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25 Juin 2005 - Numéro 26
- 3e
année ©
Au
sommaire de ce numéro:
Portrait : Qui
est Réjean Roy ? Cet auteur gai
est né au Nouveau-Brunswick et a publié une dizaine de livres. Il possède
également son site Internet.
Le
Kotoba, de Lionel Duroi
par Pierre
Salducci
Dans
ce nouveau roman paru aux éditions Bonobo, le héros de Lionel
Duroi se livre à la même activité que celle qui l’occupait déjà
dans son premier livre : Il court après des fantômes. Dans Retour
à Calella, paru aux éditions Geneviève Pastre en 2003, un jeune
Yann partait à la recherche d’un amour d’adolescence disparu trop tôt de
sa vie. Deux ans plus tard, dans Le Kotoba,
ce même Yann, devenu le double biographique « officiel » de Lionel
Duroi, se lance sur les traces
d’un père inconnu dont il vient d’hériter. L’inspecteur mène l’enquête.
Ceux
qui ont déjà lu Retour à Calella savent que Lionel Duroi aime
les romans qui ratissent large, c’est-à-dire qui ne se limitent pas à une
intrigue mais qui intègrent également les étapes commentées de la création
du roman, ainsi que de nombreuses références et réflexions. Dans Le Kotoba,
le procédé demeure assez semblable. Si ce n’est que la recherche d’un
jeune amant qu’on espère retrouver diffère radicalement de la recherche
d’un vieux père déjà mort qu’on n’a jamais connu. Ce n’est pas le même
climat et ça ne vient pas chercher l’imaginaire du lecteur de la même façon.
Le retour vers les années d’adolescence dégage généralement une nostalgie
romantique dont est complètement dénuée la course au papa mort. Même si bien
sûr Duroi, en bon stratège, nous ménage quelques retournements de
situation en cours de route qui viennent nous tenir loin de l’ennui.
Tout comme Retour à Calella, Le Kotoba est l’occasion pour Lionel
Duroi d’aborder différents sujets qui touchent à la société. L’homme
qui a été travailleur social, animateur radio, modèle, acteur, journaliste et
auteur a beaucoup à dire. En général, c’est un plaisir, si ce n’est que
dans ce deuxième roman, certaines réflexions ou prises de position peuvent
surprendre.
Par exemple, il semble très important pour le narrateur de savoir s’il fait
« pédé » ou pas. À plusieurs reprises, il passe des commentaires
du genre « il n’a rien du pédé » ou « je dois pas être
assez pédé pour ça ». Plus tard, il déplore le nombre d’arbres
utilisés pour publier le numéro zéro du magazine Gai pied, pour aboutir à
peine plus loin à cette conclusion : « Je ne suis pas complètement
convaincu des vertus du militantisme [gay]. » Enfin, les toutes dernières
pages du roman nous laissent sur cette affirmation : « L’homosexualité
ne mérite pas qu’on sacrifie sa vie personnelle sur l’autel des désillusions
égalitaires. » Un discours très tranché et parfois difficile à
prendre.
Lionel
Duroi, Le Kotoba, roman,
éditions Bonobo, 2005,
228 pages, 18 euros.
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Assis-pas-bouger
! de Henri de Portzamparc
par Serge
Brousseau Morin
Un
coming out n'est jamais anodin. Surtout dans un milieu où l'homosexualité
représente un tabou majeur et quand le monde auquel on appartient semble étaler
toutes les nuances de l'homophobie. Comment concilier ces univers que tout
oppose en apparence : être gai et pratiquer sa foi, alterner la messe et les
mecs, défendre le pape et le PACS, fréquenter les lieux de drague et de pèlerinage ? Comment balayer d'un coup vingt ans de silence ? Comment se révéler à sa mère
et à des proches si profondément ancrés dans la tradition et le conservatisme
? Dans la communauté chrétienne pure et dure,
on n’avoue rien, on se tait. Pour Henri de
Portzamparc, il est grand temps de
faire changer les choses.
Henri
de Portzamparc, 44 ans, est un aristocrate, catholique pratiquant et convaincu.
