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25 Juin 2005 - Numéro 26 - 3e année ©

 

Au sommaire de ce numéro:

 

Portrait : Qui est Réjean Roy ? Cet auteur gai est né au Nouveau-Brunswick et a publié une dizaine de livres. Il possède également son site Internet.



Le Kotoba, de Lionel Duroi
par Pierre Salducci

Dans ce nouveau roman paru aux éditions Bonobo, le héros de Lionel Duroi se livre à la même activité que celle qui l’occupait déjà dans son premier livre : Il court après des fantômes. Dans Retour à Calella, paru aux éditions Geneviève Pastre en 2003, un jeune Yann partait à la recherche d’un amour d’adolescence disparu trop tôt de sa vie. Deux ans plus tard, dans Le Kotoba, ce même Yann, devenu le double biographique « officiel » de Lionel Duroi, se lance sur les traces d’un père inconnu dont il vient d’hériter. L’inspecteur mène l’enquête.

Ceux qui ont déjà lu Retour à Calella savent que Lionel Duroi aime les romans qui ratissent large, c’est-à-dire qui ne se limitent pas à une intrigue mais qui intègrent également les étapes commentées de la création du roman, ainsi que de nombreuses références et réflexions. Dans Le Kotoba, le procédé demeure assez semblable. Si ce n’est que la recherche d’un jeune amant qu’on espère retrouver diffère radicalement de la recherche d’un vieux père déjà mort qu’on n’a jamais connu. Ce n’est pas le même climat et ça ne vient pas chercher l’imaginaire du lecteur de la même façon. Le retour vers les années d’adolescence dégage généralement une nostalgie romantique dont est complètement dénuée la course au papa mort. Même si bien sûr Duroi, en bon stratège, nous ménage quelques retournements de situation en cours de route qui viennent nous tenir loin de l’ennui.
Tout comme Retour à Calella, Le Kotoba est l’occasion pour Lionel Duroi d’aborder différents sujets qui touchent à la société. L’homme qui a été travailleur social, animateur radio, modèle, acteur, journaliste et auteur a beaucoup à dire. En général, c’est un plaisir, si ce n’est que dans ce deuxième roman, certaines réflexions ou prises de position peuvent surprendre.
Par exemple, il semble très important pour le narrateur de savoir s’il fait « pédé » ou pas. À plusieurs reprises, il passe des commentaires du genre « il n’a rien du pédé » ou « je dois pas être assez pédé pour ça ». Plus tard, il déplore le nombre d’arbres utilisés pour publier le numéro zéro du magazine Gai pied, pour aboutir à peine plus loin à cette conclusion : « Je ne suis pas complètement convaincu des vertus du militantisme [gay]. » Enfin, les toutes dernières pages du roman nous laissent sur cette affirmation : « L’homosexualité ne mérite pas qu’on sacrifie sa vie personnelle sur l’autel des désillusions égalitaires. » Un discours très tranché et parfois difficile à prendre.

Lionel Duroi, Le Kotoba, roman, éditions Bonobo, 2005, 228 pages, 18 euros.

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Assis-pas-bouger ! de Henri de Portzamparc
par Serge Brousseau Morin

Un coming out n'est jamais anodin. Surtout dans un milieu où l'homosexualité représente un tabou majeur et quand le monde auquel on appartient semble étaler toutes les nuances de l'homophobie. Comment concilier ces univers que tout oppose en apparence : être gai et pratiquer sa foi, alterner la messe et les mecs, défendre le pape et le PACS, fréquenter les lieux de drague et de pèlerinage ? Comment balayer d'un coup vingt ans de silence ? Comment se révéler à sa mère et à des proches si profondément ancrés dans la tradition et le conservatisme ? Dans la communauté chrétienne pure et dure, on n’avoue rien, on se tait. Pour Henri de Portzamparc, il est grand temps de faire changer les choses.

