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15
Mars 2005 - Numéro 23 -
2e année
©
Au sommaire de ce numéro :
Homosexuel
en Algérie : Entrevue avec Aniss A
par Pierre
Salducci
Avec
Par-dessous
la meïda,
premier roman d’un jeune auteur algérien, les édition Bonobo nous livrent un
récit extraordinaire qui nous en apprend un peu plus sur la condition difficile
des homosexuels en Algérie. Après avoir acheminé son manuscrit en cachette,
dissimulé dans un couffin, sous les couches d’un bébé, Aniss
A. signe son
texte d’un pseudonyme tant il est encore risqué de parler de certaines choses
à visage découvert. Un univers social et politique entre Rachid O et Reinaldo
Areinas.
Fort
bien écrit, le livre raconte l’histoire d’amour et d’amitié qui unit
deux cousins d’une passion aussi intense que secrète, jusqu’à ce que la
vie (leurs vies) les entraîne à prendre des chemins différents. Emporté par
sa nature, Zinou, le narrateur du roman, aimerait bien aller plus loin, mais
Rafiq, lui, n’est pas prêt. Il ne veut pas se marginaliser. Ici, les
personnages ne se font jamais de déclaration, ne parlent pas de sentiment et se
disent encore moins « je t’aime ». Seuls les gestes et les regards
transmettent leurs émotions.
Tout
au long de sa vie, du fait de son homosexualité, Annis A. s’est senti
décalé par rapport aux autres. « Enfant, adolescent puis adulte, j’ai
toujours eu le sentiment d’être à coté, en dehors, à la périphérie du
groupe. Pas par le fait d’une quelconque hostilité à mon égard, tout du
moins dans mon enfance, mais parce que je me sentais étranger ; blâmable ne
pas être apte à m’intégrer à la communauté, à la tribu, au clan ;
coupable de ce que je ressentais au plus profond de moi. » Plus jeune, il
a fait ses études secondaires à Alger mais sans parvenir à décrocher son
baccalauréat. Puis, il suit une formation de dépanneur en radio télécommunication
pour travailler finalement dans la téléphonie privée. Cela dit, il n’aurait
jamais pensé que son expérience l’amènerait un jour à prendre la plume.
Admirateur d’Yves Navarre, le romancier a présenté son récit sous la forme
d’une longue lettre d’amour. En toile de fond, il nous livre une chronique
de la vie quotidienne en Algérie tout en jetant un regard amer et sarcastique
sur le monde de la politique. « On m’a reproché d’avoir écrit ce
livre maintenant. On me disait que ce n’était pas le bon moment, que la
conjoncture n’est pas favorable… Pour nous, de toute façon, ce n’est
jamais le bon moment. Alors, j’ai décidé de le faire sans la bénédiction
de la conjoncture, parce que tout simplement, à un moment donné j’ai eu
envie d’écrire. »
Annis A. reconnaît que pendant des années, il n’a pas pu ou su aller
vers les autres, à cause d’un terrible sentiment de culpabilité qui le
paralysait, mais aujourd’hui, il ne se sent plus coupable de rien. « Zinou,
le personnage principal, prend peu a peu conscience que son homosexualité
n’est pas un délit. Il découvre aussi, grâce à son complice Rafiq, la quête
de la citoyenneté et de la démocratie, sans lesquelles aucune avancée ne sera
jamais possible pour les siens. À l'heure de la commémoration des crimes nazi,
il n'est pas inutile de rappeler ce que peut donner un régime totalitaire. »
L’auteur évoque entre autres l’immigration massive des algériens,
notamment des gais, vers le Québec et le Canada, surtout depuis que la France a
fermé ses frontières. « Beaucoup sont prêts à tout pour émigrer. Ici,
la dernière mode en la matière, c'est de rejoindre une église chrétienne,
puis de se déclarer persécuté... Mais je les comprends et je suis de tout
coeur avec eux... Quant aux dangers qu'ils encourent en Algérie s'ils se déclaraient
ouvertement homosexuels, ils proviendraient de la société elle-même, de leur
père, frères, cousins... Dans les pays arabes, sur le plan de l’homosexualité,
il est illusoire d’attendre des progrès de la part des dirigeants, aussi
sympathiques puissent-ils paraître… »
Annis
A., Par-dessous la meïda, roman,
Éditions Bonobo, 2004.
