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Mai 2005 - Numéro 25 - 3e année ©

 

Au sommaire de ce numéro:

 

Découverte :
Le monde Gay tapant de Jean-François Gaubert

Portrait :
L'art du thriller chez Michael Nava

Nouveauté :
Bernard Villeneuve et la quête du sang

Rencontre :
Les Délits secrets de Catherine Bourassin

Vient de paraître :
Sébastien Monod et la rue des Deux Anges

Érotisme :
Lesbos : Nouvelles de femmes entre elles

Essai :
Comprendre l'homosexualité

Internet :
La Référence maintenant disponible sur le net

 


 


Le monde Gay tapant de Jean-François Gaubert
par Pierre Salducci

Nouveau venu sur la scène littéraire gaie, Jean-François Gaubert surprend en signant deux imposants romans en trois ans. Son ton particulier et son univers de jeunes paumés se distinguent de la production gaie actuelle. Son deuxième roman, Quintette pour ma liberté, est paru au début de l'année 2005 alors même qu'était réimprimé son premier roman, Gay tapant, qui date de 2002.

Gay tapant, c'est d'abord et avant tout l'histoire de Carole, une pauvre fille monoparentale issue d'une famille disfonctionnelle, qui a eu un enfant à 20 ans et qui, trois ans plus tard, cherche encore désespérément comment gagner sa vie et quel sens donner à ses jours. C'est ainsi que notre héroïne se présente un matin à une session de recrutement de caissières pour la chaîne de supermarchés Eddy à Paris. Elle ne tarde pas à faire la rencontre d'Antonio, qui travaille déjà sur place, de Miguel (le superviseur) et de Denis, un autre aspirant caissier.
Antonio est gay. Il aime s'amuser et il remarque de suite la personnalité insolite de Carole. Il décide d'aider la jeune fille à réussir
les dernières épreuves de sélection pour être recruté chez Eddy. D'emblée, leur relation démarre très fort. Leur complicité se bâtit sur la haine ou le mépris des autres, et sur le sentiment de leur marginalité. Tous deux sont aussi perdus l'un que l'autre, tous deux détestent la société qui les entoure, surtout ce qui touche aux responsabilités ou à la discipline, et ils se croient supérieurs en traduisant leur mal de vivre par une agressivité permanente. Ils parlent comme des charretiers et se montrent d'une vulgarité crasse. Ils ont sans cesse l'insulte à la bouche et s'en prennent en permanence à leur entourage.
À la manière des couples maudits, comme des Bonnie et Clyde d'un nouveau genre, Carole et Antonio se réfugient dans une course sans répit qui les entraîne de menus larcins, en mensonges et en complots. Au début, ils rient beaucoup, sortent en boîte, boivent allégrement, fument, s'éclatent et draguent ensemble. Puis le doute s'installe, le manque d'argent les pousse de plus en plus vers les extrêmes, notamment vers la prostitution, jusqu'à ce que leur relation elle-même devienne un enfer, que chacun déteste l'autre et qu'il ne reste plus rien autour d'eux.
Un jour, Carole finit par tomber amoureuse d'Antonio. Non seulement celui-ci ne s'en doute pas mais, pire encore, il commet l'erreur de ne pas révéler tout de suite à son amie qu'il est gay. Quand Carole l'apprendra, elle le vivra comme une trahison et n'aura qu'une idée en tête : se venger de cet "enculé" , "lui exploser la gueule par tous les moyens s'il n'oublie pas sa vie de pédé". Regard sur la société et sur la perception de l'homosexualité, Gay tapant se lit aussi parfois comme un roman policier. Mais on est bien loin cette fois des histoires à l'eau de rose sur les filles à pédé aseptisées et effacées. Tout au contraire, Carole fait peur et son association avec Antonio ne leur vaudra rien de bon. Qu'elle soit morale, physique ou verbale, la violence est omniprésente dans leur vie. De plus, tout est dérangeant dans ces personnages : leur mentalité, leur comportement, leur vision du monde et surtout les moyens auxquels ils ont recours pour régler leurs problèmes. Tous deux font preuve d'une si totale absence de jugement ou de bon sens, ils sont si dangereux, pour eux comme pour autrui, qu'on frémit à l'idée que des cas pareils puissent se promener en toute liberté dans les rues.
Jean-François Gaubert a du souffle et ne manque pas d'inspiration. Il raconte en enchaînant les épisodes sur un rythme soutenu et nous livre une succession de courts tableaux bien rendus, parfaitement agencés et mis en scène. Les situations sont crédibles, très actuelles et nous renvoient à certaines réalités auxquelles sont confrontés les jeunes aujourd'hui, notamment un sentiment d'incompréhension généralisé et de grosses difficultés à communiquer. Les dialogues sont percutants, le ton est souvent très cru et peut heurter, mais Gay tapant mérite l'attention, ne serait-ce que pour l'intense portrait de désespérés qu'il nous offre, et pour son style résolument différent, voire novateur, mais aussi parce que rares sont les romans gais d'aujourd'hui à illustrer une telle rage de blesser et de détruire. Jean-François Gaubert réussit parfaitement à nous faire entrer dans la tête de ses personnages jusqu'à partager leur folie ordinaire.