Henri de Portzamparc, 44 ans, est un aristocrate, catholique pratiquant et convaincu. Il est aussi homosexuel. Difficile de concilier tout cela. Après une période d'acceptation et de passivité, il se rend compte que catholicisme pratiqué à la manière du Vatican ne lui sied pas. Il se révèle en désaccord profond avec les dogmes de cette Église, ses vues sur la déviance homosexuelle, l'exclusion de la femme dans les rituels, l’interdiction du condom, etc. Dès lors, il décide de s'engager dans un combat de longue haleine pour proposer une vision plus conciliatrice de l'homosexualité et de l'Eglise.
Dans un ouvrage bouleversant, mais non dénué d’humour, il nous livre ses confessions intimes et engagées. Un témoignage choc sur les conflits que peuvent créer chez l’individu la coexistance de valeurs que les sociétés et la religion ont toujours cherché à opposer. À travers une expérience personnelle, des rencontres, des souvenirs intimes, son apprentissage de la vie et de la sexualité, l'auteur retrace le lent cheminement qui lui a permis d'accepter son homosexualité, et d'assumer cette simple mais si embarrassante différence. En effet, au terme d’un long combat contre lui-même, son milieu, sa famille, son éducation, Henri de Portzampac finira par apaiser ses propres conflits et découvrira que Dieu et l’homosexualité ne sont pas forcément incompatibles. 
Farci d’expériences et d’anecdotes souvent hilarantes, usant de comparaisons parfois douce-amères mais qui tombent toujours à point, Assis-pas-bouger constitue un excellent témoignage sur la façon de se libérer des contraintes imposées et de faire sauter les gongs. L’auteur nous offre un regard plus que pertinent sur les blocages puis les déclics successifs qui l'ont fait sortir de sa torpeur pour renaître vrai, fort, militant... Il déplore entre autres que trop de jeunes gais songent encore au suicide à cause de toutes les contraintes qu’ils rencontrent sur leur route. C’est pourquoi, plus que jamais convaincu de sa vérité, Henri de Portzampac se consacre aujourd’hui à l’écriture et multiplie les engagements associatifs. Administrateur pour le groupe Contact, un réseau d’écoute pour gays, lesbiennes et leurs parents, il intervient aussi au sein des groupes David et Jonathan et Devenir en Christ, deux associations d'homosexuels chrétiens, et s'implique dans la lutte contre le sida en rêvant du jour où les gais de toute allégence et confession pourront cesser de se battre et d'avoir peur pour vivre enfin le cœur léger.

Assis-pas-bouger ! Témoignage d’un homo-catho-aristo, Henri de Portzamparc, Editions Odin, collection Hors piste, 302 pages, 18.95 euros.

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Un goût de cendres, de Jean-Paul Tapie
par Jean-Sébastien Vallée

Au dos du nouveau livre de Jean-Paul Tapie, Un goût de cendres, on nous pose la question suivante : « Existe-t-il rien de pire que de perdre sa mère? » Et la réponse qu’on nous donne est d’autant plus inattendue. C'est : « Oui, n’en éprouver aucun chagrin. » Avec ce dixième roman, Jean-Paul Tapie réussit une fois de plus à surprendre le lecteur. Son style à la fois dépouillé et drôle nous entraîne dans une aventure des plus intéressantes.

Après la mort de sa mère, Gabriel revient dans sa province natale, auprès de sœur Agnès, pour les adieux et la cérémonie de circonstance. Dès les arrangements terminés, messe et rencontre de la parenté, Gabriel s’apprête à repartir. Mais avant son départ, Agnès lui demande d’aller répandre les cendres de leur mère dans un ruisseau des Landes selon les dernières volontés de la disparue. Gabriel accepte. Il n’y va toutefois pas tout de suite et, pendant plusieurs mois, il traîne l’urne de sa mère un peu partout avec lui, à Paris, que ce soit dans ses réunions de travail ou au cours de ses sorties dans le Marais. Puis, suivant une impulsion profonde, il décide finalement de disperser tranquillement le contenu de l’urne dans des backrooms, des saunas et des squares. Il ira même jusqu’à mélanger les cendres de sa mère à ses repas.
Jean-Paul Tapie conjugue humour et tragédie de manière exceptionnelle. Les raisons pour lesquelles Gabriel déteste sa mère restent parfois un peu nébuleuses, mais on comprend bien le désarroi du personnage et on ne peut rester indifférent à la relation qu'il entretient avec la défunte. Malgré un certain aspect morbide, on rit sans réserve en découvrant les aventures incroyables que vit ce protagoniste.
Une lecture d’été divertissante et qui captivera sans aucun doute.
Jean-Paul Tapie a déjà publié plusieurs romans, dont Un goûter d’anniversaire (Stanké), Le garçon qui voulait être juif (H&O éditions), Le Fils de Jean (Gallimard) et Dix petits phoques (Stanké).