Il est aussi homosexuel. Difficile de concilier tout cela. Après
une période d'acceptation et de passivité, il se rend compte que catholicisme pratiqué à la manière du Vatican ne lui sied
pas. Il se révèle en désaccord profond avec les dogmes de cette Église,
ses vues sur la déviance homosexuelle, l'exclusion de la femme dans les rituels, l’interdiction du condom,
etc. Dès lors, il décide de s'engager dans un combat de longue haleine pour
proposer une vision plus conciliatrice de l'homosexualité et de l'Eglise.
Dans
un ouvrage bouleversant, mais non dénué d’humour, il nous livre ses
confessions intimes et engagées. Un témoignage choc sur les conflits que
peuvent créer chez l’individu la coexistance de valeurs que les sociétés et
la religion ont toujours cherché à opposer. À
travers une expérience personnelle, des rencontres, des souvenirs intimes, son
apprentissage de la vie et de la sexualité, l'auteur retrace le lent
cheminement qui lui a permis d'accepter son homosexualité, et d'assumer cette
simple mais si embarrassante différence. En effet, au terme d’un long combat
contre lui-même, son milieu, sa famille, son éducation, Henri de Portzampac
finira par apaiser ses propres conflits et découvrira que Dieu et
l’homosexualité ne sont pas forcément incompatibles.
Farci
d’expériences et d’anecdotes souvent hilarantes, usant de comparaisons
parfois douce-amères mais qui tombent toujours à point, Assis-pas-bouger
constitue un excellent témoignage sur la façon de se libérer des contraintes
imposées et de faire sauter les gongs. L’auteur nous
offre un regard plus que pertinent sur les blocages puis les déclics
successifs qui l'ont fait sortir de sa torpeur pour renaître vrai, fort,
militant... Il déplore entre autres que trop de jeunes gais songent encore au
suicide à cause de toutes les contraintes qu’ils rencontrent sur leur route.
C’est pourquoi, plus que jamais convaincu de sa vérité, Henri de Portzampac
se consacre aujourd’hui à l’écriture et multiplie les engagements
associatifs. Administrateur pour le groupe Contact, un réseau d’écoute pour
gays, lesbiennes et leurs parents, il intervient aussi au sein des groupes David et Jonathan et
Devenir en Christ, deux associations d'homosexuels chrétiens,
et s'implique dans la lutte contre le sida en rêvant du jour où les gais de
toute allégence et confession pourront cesser de se battre et d'avoir peur pour
vivre enfin le cœur léger.
Assis-pas-bouger !
Témoignage d’un homo-catho-aristo, Henri de Portzamparc,
Editions Odin, collection Hors piste, 302
pages, 18.95 euros.
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Un
goût de cendres, de
Jean-Paul Tapie
par
Jean-Sébastien Vallée
Au
dos du nouveau livre de Jean-Paul
Tapie, Un goût de cendres, on
nous pose la question suivante : « Existe-t-il rien de pire que de
perdre sa mère? » Et la réponse qu’on nous donne est d’autant plus
inattendue. C'est : « Oui, n’en éprouver aucun chagrin. » Avec
ce dixième roman, Jean-Paul Tapie réussit
une fois de plus à surprendre le lecteur. Son style à la fois dépouillé et
drôle nous entraîne dans une aventure des plus intéressantes.
Après
la mort de sa mère, Gabriel revient dans sa province natale, auprès de sœur
Agnès, pour les adieux et la cérémonie de circonstance. Dès les arrangements
terminés, messe et rencontre de la parenté, Gabriel s’apprête à repartir.
Mais avant son départ, Agnès lui demande d’aller répandre les cendres de
leur mère dans un ruisseau des Landes selon les dernières volontés de la
disparue. Gabriel accepte. Il n’y va toutefois pas tout de suite et, pendant
plusieurs mois, il traîne l’urne de sa mère un peu partout avec lui, à
Paris, que ce soit dans ses réunions de travail ou au cours de ses sorties dans
le Marais. Puis, suivant une impulsion profonde, il décide finalement de
disperser tranquillement le contenu de l’urne dans des backrooms, des saunas
et des squares. Il ira même jusqu’à mélanger les cendres de sa mère à ses
repas.
Jean-Paul Tapie conjugue humour et tragédie de manière exceptionnelle.