Jean-François Gaubert, Gay tapant, roman, yvelineditions, 2002.

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L'art du thriller de Michael Nava
par Paul-François Sylvestre

Le romancier Michael Nava est avocat au bareau de San Francisco; il instruit pour le président de la cour suprême les dossiers d'accusés passibles de la peine de mort. Il mène depuis plusieurs années un combat contre l’exclusion, le racisme et l’homophobie. Il est également l’auteur d’une série de romans policiers publiés depuis plus d’une quinzaine d’années aux États-Unis et couronnés de nombreux prix. Michael Nava met son expérience juridique à profit pour faire de l’écriture un combat au service d’une Amérique multi-culturelle, multi-ethnique et multi-sexuelle. Son personnage principal est l’avocat Henry Rios, latino et gai, qu’on retrouve dans ses sept romans au cœur d’une nouvelle intrigue. 

La Mort à Frisco est la première des sept enquêtes d’Henry Rios disponible en français. Ce volume est suivi de trois autres : Un Garçon en or, L’Enfance à Los Robles et La Loi cachée. Le plus récent, Adieu aux amis chers, est sorti au début de l'année 2005.

Dans Un garçon en or, un des personnages dit que «nous aimons tous selon notre nature et que la sienne l’avait amené dans un endroit désert, où il était aussi facile de mourir que d’aimer». Il est énormément question d’amour et de mort dans ce thriller. Amour calculé, amour qu’on refuse d’admettre, amour qui dévore. Mort  imputée au sida, mort sauvage, morts en série. Au cœur de l’intrigue se trouve un jeune homme soupçonné d’avoir «préféré tuer quelqu’un plutôt que de sortir du placard».
Brian Fox et Jim Pears travaillent dans un restaurant de Los Angeles. On les trouve dans la cave, le premier cruellement assassiné et le second tenant un couteau ensanglanté. Un étudiant en première année de droit n’aurait aucune peine à prédire l’issue du procès. Appelé sur les lieux du crime, l’avocat Henry Rios se demande comment il peut bien épargner le couloir de la mort à Jim Pears qui affirme ne pas se souvenir le moindrement du tragique incident. Quant à Brian Fox, tout son entourage s’entend pour dire qu’il était un garçon en or. «Putain, tout ce qu’il avait en or, c’était le fric de son père.» On apprend qu’il avait honte d’avouer son homosexualité et qu’il était «une petite saloperie de feignasse».

Michael Nava tisse avec brio le filet qui permet à Henry Rios de tendre un piège aux hommes de main et gigolos du petit monde fermé de Hollywood. Le mérite de l’auteur réside également dans l’art de greffer à son intrigue un rebondissement amoureux qui transforme son héros. En effet, Henry, 36 ans, ancien alcoolique, s’éprend de Josh, 23 ans, séropositif: «Nous savions l’un comme l’autre que ce que je venais de dire était, à un certain niveau, impossible et donc faux. Pourtant, nous savions tous les deux que j’étais sincère, ce qui rendait ma phrase vraie à un autre niveau, celui qui comptait à présent pour nous.»
Un garçon en or est un roman d’aventure et d’amour qui offre un regard critique sur le milieu et les mœurs des hommes gais. Nonobstant l’intensité fictive du roman, le lecteur se sent constamment interpellé par le sous-texte d’une mûre réflexion.