Jean-Paul Tapie, Un goût de cendres, Béziers, H&O éditions, 2004, 160 pages, 13 euros, 24,95 $.

Autres titres de Jean-Paul Tapie : Le Chasseur d'antilope, Le Garçon qui voulait être juif, Dix petits phoques.

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Transports amoureux au féminin
Neuf auteures des éditions de la Cerisaie signent un recueil collectif de nouvelles

Puisque les chemins de l'amour sont aussi variés que les figures du couples, voici une exploration fantaisiste du parcours amoureux, en dix allers sans retours. Métro, dos d'ânesse, balançoire, ascenseur, tapis volant, téléphérique, divagations anesthésiques, TGV, au volant d'un douze tonnes ou simplement à pieds, qu'importe le moyen, pourvu que l'on trouve maîtresse ! Neuf auteures ont répondu avec enthousiasme à l'invitation de Catherine Allex, directrice des editions de la cerisaie,  pour vous offrir une lecture d'été des plus divertissantes : Cécile Bailly, Muriel Bonneville, Catherine Bourassin, Paola Cicagna, Cy Jung, Geneviève Martorella, Martine Merlin-Dhaine, Hélène de Monferrand et Brigitte Ourlin
Le cru 2005 est un bouquet d'émotions, de drôlerie, de poésie, d'humanité, de légèreté, de pudeur, d'innocence enfantine et de situations incongrues. Laissez-vous transporter au royaume de Cupidon. Geneviève Martorella, coincée dans un ascenseur, joue à pile ou face avec une demoiselle bien séduisante. Puis, c'est l'envolée des souvenirs et la découverte des premiers émois pour Martine Merlin-Dhaine et sa balançoire. Hélène de Monferrand nous ramène quelques années en arrière et joue la poiçonneuse à la station Saint-Lazare. Brigitte Ourlin gravit les cimes en téléphérique tandis que Cy Jung nous propose une nouvelle décalée où l'anesthésie libère l'imaginaire. Brigitte Ourlin, quant à elle, part à pieds sur les traces de sa dulcinée. Les quatre autres auteures  nous en disent plus au sujet de leur nouvelle...

Les Camionneuses, de Cécile Bailly

« Quand les Éditions de la Cerisaie ont proposé comme thème « les transports », j'ai tout de suite pensé au camion. Parce qu'il m'évoque, plus encore que la caravane, le nomadisme. Que ce soit celui des routiers, celui des travellers ou celui des gens de spectacle. Il m'évoque aussi l'indépendance : on conduit sa maison soi-même. Ces deux thèmes me sont chers. Ensuite, ce texte est un clin d'œil à toutes celles qui se sont fait traitées de « camionneuses » parce qu'il est temps d'en finir avec le sens négatif contenu dans ce terme. Je tiens à rappeler ici que les camionneuses sont d'abord des lesbiennes qui s'assument et qui ont longtemps assumé pour toutes les autres. »

À Dos d'âne, de Catherine Bourassin

Catherine Bourassin doit composer avec deux annesses gecques susceptibles mais qui sont pour le rapprochement des coeurs féminins. « Quand Catherine Allex m'a commandé cette nouvelle sur le thème du transport amoureux, je piétinais dans une administration que je ne peux nommer. J'écoute la proposition de Catherine qui, emballée comme toujours, me propose le camion, le métro, le chameau etc. Je l'interromps : « Est-ce que ça pourrait être à dos d'âne, parce qu'il y en a plein autour de moi ? » et elle de répondre, enthousiaste : « Mais bien sûr ! ». Finalement, je me suis transportée en Grèce avec une histoire d'ânesse.