Les raisons pour lesquelles Gabriel déteste sa mère restent parfois un peu nébuleuses,
mais on comprend bien le désarroi du personnage et on ne peut rester indifférent
à la relation qu'il entretient avec la défunte. Malgré un certain aspect
morbide, on rit sans réserve en découvrant les aventures incroyables que vit ce
protagoniste. Une
lecture d’été divertissante et qui captivera sans aucun doute.
Jean-Paul
Tapie a déjà publié plusieurs romans, dont Un goûter d’anniversaire
(Stanké), Le garçon qui voulait être juif (H&O éditions), Le Fils de
Jean (Gallimard) et Dix petits phoques (Stanké).
Jean-Paul
Tapie, Un
goût de cendres,
Béziers, H&O éditions, 2004, 160 pages, 13 euros, 24,95 $.
Autres
titres de Jean-Paul Tapie
: Le
Chasseur d'antilope, Le
Garçon qui voulait être juif, Dix
petits phoques.
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Transports
amoureux au féminin
Neuf
auteures des éditions de la Cerisaie signent un recueil
collectif de nouvelles
Puisque
les chemins de l'amour sont aussi variés que les figures du couples, voici une
exploration fantaisiste du parcours amoureux, en dix allers sans retours. Métro,
dos d'ânesse, balançoire, ascenseur, tapis volant, téléphérique,
divagations anesthésiques, TGV, au volant d'un douze tonnes ou simplement à
pieds, qu'importe le moyen, pourvu que l'on trouve maîtresse ! Neuf
auteures ont répondu avec enthousiasme à l'invitation de Catherine Allex,
directrice des editions de la cerisaie, pour vous offrir une lecture
d'été des plus divertissantes : Cécile Bailly, Muriel Bonneville,
Catherine Bourassin, Paola Cicagna, Cy Jung, Geneviève
Martorella, Martine Merlin-Dhaine,
Hélène de Monferrand et Brigitte Ourlin.
Le cru 2005 est un bouquet d'émotions, de drôlerie, de poésie, d'humanité,
de légèreté, de pudeur, d'innocence enfantine et de situations incongrues.
Laissez-vous transporter au royaume de Cupidon. Geneviève Martorella,
coincée dans un ascenseur, joue à pile ou face avec une demoiselle bien
séduisante. Puis, c'est l'envolée des souvenirs et la découverte des premiers
émois pour Martine Merlin-Dhaine et sa balançoire.
Hélène de Monferrand nous ramène quelques années en arrière et joue la
poiçonneuse à la station Saint-Lazare. Brigitte Ourlin gravit les
cimes en téléphérique tandis que Cy Jung nous propose une nouvelle
décalée où l'anesthésie libère l'imaginaire. Brigitte Ourlin, quant
à elle, part à pieds sur les traces de sa dulcinée. Les quatre autres
auteures nous en disent plus au sujet de leur nouvelle...
Les
Camionneuses, de Cécile Bailly
«
Quand les Éditions de la Cerisaie ont proposé comme thème « les transports
», j'ai tout de suite pensé au camion. Parce qu'il m'évoque, plus encore que
la caravane, le nomadisme. Que ce soit celui des routiers, celui des travellers
ou celui des gens de spectacle. Il m'évoque aussi l'indépendance : on conduit
sa maison soi-même. Ces deux thèmes me sont chers. Ensuite, ce texte est un
clin d'œil à toutes celles qui se sont fait traitées de « camionneuses »
parce qu'il est temps d'en finir avec le sens négatif contenu dans ce terme. Je
tiens à rappeler ici que les camionneuses sont d'abord des lesbiennes qui
s'assument et qui ont longtemps assumé pour toutes les autres. »
À Dos d'âne, de Catherine Bourassin
Catherine
Bourassin doit composer avec deux annesses gecques susceptibles mais qui
sont pour le rapprochement des coeurs féminins. « Quand
Catherine Allex m'a commandé cette nouvelle sur le thème du transport
amoureux, je piétinais dans une administration que je ne peux nommer. J'écoute
la proposition de Catherine qui, emballée comme toujours, me propose le camion,
le métro, le chameau etc. Je l'interromps : « Est-ce que ça pourrait être à
dos d'âne, parce qu'il y en a plein autour de moi ? » et elle de répondre,
enthousiaste : « Mais bien sûr ! ». Finalement, je me suis transportée en Grèce
avec une histoire d'ânesse.