L’avocat Henry Rios défend encore une fois «le petit oiseau à l’aile brisée» dans le roman Adieu aux amis chers. Cet oiseau se prénomme Zack et il est accusé d’avoir tué un juge resté toute sa vie dans le placard. Henry croit plutôt qu’il y a un ou deux cadavres dans le placard et qu’ils permettront d’élucider un meurtre en apparence inexplicable. Il sait que «la vérité est parfois douloureuse, mais elle ne suscite pas le mal. Les mensonges sont la cause du mal.» Il se met en quête de les dénicher et de les dénoncer.
Michael Nava greffe encore une fois à son intrigue une profonde réflexion sur le milieu gai. Selon lui, «ce qui rend le sexe excitant entre deux hommes, c’est la possibilité implicite de violence lorsque leurs corps puissants se jettent l’un contre l’autre. C’est autant faire la guerre que faire l’amour. Votre partenaire est également votre ennemi.» Le romancier n’y va pas de main morte lorsqu’il fait dire à un hétéro que les gays se tuent entre eux, qu’ils sont tous «des serial-killers en puissance».

Solidement échafaudée, l’intrigue du roman regorge de rebondissement qui nous tiennent en haleine. L’histoire empeste même le sordide, pour paraphraser l’auteur. Pourtant, ce n’est pas tant le dénouement d’une enquête complexe qui a retenu mon attention, mais plutôt la prémisse sur laquelle repose l’étrange vision de Michael Nava. Il se demande en quoi une relation homosexuelle est plus à même qu’une relation hétérosexuelle «de pousser quelqu’un à commettre un meurtre». Certes, Adieu aux amis chers est un thriller et une telle prémisse demeure recevable. Reste que je ne peux pas «réduire l’homosexualité aux pratiques sexuelles, parce que je suis gay, que je couche ou non avec quelqu’un, et le sexe (est) la dernière de mes préoccupations».

Michael Nava, Un garçon en or, roman, Paris, Éditions du Masque, 2005, 320 pages
Adieu aux amis chers, roman, Paris, Éditions du Masque, 2005, 306 pages.

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La Quête du sang, de Bernard Villeneuve
par Jean-Sébastien Vallée

La Quête du sang, premier roman d’un auteur québécois, raconte l’histoire d’un homme à la recherche de sa véritable identité. Bernard Villeneuve explique que, quelques années plus tôt, il n’aurait jamais pensé à écrire parce qu’il a toujours été très sociable et qu’il n’a jamais aimé la solitude. Pourtant, il avoue avoir été happé par l’écriture : « Pour écrire, il faut être piqué par quelque chose. Moi, je n’ai pas décidé décrire, j’ai été obligé de le faire. »