Inter, de Paola Cicagna

Paola Cicagna laisse son esprit et son coeur divaguer dans le TGV. « Se laisser porter, passagère de sa propre vie. Depuis toujours, le TGV réunit pour moi les conditions à la rêverie : la solitude, un endroit feutré, une certaine impression de sécurité et au moins deux-trois heures à ne penser qu'à soi même. Et sur le chemin de l'introspection, l'esprit bercé n'opposant que peu de résistance, le fantasme surgit, la réalité s'en mêle, la vie se créée. Dans Inter…, j'ai souhaité témoigner du moment où un basculement s'opère, parfois à nos dépens, entre une histoire qui s'achève et le frémissement d'une autre. »

La Danse du tapis, de Muriel Bonneville

Muriel Bonneville s'envole pour le paradis un tapis volant un rien facétieux. « Le tapis volant est le moyen de transport le plus pratique, le moins polluant et le plus économique que je connaisse. Maîtriser la conduite d'un tapis volant nécessite souplesse et légèreté d'esprit, toute anxiété est à bannir sous peine catastrophe imminente. Lorsque Catherine Allex m'a proposé le thème du moyen de transport, j'ai tout de suite voulu rendre hommage à ce compagnon de déboire avec lequel j'ai tant voyagé au cours de mes mille et une vies. Envolez-moi ! »

Cécile Bailly, Muriel Bonneville, Catherine Bourassin, Paola Cicagna, Cy Jung, Geneviève Martorella, Martine Merlin-Dhaine, Hélène de Monferrand, Brigitte Ourlin, Transports amoureux, Paris, Éditions de la Cerisaie, 2005, 160 pages, 13 euros.

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Découvrez la bibliothèque du Centre des gais et lesbiennes de Montréal 


Homophobie ordinaire au journal Le Monde
par Pierre Salducci

Le 14 janvier dernier, à l'occasion de la sortie du nouveau roman de Sarah Waters, un article paru dans le journal Le Monde, sous la signature de Florence Noiville et intitulé Le Monde étrange et transgressif de Sarah Waters (on se demande pourquoi "transgressif" ?), témoignait d'un profond mépris pour la littérature gaie et lesbienne et ses auteurs. De tels propos ne doivent plus être tolérés aujourd'hui.

D'emblée, la journaliste n'y va pas par quatre chemins et affirme au début de son article :

« Comme il existe un coin pour les livres de cuisine ou les ouvrages de décoration, on trouve, dans les librairies anglaises, un rayon "gai et lesbien". La littérature homosexuelle britannique y a ses auteurs phares. Les plus talentueux d'entre eux, néanmoins, réussissent un jour à rejoindre le "mainstream", c'est-à-dire la littérature dite générale. »
On se demande réellement comment des propos si manifestement teintés d'homophobie peuvent encore trouver leur place dans un journal soi-disant respectable et intellectuel, comme Le Monde.

Les affirmations de Florence Noiville ne tiennent pas, un tel discours (surtout dans un quotidien de cette importance) doit être dénoncé et reconsidéré.

Premièrement,
ce que l'homophobe Florence Noiville semble ne considérer que comme un phénomène "britannnique" (les librairies anglaises) est en réalité un véritable mouvement international qui a déjà été imité par plusieurs pays comme l'Australie, les Etats-Unis, le Canada, la France, la Belgique et d'autres. Et il est clair que si tous ces pays ont suivi, c'est qu'il y avait des raisons et des bonnes ! Cette journaliste aurait tout intérêt à se renseigner avant d'affirmer n'importe quoi. En tout cas, on note comme d'habitude que le premier réflexe de l'homophobe est de s'enfermer dans ses oeillères et d'essayer de nier ou de dénigrer une réalité qui le dérange.