Inter, de Paola Cicagna
Paola
Cicagna laisse son
esprit et son coeur divaguer dans le TGV. « Se
laisser porter, passagère de sa propre vie. Depuis toujours, le TGV réunit
pour moi les conditions à la rêverie : la solitude, un endroit feutré, une
certaine impression de sécurité et au moins deux-trois heures à ne penser qu'à
soi même. Et sur le chemin de l'introspection, l'esprit bercé n'opposant que
peu de résistance, le fantasme surgit, la réalité s'en mêle, la vie se créée.
Dans Inter…, j'ai souhaité témoigner du moment où un basculement s'opère,
parfois à nos dépens, entre une histoire qui s'achève et le frémissement
d'une autre. »
La
Danse du tapis, de Muriel Bonneville
Muriel
Bonneville s'envole pour le paradis un tapis volant un rien facétieux. «
Le
tapis volant est le moyen de transport le plus pratique, le moins polluant et le
plus économique que je connaisse. Maîtriser la conduite d'un tapis volant nécessite
souplesse et légèreté d'esprit, toute anxiété est à bannir sous peine
catastrophe imminente. Lorsque Catherine Allex m'a proposé le thème du moyen
de transport, j'ai tout de suite voulu rendre hommage à ce compagnon de déboire
avec lequel j'ai tant voyagé au cours de mes mille et une vies. Envolez-moi !
»
Cécile
Bailly, Muriel Bonneville, Catherine Bourassin, Paola Cicagna, Cy Jung, Geneviève
Martorella, Martine Merlin-Dhaine, Hélène de Monferrand, Brigitte Ourlin,
Transports amoureux,
Paris, Éditions de la Cerisaie,
2005, 160
pages, 13 euros.
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Découvrez
la bibliothèque du Centre des gais et lesbiennes de Montréal

Homophobie
ordinaire au journal Le Monde
par
Pierre Salducci
Le
14 janvier dernier, à l'occasion de la sortie du nouveau roman de Sarah
Waters,
un article paru dans le journal Le
Monde,
sous la signature de Florence Noiville et intitulé
Le
Monde étrange et transgressif de Sarah Waters (on
se demande pourquoi "transgressif"
?), témoignait d'un profond mépris pour la
littérature gaie et lesbienne et ses auteurs. De tels propos ne doivent plus
être tolérés aujourd'hui.
D'emblée,
la journaliste n'y va pas par quatre chemins et affirme au début de
son article :
« Comme il existe un coin pour les livres de cuisine ou les
ouvrages de décoration, on trouve, dans les librairies anglaises, un rayon
"gai et lesbien". La littérature homosexuelle britannique y a ses
auteurs phares. Les plus talentueux d'entre eux, néanmoins, réussissent un
jour à rejoindre le "mainstream", c'est-à-dire la littérature dite
générale. » On se
demande réellement comment des propos si manifestement teintés d'homophobie
peuvent encore trouver leur place dans un journal soi-disant respectable et
intellectuel, comme Le Monde.
Les affirmations de Florence Noiville ne tiennent pas, un tel discours
(surtout dans un quotidien de cette importance) doit être dénoncé et
reconsidéré.
Premièrement, ce que l'homophobe Florence Noiville semble ne considérer que comme un phénomène
"britannnique" (les librairies anglaises) est en réalité un
véritable mouvement international qui a déjà été imité par plusieurs pays
comme l'Australie, les Etats-Unis, le Canada, la France, la Belgique et
d'autres. Et il est clair que si tous ces pays ont suivi, c'est qu'il y avait
des raisons et des bonnes ! Cette journaliste aurait tout intérêt à se
renseigner avant d'affirmer n'importe quoi. En tout cas, on note comme
d'habitude que le premier réflexe de l'homophobe est de s'enfermer dans ses
oeillères et d'essayer de nier ou de dénigrer une réalité qui le dérange.