De retour de la guerre, où il avait sauvé la vie d’un soldat anglais, Damien Bourgeois ne songe qu'à se retirer à la campagne, cultiver ses roses et couler des jours paisibles. Habité par le désir d’aimer et de créer, Damien construit un domaine ou tout ceux qui sont assoiffés des mêmes désirs que lui pourront se réunir. Il vit là entouré de sa soeur, Rita, de ses neveux et nièces, et de tous ceux qu'il aime. Tourmenté par son désir secret pour les garçons, ses sentiments se trouvent soudain exacerbés le jour où Joakim, le soldat qu’il avait sauvé pendant la guerre, quitte Londres pour venir s’installer au domaine avec lui. Ce nouvel ami, en lui révélant l’importance de la connaissance, de l’art, de la littérature, de la beauté de la vie, lui donne l’envie de se dépasser.  Mais de nombreux problèmes surgissent et perturbent sa paix intérieure.
Sa soeur Rita vient à  mourir, laissant orphelins ses deux jumeaux, Lucien et Marthe. Damien les adopte aussitôt et décide alors de les élever, seul en plein cœur de la forêt. Plus tard, on apprend que Joakim, le grand amour de Damien, n’est pas gai. Enfin, Marthe et Lucien, au tournant de l’âge adulte, développent une relations incestueuse. Tout n’est pas rose, loin de là, et l’intrigue se fait très présente.
Ce roman résume les affres du désir, à travers la quête de différents protagonistes handicapés par leur incapacité à vivre leur désirs que ce soit à cause de la honte que cela leur procure, à cause de l’aspect incestueux ou illégal de la chose, ou enfin, à cause de leur condition physique qui leur refuse le simple plaisir de la réalisation du désir.
Dans son livre, Bernard Villeneuve aborde le thème de l’homosexualité par le biais d’un personnage troublé qui ne connaîtra jamais l’amour. « À cause de l’époque, Damien ne vit pas son homosexualité. Il a supprimé ses désirs. Mais, l’homosexualité fait partie de la vie, je voulais en parler comme ça, montrer qu’un gai peut élever des enfants, qu’il peut développer des amitiés. »
Quoiqu'il soit réticent à qualifier son livre de "roman gai", à cause de la panoplie de thèmes qu’il aborde, Bernard Villeneuve reconnaît que « quand on est gai et écrivain, on ne peut pas faire autrement qu’écrire de la littérature gaie. » Selon lui, notre vie influence nos perceptions et, par conséquent, la littérature gaie nait de notre désir de raconter ce que l'on vit vraiment en tant que gai.
Pour Bernard Villeneuve, la psychologie est très importante. En effet, sa démarche d’écriture s’inspire de son propre désir de cheminer dans la vie, de mieux comprendre l’être humain dans sa dimension la plus complète possible. Les personnages du roman accordent un intérêt marqué pour les rituels religieux et ils manifestent un grand respect pour les éléments naturels qui les entourent. Inspiré par son amour des roses et par son rêve de vivre un jour dans un véritable domaine, l’auteur crée de toutes pièces un lieu quasi mythique qui étonne à plusieurs niveaux.
Bernard Villeneuve enseigne le français langue seconde pour le ministère de l’Immigration du Québec. Homme aux nombreux horizons, il possède une maîtrise en éducation des adultes et il a étudié en scénarisation pour la télévision à l’Institut national de l’image et du son. Il vient tout juste d’être admis au Centre d’essai des auteurs dramatiques (C.E.A.D.). Il s’affère présentement à écrire la suite de La Quête du sang. Ce premier roman de Bernard Villeneuve saura intéresser les amoureux de la nature et les rêveurs qui y trouveront action et intrigue à coup sûr.

Bernard Villeneuve, La Quête du sang, Lac Beauport, Éditions Arion, 2004, 200 pages, 19,95 $.

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Les Délits secrets, de Catherine Bourassin
S'évader du passé pour prendre un nouvel envol.

À l'adolescence, Vic et Fabien se croisent et se heurtent. Dix ans plus tard, à la mort de Fabien, Vic fait la connaissance de Marge, la «veuve» de Fabien. Ensemble, elles partent sur les traces de leur passé, soulèvent le voile recouvrant les délits secrets pour réapprendre la vie et l'amour. Catherine Bourassin nous offre une histoire peuplée de personnages décrits avec finesse et humour. Avec en fond, les manifestations étudiantes dûrement réprimées par la police et la mort de Malik Oussekine.
Catherine Bourassin est l'auteure de Gais matins et Un Salon blanc et vieil or. Elle a également participé aux recueils de nouvelles Le Début de la fin / La Fin du début et Belles d'époques. Au sujet de son nouveau roman, Les Délits secrets, elle a déclaré : « Victoire et Fabien, deux homosexuels, se rencontrent à 17 ans. Je me suis souvent interrogée sur cette amitié-là, entre deux homos, fille et garçon. Ne devraient-ils pas être plus proches du fait de leur marginalité commune ou sont-ils trop différents, appartenant chacun à un monde féminin ou masculin qui les sépare plus que tout ? Mes deux héroïnes, cabossées par la vie, doivent se dépasser, transformer leur rage ou leur déception pour réapprendre le désir et l'amour. Enfin, il y a une flopée d'oiseaux et puis, oui, ils reflètent à leur manière la vie de mes personnages, y participent même. »

Extrait :