Deuxièmement, comparer le rayon gai et lesbien au coin pour les livres de cuisine et les ouvrages de décoration est bien évidemment éminemment méprisant et hostile. Il existe dans toutes les librairies françaises des rayons "roman policier" ou "littérature maghrébine" ou encore "livres pour la jeunesse"... L'homophobe Florence Noiville s'aventure-t-elle à comparer le roman policier, la littérature maghrébine ou les livres de jeunesse à des ouvrages de cuisine ou de décoration ? Bien sûr que non ! Elle s'en garderait bien car cela provoquerait une véritable levée de boucliers. Ce genre de comparaison est exclusivement réservée à la littérature gaie et lesbienne pour bien la rabaisser, bien montrer ce qu'on en pense, à quel niveau certains la situent, etc. On assiste donc à une véritable volonté de dénigrer gratuitement une culture différente dont la journaliste ignore tout.  Et si l'homophobe Florence Noiville s'autorise ce genre de raccourci, c'est qu'elle sait que personne n'aura le courage de venir à la défense de la littérature gaie et lesbienne. Elle pense qu'elle peut ainsi vomir sur une expression culturelle en toute impunité, sans provoquer la moindre réaction. Mais cette époque est maintenant révolue et il n'est plus question de laisser passer ce genre de commentaire sans réagir. Les journaux qui acceptent de publier de tels commentaires doivent être dénoncés car c'est là tout le contraire d'un devoir d'information. On reconnaît bien en revanche l'expression de vieux préjugés éculés, non fondés, qui ne reposent sur aucun fait, aucune observation et aucun argument. Il s'agit en outre d'une attitude particulièrement inadmissible de la part d'un journaliste qui est normalement tenu à l'objectivité et à la rigueur.

Troisièmement, où l'homophobe Florence Noiville a-t-elle été chercher ce raisonnement qui voudrait que "les plus talentueux [ des auteurs homosexuels ] réussissent un jour à rejoindre le mainstream", comme si c'était là l'objectif premier des auteurs de la littérature gaie et lesbienne ? Comme si, une fois de plus, la récompense suprême pour un gai ou une lesbienne était de se faire accepter et assimiler par la norme hétérosexuelle. Dans les faits, cela fait bien longtemps que les gais et lesbiennes ont cessé d'aller chercher (d'aller quêter) reconnaissance et acceptation du côté hétérosexuel, et ça fait bien longtemps aussi que les auteurs de la littérature gaie et lesbienne sont très heureux d'être là où ils sont et qu'ils revendiquent même leur statut de gai et lesbienne. Eh oui, n'en déplaise aux homophobes, il existe une autre littérature, qui se porte parfaitement bien, qui échappe aux nomres hétérosexuelles et qui n'a besoin de l'approbation de personne pour s'affirmer et se développer.

Le journal Le Monde est en perte de vitesse depuis plusieurs années. Les journalistes de la salle de rédaction devraient comprendre que ce n'est ni en affichant un tel mépris ni en tenant un discours aussi dénigrant face à une partie de la population qu'ils réussiront à regagner leur lectorat perdu. La culture n'est le monopole de personne, et il n'est surtout pas question de laisser l'homophobe Florence Noiville nous dicter quoi penser.

Réagissez à cet article et envoyez vos commentaires au journal Le Monde à cette adresse :
courrier-des-lecteurs@lemonde.fr


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Anne-Marie Alonzo s'éteint à l'âge de 53 ans
Les lettres lesbiennes du Québec perdent une de leurs voix les plus militantes

On apprenait le 15 juin dernier le décès d'Anne-Marie Alonzo survenu le samedi 11 juin à la Cité de la Santé de Laval (banlieue nord de Montréal) suite à deux accidents cérébro-vasculaires. Aucun des avis nécrologiques publiés à cette occasion ne mentionnait l'homosexualité pourtant déterminante de cette femme forte et courageuse à laquelle la littérature lesbienne du Québec doit beaucoup.