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Les
Dieux du vestiaire, de Patrick
Denfer
par Jean-Sébastien Vallée
Vous
avez aimé Plaisirs en mer, ce récit érotique
couvert d'éloges par la critique française et internationale ? Alors vous
adorerez Les Dieux du Vestiaire, deuxième roman de
Patrick Denfer qui explore cette fois l'univers
d'une drôle d'équipe de rugby toulousaine.
L’homosexualité
et le monde du sport ne font pas toujours bon ménage, dans la réalité du
moins. Mais
il en va tout autrement
dans le monde fictif de Patrick Denfer. En effet, dans son roman érotique
gai Les Dieux du vestiaire, l’auteur français conjugue virilité,
sport, sexe et homosexualité avec beaucoup d’humour.
Comme
tant d’autres, Fabrice Demer guettait chaque automne ce calendrier où les
dieux du stade nous offrent, sur papier glacé, leur anatomie parfaite.
Jusqu’à ce que ce maître de conférences en histoire à l’Université
Mirail, à Toulouse, fasse la rencontre d’un ancien capitaine du GIGN (Groupe
d’intervention de la gendarmerie nationale). Ce dernier l’introduit dans un
club de rugby gai, où
la nouvelle recrue devra satisfaire les besoins sexuels des joueurs afin d’adhérer
officiellement à l'équipe. Si bien qu'en plus des entraînements et des
matchs, Fabrice se retrouve entre les mains d’une douzaine de rugbymen, dont
Omar, deuxième ligne et masseur, Ludovic, le capitaine et Antoine,
trois-quart aile droite. Chaude expérience pour un ancien élève du collège
du Saint-Prépuce !
Dans cette histoire, les hommes sont parfaits, musclés et
gonflés à bloc : « Leurs cuisses sont épaisses, leurs hanches presque
aussi larges que leurs épaules et leurs ventres durs comme l’acier (p. 40) ».
Malgré le caractère assez simpliste de l’histoire, l’auteur arrive à créer
des personnages originaux et à jouer agréablement avec les mots, notamment par
l’entremise des titres de chapitres, tous plus drôles les uns que les autres,
comme par exemple : La matraque du capitaine Mosca (chapitre 1), Un sacré
paquet… d’avants (chapitre 3), Des trois-quarts très entiers (chapitre 7),
Le buteur en gardait sous la pédale (chapitre 9). Patrick
Denfer revient en force avec ce deuxième roman érotique gai. Dans le
genre, ce livre s’avère très réussi. Rire et excitation garantis !
Patrick
Denfer, Les
Dieux du vestiaire,
roman,
Béziers, H&O éditions, 2004, 188
p., 25,95 $ / 14 euros.
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Sexploration
: un recueil de nouvelles queer
par
Pierre Salducci
"Sexploration
se veut un laboratoire littéraire et sociologique sur l'imaginaire érotique.
Ce recueil de nouvelles et de poésie propose un foisonnement d'univers et
d'approches dont la poliphonie fait éclater la pensée unique. Les
stéréotypes masculins et féminins que la société nous propose sont des
modèles normatifs qui visent la conformité au lieu d'inciter à l'exploration
et à la création de soi. Il est pourtant possible de subvertir l'étouffante
rigidité de cette dictature culturelle. Avec le projet Sexploration,
nous avons voulu créer un espace où il serait possible d'explorer de nouvelles
avenues dans le domaine des repérsentations de genres, et d'établir un
dialogue entre les sexualités, les identités et les désirs."
Assurément, une belle initiative de Julie Ouellette et Judith
Patenaude, étudiantes à l'UQAM, qui donnent ainsi la parole à une
vingtaine de jeunes auteurs, en majorité des femmes, qui s'expriment
ouvertement sur leurs désirs et leurs expériences sexuelles. Pour une
exploration queer, le recueil reste quand même essentiellement hétérosexuel
et relativement conventionnel. La sexualité gaie, lesbienne ou bisexelle
est finalement assez peu évoquée. À signaler néanmoins la nouvelle Le
Super Héros, un texte très réussi de Benoît Beauchamps, ainsi que Restless,
de Julie Catherine Thibault.