Deuxièmement, comparer le rayon gai et lesbien au coin pour les livres de
cuisine et les ouvrages de décoration est bien évidemment éminemment
méprisant et hostile. Il existe dans toutes les librairies françaises des
rayons "roman policier" ou "littérature maghrébine" ou
encore "livres pour la jeunesse"... L'homophobe Florence Noiville
s'aventure-t-elle à comparer le roman policier, la littérature maghrébine ou
les livres de jeunesse à des ouvrages de cuisine ou de décoration ? Bien sûr
que non ! Elle s'en garderait bien car cela provoquerait une véritable levée
de boucliers. Ce genre de comparaison est exclusivement réservée à la
littérature gaie et lesbienne pour bien la rabaisser, bien montrer ce qu'on en
pense, à quel niveau certains la situent, etc. On assiste donc à une
véritable volonté de dénigrer gratuitement une culture différente dont la
journaliste ignore tout. Et si l'homophobe Florence
Noiville s'autorise ce genre de raccourci, c'est qu'elle sait que personne
n'aura le courage de venir à la défense de la littérature gaie et lesbienne.
Elle pense qu'elle peut ainsi vomir sur une expression culturelle en toute
impunité, sans provoquer la moindre réaction. Mais cette époque est
maintenant révolue et il n'est plus question de laisser passer ce genre de
commentaire sans réagir. Les journaux qui acceptent de publier de tels
commentaires doivent être dénoncés car c'est là tout le contraire d'un
devoir d'information. On reconnaît bien en revanche l'expression de vieux
préjugés éculés, non fondés, qui ne reposent sur aucun fait, aucune
observation et aucun argument. Il s'agit en outre d'une attitude
particulièrement inadmissible de la part d'un journaliste qui est normalement
tenu à l'objectivité et à la rigueur.
Troisièmement, où l'homophobe Florence Noiville a-t-elle été chercher
ce raisonnement qui voudrait que "les plus talentueux [ des auteurs
homosexuels ] réussissent un jour à rejoindre le mainstream", comme si
c'était là l'objectif premier des auteurs de la littérature gaie et
lesbienne ? Comme si, une fois de plus, la récompense suprême pour un gai
ou une lesbienne était de se faire accepter et assimiler par la norme
hétérosexuelle. Dans les faits, cela fait bien longtemps que les gais et
lesbiennes ont cessé d'aller chercher (d'aller quêter) reconnaissance et
acceptation du côté hétérosexuel, et ça fait bien longtemps aussi que les
auteurs de la littérature gaie et lesbienne sont très heureux d'être là où
ils sont et qu'ils revendiquent même leur statut de gai et lesbienne. Eh oui,
n'en déplaise aux homophobes, il existe une autre littérature, qui se porte
parfaitement bien, qui échappe aux nomres hétérosexuelles et qui n'a besoin
de l'approbation de personne pour s'affirmer et se développer.
Le journal Le Monde est en perte de vitesse depuis plusieurs années. Les
journalistes de la salle de rédaction devraient comprendre que ce n'est ni en
affichant un tel mépris ni en tenant un discours aussi dénigrant face à une
partie de la population qu'ils réussiront à regagner leur lectorat perdu. La
culture n'est le monopole de personne, et il n'est surtout pas question de
laisser l'homophobe Florence Noiville nous dicter quoi penser.
Réagissez
à cet article et envoyez vos commentaires au journal Le Monde à cette adresse :
courrier-des-lecteurs@lemonde.fr
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Anne-Marie
Alonzo s'éteint à l'âge de 53 ans
Les
lettres lesbiennes du Québec perdent une de leurs voix les plus militantes
On
apprenait le 15 juin dernier le décès d'Anne-Marie
Alonzo
survenu le samedi 11 juin à la Cité de la Santé de Laval (banlieue nord de
Montréal) suite à deux accidents cérébro-vasculaires. Aucun des avis
nécrologiques publiés à cette occasion ne mentionnait l'homosexualité
pourtant déterminante de cette femme forte et courageuse à laquelle la
littérature lesbienne du Québec doit beaucoup.
Dramaturge,
romancière et poète, Anne-Marie Alonzo est née en Egypte à
Alexandrie, le 13 décembre 1951. Handicapée à l’âge de 14 ans,
la jeune femme s’est retrouvée très tôt dans un rapport de dépendance énorme
vis-à-vis de sa mère pour recevoir des soins physiques de base.
Son rapport à l'intimité féminine, à la mère et aux femmes en général en
est resté marqué à jamais. Anne-Marie Alonzo a passé le reste de sa
vie en fauteuil roulant. Sensibilisée aux questions de marginalité et de
différence, elle s'est toujours battue pour donner aux femmes un lieu
d'expression libre et engagé.