Dramaturge, romancière et poète, Anne-Marie Alonzo est née en Egypte à Alexandrie, le 13 décembre 1951. Handicapée à l’âge de 14 ans, la jeune femme s’est retrouvée très tôt dans un rapport de dépendance énorme vis-à-vis de sa mère pour recevoir des soins physiques de base. Son rapport à l'intimité féminine, à la mère et aux femmes en général en est resté marqué à jamais. Anne-Marie Alonzo a passé le reste de sa vie en fauteuil roulant. Sensibilisée aux questions de marginalité et de différence, elle s'est toujours battue pour donner aux femmes un lieu d'expression libre et engagé. 
Installée au Québec depuis 1963, elle a collaboré à de nombreuses revues québécoises ou européennes et publié une vingtaine de titres. Tour à tour responsable des relations publiques, conférencière et animatrice de débats publics, directrice de collection aux Éditions Nouvelle Optique, membre du comité de lecture aux Éditions de la Pleine Lune, cofondatrice de la compagnie théâtrale Autographe et membre de la rédaction d'Estuaire jusqu'en 1987, on retiendra surtout son nom comme cofondatrice puis directrice des Éditions Trois ainsi que de la revue et du festival du même nom en 1985.
Anne-Marie Alonzo a reçu le Prix Émile-Nelligan en 1985 pour Bleus de mine et, en 1992, le Grand Prix d'Excellence Artistique de Laval pour Galia qu'elle nommait amour.  Elle a été reçue membre de l'Ordre du Canada en novembre 1996, elle a obtenu la médaille de bronze de la société Arts Sciences Lettres de Paris en avril 1997 et la médaille civique de la Ville de Laval, également, en 1997.
Ses livres ont été traduits en anglais, allemand, italien, espagnol, gallois. et éthiques, les contextes sociologique et historique dans lesquels s'inscrit son écriture, sa contribution à la littérature lesbienne, les rapports mère-fille dans ses textes et au théâtre, et beaucoup encore. 

Anne-Marie Alonzo ou les secrets de la Sphinxe, sous la direction de Janine Ricouart et de Roseanna Dufault, éditions Remue-ménage, Montréal, 2004, 222 pages, 21.95 $.



Les Enfants de Sodome à l'Assemblée nationale [1790]
Les éditions GayKitshCamp annoncent la réédition d'un document historique de première importance.

La lecture des Enfans de Sodome laisse pantois et donne la mesure de l'ignorance organisée dans laquelle nous sommes de l'histoire gaie. Le titre par lui-même exprime une démarche politique. On y fustige "la religion armée de son fouet politique" (le sabre et le goupillon). On réclame le droit à la différence ("les goûts sont dans la nature"). On y exige l'égalité devant la maladie, la cristalline comme aujourd'hui le sida, et on menace de lanterner. On s'organise à la manière parlementaire. Et tout ceci dans une écriture érotique et humoristique qui reste l'apanage des démarches dites gaies aujourd'hui. C'est le Gay Power. Cette édition bénéficie d'un appareil scientifique de Patrick Cardon qui y a travaillé de nombreuses années.

« On peut être bougre et citoyen » : Un ancêtre du manifeste de l’égalité des droits
Parmi les innombrables pamphlets qui ont circulé pendant les premières années de la Révolution, quatre exposent plus particulièrement des sortes de confits que les institutions françaises tardent encore à problématiser : les confits de genre. Les pamphlets imaginent que, sous la pression des femmes hétérosexuelles, l’Assemblée Nationale menace de persécuter les gays et les lesbiennes. On assiste, non pas à un affrontement sur la base des sexes (les rapports confictuels entre les hommes et les femmes), mais sur la base des genres (les rapports confictuels entre personnes d’orientation sexuelle différente). C’est une proposition encore trop rare aujourd’hui qui nous est offerte par cette fin du XVIIIe siècle, celle de l’union des gays et des lesbiennes contre les hétérosexuels (nous modernisons les termes).
Datés de 1790 à 1791, c’est-à-dire des premières années « du rêve de la Liberté », selon le calendrier qui commence à la prise de la Bastille, ces pamphlets, tout en plagiant les décisions prises par les assemblées révolutionnaires, portent les revendications toujours actuelles de ce qu’on appelait alors les "sodomites" et les "tribades". En 1791, le crime de sodomie disparassait du nouveau Code pénal. Ces pamphlets y sont peut-être pour quelque chose.

Les Enfants de Sodome à l'Assemblée nationale, préface et notes de Patrick Cardon, éditions gayKitschCamp, document, 2005, 160 pages, 14 euros.

