvrir les prémisses d’une histoire d’amour.
Probablement premier roman de Joël Angèle, L'Escort-boy aurait
mérité d’être un peu plus fouillé et construit sur l’histoire d’amour
entre Cyril et Kylian. En effet, si les aventures sexuelles de Cyril peuvent
nous mettre en appétit, on reste néanmoins sur sa faim, une fois le livre
refermé...
Joël
Angèle, L'Escort-boy,
Paris,
éditions Publibook, 2005, 72 pages, 13 €.
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