Installée
au Québec depuis 1963, elle a collaboré à de nombreuses revues québécoises
ou européennes et publié une vingtaine de titres. Tour à tour
responsable des relations publiques, conférencière et animatrice de débats
publics, directrice de collection aux Éditions Nouvelle Optique, membre du
comité de lecture aux Éditions de la Pleine Lune, cofondatrice de la compagnie
théâtrale Autographe et membre de la rédaction d'Estuaire jusqu'en 1987, on
retiendra surtout son nom comme cofondatrice puis directrice des Éditions Trois
ainsi que de la revue et du festival du même nom en 1985.
Anne-Marie
Alonzo a reçu le Prix Émile-Nelligan en 1985 pour Bleus de mine et,
en 1992, le Grand Prix d'Excellence Artistique de Laval pour Galia qu'elle
nommait amour. Elle a été reçue membre de l'Ordre du Canada en
novembre 1996, elle a obtenu la médaille de bronze de la société Arts
Sciences Lettres de Paris en avril 1997 et la médaille civique de la Ville
de Laval, également, en 1997. Ses
livres ont été traduits en anglais, allemand, italien, espagnol, gallois.
et éthiques, les contextes sociologique et historique dans lesquels s'inscrit
son écriture, sa contribution à la littérature lesbienne, les rapports mère-fille
dans ses textes et au théâtre, et beaucoup encore.
Anne-Marie
Alonzo ou les secrets de la Sphinxe, sous la direction de Janine Ricouart et
de Roseanna Dufault, éditions
Remue-ménage,
Montréal, 2004, 222 pages, 21.95 $.

Les
Enfants de Sodome à l'Assemblée nationale [1790]
Les
éditions GayKitshCamp annoncent la réédition d'un document historique de
première importance.
La
lecture des Enfans
de Sodome laisse pantois et
donne la mesure de l'ignorance organisée dans laquelle nous sommes de
l'histoire gaie. Le titre par lui-même exprime une démarche
politique. On y fustige "la religion armée de son fouet politique"
(le sabre et le goupillon). On réclame le droit à la différence ("les goûts
sont dans la nature"). On y exige l'égalité devant la maladie, la
cristalline comme aujourd'hui le sida, et on menace de lanterner. On s'organise
à la manière parlementaire. Et tout ceci dans une écriture érotique et
humoristique qui reste l'apanage des démarches dites gaies aujourd'hui. C'est
le Gay Power. Cette édition bénéficie
d'un appareil scientifique de Patrick Cardon qui y a travaillé de nombreuses
années.
«
On peut être bougre et citoyen » : Un ancêtre du manifeste de l’égalité
des droits
Parmi
les innombrables pamphlets qui ont circulé pendant les premières années de la
Révolution, quatre exposent plus particulièrement des sortes de confits que
les institutions françaises tardent encore à problématiser : les confits de
genre. Les pamphlets imaginent que, sous la pression des femmes hétérosexuelles,
l’Assemblée Nationale menace de persécuter les gays et les lesbiennes. On
assiste, non pas à un affrontement sur la base des sexes (les rapports
confictuels entre les hommes et les femmes), mais sur la base des genres (les
rapports confictuels entre personnes d’orientation sexuelle différente).
C’est une proposition encore trop rare aujourd’hui qui nous est offerte par
cette fin du XVIIIe siècle, celle de l’union des gays et des lesbiennes
contre les hétérosexuels (nous modernisons les termes).
Datés de 1790 à 1791, c’est-à-dire des premières années « du rêve de la
Liberté », selon le calendrier qui commence à la prise de la Bastille, ces
pamphlets, tout en plagiant les décisions prises par les assemblées révolutionnaires,
portent les revendications toujours actuelles de ce qu’on appelait alors les
"sodomites" et les "tribades". En 1791, le crime de sodomie
disparassait du nouveau Code pénal. Ces pamphlets y sont peut-être pour
quelque chose.
Les Enfants de Sodome à
l'Assemblée nationale,
préface et notes de Patrick Cardon, éditions
gayKitschCamp,
document, 2005, 160 pages, 14 euros.