« Vic interprétait sans vraie cohérence, au gré de sa propre humeur, le comportement de Marge, ses regards directs, son attention soutenue ou ironique ; surtout, sa façon de tendre le bras pour la saluer : comme un jeu ; une volonté de se démarquer d'une banale embrassade ; un choix délibéré pour les mains qui se joignent, la pression des doigts, le contact des paumes (pourquoi rêver d'un autre plaisir, une bise sur la joue, plus bref et à l'effet moins sûr : tant de gens se ratent par négligence ou précipitation et remuent les lèvres dans le vide en se penchant vers vous ?). Finalement, persister, à leur degré d'intimité, et contre toute vraisemblance, dans la poignée de mains, c'était anticiper une autre relation possible, probable, à venir, qui ne s'amorcerait qu'au baiser. »

Ce que la presse en a dit :

Love Pirates : « Délice d'écriture avec Catherine Bourassin. Et ce n'est plus un secret. Cet auteur possède plus d'une cartouche dans son stylo. Sa plume nous offre une prose habile, élégante, teintée d'humour, de militantisme subtil. Mais surtout, elle excelle dans l'art de donner vie à ses personnages. En deux, trois lignes elle sculpte les protagonistes de son récit avec une dextérité déconcertante. À tel point qu'on a du mal à refermer le livre, on a envie de prolonger cette intimité autour d'un verre dans un bistrot.Ce livre est tout simplement une invitation au délit de fuite face au quotidien. »

Têtu :
« Après Gais matins et Un Salon blanc et vieil or, Catherine Bourassin, fidèle à elle-même, revient avec un roman qui ne paie pas de mine mais recèle des trésors cachés. Une fois de plus l'histoire paraît simple mais ne l'est pas. À l'été 1986, Fabien se prépare à mourir du sida. Il mourra à l'automne, mais pas de la maladie. Parallèlement, Vic, victime 10 ans plus tôt de la lâcheté de Fabien, tombe amoureuse de la veuve de celui-ci, sur fond de manifestations lycéennes avec en point d'orgue, le passage à tabac mortel de Malik Oussekine par les voltigeurs de Charles Pasqua. la culpabilité a sa façon à elle de nous rattraper. »

Lesbia Magazine : « Beaucoup de personnages secondaires originaux et bien campés, de malentendus qui se résolvent après des années et d'histoires d'amour qui commencent. »

Catherine Bourassin, Les Délits secrets, Paris, Éditions de la Cerisaie, 2005, 14 euros.

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Découvrez la bibliothèque du Centre des gais et lesbiennes de Montréal 


Sébastien Monod et la rue des Deux Anges
par Pierre Salducci

Rue des Deux Anges raconte la petite vie tranquille d’un jeune couple à Rouen. Le personnage principal, 25 ans, s’appelle Arsène parce que sa mère est une fanatique de Maurice Leblanc et de son célèbre héros. Il travaille comme peintre en bâtiment et vit en couple avec Sophie, « sa douce compagne », journaliste pour le quotidien local. Tandis que celle-ci est aux prises avec une mystérieuse énigme, Arsène fait de nouvelles rencontres dont celle d’un travesti qui l’amènera à vivre sa première expérience homosexuelle. Il ne s’agit cependant que d’un épisode assez bref dans le roman et qui intervient tardivement. L’histoire se conclut ensuite rapidement avec la résolution de l’énigme et la séparation du couple Arsène – Sophie.
Rue des Deux Anges est le deuxième livre de Sébastien Monod qui avait déjà publié On ira (presque) tous au paradis, en collaboration avec Alexis Clairmont, paru chez H&O. L’auteur voue une affection particulière pour la ville de Rouen où il habite, qui sert de décor au récit et qu’il s’attarde à décrire avec soin.

Sébastien Monod, Rue des Deux Anges, roman, publibook, 2002, 138 pages, 15,50 euros.

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Lesbos, de Julie Bray
Des nouvelles de femmes entre elles.

Avec un plaisir évident, Julie Bray nous livre ici de superbes nouvelles érotiques. Comment résister à l’appel ô combien enivrant de ces sirènes vivant dans un monde sans barrières ni tabous ? Extrêmement audacieuses, elles nous entraînent dans de folles agapes charnelles entre femmes, où seuls comptent les délices de la sensualité et de la jouissance...
Voici des textes brefs, incisifs, surprenants. Et, surtout, très inspirants. Ces histoires coquines nous plongent dans des songes exquis où les corps, d’une douceur infinie, s’enveloppent de parfums capiteux... Au centre de ces rêveries sensuelles : une torride passion pour la femme.
Julie Bray a publié plusieurs autres recueils aux Éditions Quebecor : Nouvelles érotiques de femmes (tomes 1 et 2), Les jardins secrets, Étreintes, Corps à corps en liberté et Lascives.