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Originaire d'Allardville au Nouveau-Brunswick, Réjean Roy s’est d’abord fait connaître comme journaliste. Puis, sa démarche artistique l'a amené à publier, son premier roman à compte d'auteur, le Crépuscule de l'amour, en 1988. Auteur prolifique de l’Acadie moderne, Réjean Roy a publié pas moins de treize titres, en solo ou comme directeur littéraire

Sa contribution à la littérature gaie a commencé avec la publication de Périr par le sexe, un roman documentaire sur le sida. D’ailleurs, il a fait de nombreuses conférences dans les écoles publiques des Maritimes pour démystifier le sida et pour défendre la cause homosexuelle.

En 1993, il a publié son premier recueil de poésie intitulé Les ombres de minuit, un texte en prose avec, en toile de fond, une peine d’amour entre deux hommes. Puis suivit un autre texte en prose, La valse nocturne, qui relate les élans dépressifs et l’isolement d’un gai vivant hors des grands centres urbains.


Concours de nouvelles sur le thème de l'homophobie
Le jury du Québec décerne huit mentions et Benoît Cayer remporte le premier prix

C'est le 1er juin dernier, déclarée au Québec Journée nationale de lutte contre l'homophobie à l'initiative de la Fondation Émergence, qu'ont été révélés les résultats du concours de nouvelles organisé par l'Union des écrivains gais. De nombreuses personnalités ainsi que les représentants de divers médias étaient présents lors de cette cérémonie qui se tenait dans les locaux de la Commission scolaire de Montréal. À cette occasion, le prix Lutte contre l'homophobie 2005 a été décerné, à titre posthume, à l'ancien premier ministre du Canada, le très honorable Pierre Elliott Trudeau. Alexandre Trudeau, fils de l'ancien Premier Ministre, est venu recevoir le prix au nom de son père, livrant en guise de remerciement un discours convaincu et convaincaint.

Cette 1re édition du concours a connu un franc succès, marqué par une bonne participation. Les textes reçus provenaient d’un peu partout au Québec et se répartissaient presque à part égale entre les hommes et les femmes. Les sujets abordés touchaient vraiment tous les aspects de l’homophobie, mais surtout les plus fréquents comme l'homophobie au travail, à l’école, à la maison ou en famille. Plusieurs nouvelles ont également abordé les problèmes de la discrimination et du suicide. Comme quoi, quand il s'agit d’homophobie, il est clair que les gais et lesbiennes sont en terrain connu et qu’ils ont beaucoup à dire. C’est une réalité qu’ils connaissent bien et ils savent de quoi ils parlent. Plusieurs participants nous ont remercié de leur donner l’opportunité de s’exprimer sur ce sujet ce qui témoigne de la nécessité d’organiser de tel concours et de donner directement la parole aux gens. 

Le jury, qui était composé cette année de Michèle Brousseau (Gris – Montréal ), Guy Verville (Écrivain, membre UDEG), Pierre Blain (Fondation Émergence), Dominic Ratthé (La Voix du Village) et de Pierre Salducci (Écrivain, fondateur UDEG et Président du jury), a tenu à souligner la très bonne qualité des textes qui ont été reçus, ce qui a rendu le travail de sélection particulièrement difficile. Heureusement, le texte gagnant s'est imposé de lui-même avec une large majorité. Il s'agit de la nouvelle Les Talons hauts, de Benoit Cayer, un jeune auteur montréalais de 27 ans (photo ci-contre). 

En plus du premier prix qui sera publié dans La Voix du Village, le jury a décidé de décerner huit mentions à des textes qui se sont fait remarquer et qui seront acheminés aux éditions Biliki (Bruxelles) en vue de constituer un recueil qui serait publié en 2006. Il s'agit de : La Banale Intolérance, de Claudine Yvon, Le Dernier fils de Patrice Bonneau, Les Points de vue de Sandra de Emma Couterie, Il… et le dernier jour de sa vie de David Buist, Regarde-moi de Laurence Déry, L’effroi est plus lourd que le courage de Serge Brousseau Morin, La Veine de Bruno Berg de Nicolas Michel et de Encore un crime hétérophobe ! de Stéphane Hudon. Félicitations à tous les lauréats et rendez-vous à l'année prochaine !

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