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Originaire
d'Allardville au Nouveau-Brunswick, Réjean Roy s’est d’abord fait
connaître comme journaliste. Puis, sa démarche artistique l'a amené à
publier, son premier roman à compte d'auteur, le Crépuscule de
l'amour, en 1988. Auteur prolifique de l’Acadie moderne, Réjean
Roy a publié pas moins de treize titres, en solo ou comme directeur
littéraire
Sa
contribution à la littérature gaie a commencé avec la publication de Périr
par le sexe, un roman documentaire sur le sida. D’ailleurs, il a
fait de nombreuses conférences dans les écoles publiques des Maritimes
pour démystifier le sida et pour défendre la cause homosexuelle.
En
1993, il a publié son premier recueil de poésie intitulé Les ombres
de minuit, un texte en prose avec, en toile de fond, une peine
d’amour entre deux hommes. Puis suivit un autre texte en prose, La
valse nocturne, qui relate les élans dépressifs et l’isolement
d’un gai vivant hors des grands centres urbains. |
Concours
de nouvelles sur
le thème de l'homophobie
Le
jury du Québec décerne huit mentions et Benoît
Cayer remporte le premier prix
C'est
le 1er juin dernier, déclarée au Québec Journée nationale de lutte
contre l'homophobie à l'initiative de la Fondation Émergence, qu'ont
été révélés les résultats du concours de nouvelles organisé par l'Union
des écrivains gais. De nombreuses personnalités ainsi que les représentants
de divers médias étaient présents lors de
cette cérémonie qui se tenait dans les locaux de la Commission scolaire
de Montréal. À cette occasion, le prix Lutte contre l'homophobie 2005 a
été décerné, à titre posthume, à l'ancien premier ministre du Canada, le
très honorable Pierre Elliott
Trudeau. Alexandre Trudeau, fils de l'ancien
Premier Ministre, est venu recevoir le prix au nom de son père, livrant en
guise de remerciement un discours convaincu et convaincaint.
Cette
1re édition du concours a connu un franc succès, marqué par une bonne
participation. Les textes reçus provenaient d’un peu partout au Québec et se
répartissaient presque à part égale entre les hommes et les femmes. Les
sujets abordés touchaient vraiment tous les aspects de l’homophobie, mais
surtout les plus fréquents comme l'homophobie au travail, à l’école, à la maison
ou en famille. Plusieurs nouvelles ont également abordé les problèmes de la
discrimination et du suicide. Comme quoi, quand il s'agit d’homophobie, il est clair que les gais et lesbiennes sont en terrain connu
et qu’ils ont beaucoup à dire. C’est une réalité qu’ils connaissent
bien et ils savent de quoi ils parlent. Plusieurs participants nous ont remercié
de leur donner l’opportunité de s’exprimer sur ce sujet ce qui témoigne de
la nécessité d’organiser de tel concours et de donner directement la parole
aux gens.
Le
jury,
qui était composé cette année de Michèle Brousseau (Gris – Montréal
), Guy Verville (Écrivain, membre UDEG), Pierre Blain (Fondation
Émergence), Dominic Ratthé (La Voix du Village) et de Pierre
Salducci (Écrivain, fondateur UDEG et Président du jury), a tenu à
souligner la très bonne qualité des textes qui ont été reçus, ce qui a
rendu le travail de sélection particulièrement difficile. Heureusement, le
texte gagnant s'est imposé de lui-même avec une large majorité. Il s'agit de
la nouvelle Les Talons hauts, de Benoit Cayer, un jeune auteur
montréalais de 27 ans (photo ci-contre).
En plus du premier prix qui sera publié dans La Voix du Village, le jury a décidé
de décerner huit mentions à des textes qui se sont fait remarquer et qui
seront acheminés aux éditions Biliki (Bruxelles) en vue de constituer un
recueil qui serait publié en 2006. Il s'agit de : La Banale Intolérance, de Claudine Yvon,
Le
Dernier fils de Patrice Bonneau, Les Points de vue de Sandra de Emma
Couterie, Il… et le dernier jour de sa vie de David Buist, Regarde-moi
de Laurence Déry, L’effroi est plus lourd que le courage de Serge Brousseau Morin,
La Veine de Bruno Berg de Nicolas Michel et de Encore un crime hétérophobe
! de Stéphane Hudon. Félicitations à tous les lauréats et rendez-vous
à l'année prochaine !
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