Julie Bray, Lesbos, éditions Québécor, Montréal, 2005, 19,95 $.



Comprendre l'homosexualité
par Patrick Poisson

S’affirmer en tant qu'homosexuel en Occident paraît moins difficile aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Les mentalités ont évolué. On reconnaît de plus en plus la richesse de la diversité au sein des populations. Les médias de toutes sortes présentent depuis plusieurs années des reportages, des documentaires, des articles portant sur l’orientation sexuelle. On tente de démystifier « la chose » en proposant des personnages de téléromans plus ou moins réussies. En effet, tantôt conformistes, tantôt comiques, les représentations de l’homosexualité au petit écran ou au cinéma sont tout sauf réalistes. Parce qu’il n’y a pas de modèle type d’homme gai ou de femme lesbienne, parce que l’homogénéité n’existe pas, c'est du moins le point de vue  de Marina Castaneda dans son livre Comprendre l'homosexualité, qui vient d'être réédité en poche.

Marina Castaneda ne fait plaisir à personne. Elle ne tente en aucune façon de victimiser l’homosexuel ni de pointer du doigt l’hétérosexuel. Elle ne participe à aucune lutte de pouvoir, bien au contraire, elle tente un rapprochement entre les deux cultures. Parce qu’il est bel et bien question de culture ici, celle d’une minorité en constante évolution, dont la reconnaissance ets fragile et  dont les droits sociaux et juridiques, plus ou moins acquis, connaissent des hauts et des bas.
L’auteure s’adresse en fait à tous ceux et celles concernés par l’homosexualité, c’est-à-dire les familles, les amis, les thérapeutes et bien évidemment, les homosexuels eux-mêmes. Dans un langage accessible à tous, elle décrit l’état d’esprit dans lequel est plongé le jeune homme ou la jeune femme au balbutiement de son questionnement ; elle définit avec justesse le parcours difficile qui mènera (ou pas) à l’acceptation de l'orientation homosexuelle, ainsi que l’homophobie intériorisée ou extérieur contre laquelle il faut toujours lutter. Le sentiment d’être différent reste présent tout au long de la vie de la personne homosexuelle; au travail, dans la famille, dans les relations amoureuses ou affectives. Non pas que nous nous acharnions à maintenir ces préjugés, mais parce que nous vivons dans des sociétés construites sur un modèle hétérocentrique, qui ne correspond guère à la réalité des gais et lesbiennes.
Parmi les préjugés relevés, l'auteure note notamment que les gens ont parfois une impression d’immaturité au sujet des gais ou lesbiennes. Sous prétexte que les homosexuels ne se marient pas, leurs couples se briseraient plus facilement pensent plusieurs. La grande promiscuité entre hommes et l’incapacité d’avoir des enfants, ainsi que d'autres facteurs du même type, feraient en sorte, selon certains, de garder les homosexuels dans une image d’éternels adolescents.
Sans jamais chercher à proposer une image plus « acceptable » du mode de vie homosexuel, Marina Castaneda établit un rapprochement entre le vécu homosexuel et le vécu hétérosexuel en expliquant non seulement les différences entre les deux, mais aussi les similitudes. Ce qui nous rapproche et ce qui nous distingue. Elle note au passage l’apport de la reconnaissance des couples gais et lesbiens dans la vie des couples hétérosexuels, l’effondrement des rôles traditionnels et l’émergence d’une vision nouvelle de la sexualité, entre autres...
Marina Castaneda ne propose pas de modèle de vie. Sans tambour ni trompette, elle explique simplement qu’il existe en chacun de nous des valeurs qui font qu’on s’attache à une communauté plutôt qu’à une autre, et que ces valeurs viennent influencer notre vision de vie, en tant qu’individu indépendant, comme en tant que membre d’une collectivité.

Marina Castaneda, Comprendre l'homosexualité, Paris, 348 p., Éd. Robert Laffont (édition originale 1999) et Pocket (format de poche, 2003).



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