Sous
la direction de Julie Ouellette et Judith Patenaude, Sexploration,
nouvelles et poésie érotiques, Montréal,
Éditions
de l'Hippocampe, 2005, 122 pages.
Informations
:
IREF (institut
de recherche en études féministes), UQÀM, W4290) Tél: 514-278-3942
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Tour
du monde de la poésie gay, sous la direction d'Albert Russo
par
Jean-Sébastien Vallée
En
exergue de ce recueil de poésie, Albert Russo écrit :
« À tous ceux et celles, gays ou non, qui goûtent le sexe comme l’on
goûte le bon vin, dût-il parfois tourner au vinaigre » (p.7). Loin
de laisser indifférent, ce recueil nous parle de solitude, de haine,
d’angoisse, mais surtout d’amour.
Dans
Tour du monde de la poésie gay, Albert Russo a réuni des poètes
qui proviennent des cinq continents, de pays aussi divers que le Bangladesh, le
Canada, Cuba, les États-Unis, la France, l’Iran, le Luxembourg, les
Philippines, le Royaume-Uni, la Russie et la Serbie..., pour n’en nommer que
quelques-uns. Il a assuré lui-même la traduction française des poèmes
allemands, anglais, espagnols et italiens.
Quelque
soixante auteurs présentent ainsi une panoplie de sentiments vécus par les
gais du monde entier. Les expériences sont en effet diverses, passant de
l’acceptation complète de l’homosexualité à la lutte pour la
reconnaissance. Extrêmement accessibles, les poèmes se lisent comme des
histoires, des contes aux accents tantôt sombres et provocateurs, tantôt drôles
et joyeux. Des auteurs contemporains cotoient des classiques comme Constantin
Cavafy, Lautréamont, Michel-Ange, Pétrone, Rimbaud, Ronsard, Shakespeare,
Verlaine et Whitman.
Certains poètes ont choisi de garder l’anonymat, dont un jeune Cubain, qui dédie
son poème à Reinaldo Arenas, écrivain cubain mort du sida en 1990. Celui-ci dénonce
vivement les politiques de Fidel Castro à l’égard des homosexuels : « […]
ils t’ont traqué, emprisonné, puis torturé/ Et notre bon vieux Fidel, dans
un geste/ magnanime/ a ouvert les prisons, les maisons de fous/ et a expédié,/
cadeau emprisonné, ses locataires/ à l’ennemi mortel/ […]
car tu ne cachais pas ton amour des garçons. »
Le recueil est illustré par l’artiste Moustafa Benkebouche qui signe
la couverture ainsi que six dessins qui séparent les différentes parties du
livre. Les images sont simples, mais très évocatrices. On peut voir des corps
recroquevillés, tendus ou enlacés.
Albert
Russo a déjà publié deux romans jeunesse, Zapinette à New York (Éditions
Hors Commerce, 2000) et Zapinette chez les Belges (Édtions Hors
Commerce, 2000), ainsi qu'un polar, L’amant de mon père – journal romain
(Éditions Hors Commerce, 2003). Grâce à son "tour du monde", on se
réjouit de trouver enfin un recueil de poésie gaie sur nos rayons.
Albert
Russo,
Tour du monde de la poésie gay, poèmes,
Paris, Éditions
Hors commerce, 2004, 160 pages, 11 euros, 23,50 $.
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Découvrez
la bibliothèque du Centre des gais et lesbiennes de Montréal

Tom
de Pékin et la chatte bottée
Le
fanzine queer Dildo présente pour sa cinquième édition,
La Chatte bottée de Charlotte
Perrault, un livre inédit, collection Lièvre, mis en image par Tom
de Pekin.
Selon
les auteurs, ruant
dans les brancards du phallogocentrisme, ce livre pourrait annoncer le renouveau
d'une littérature féministe, lesbienne et subversive.
Du 12 au 24 mars, la librairie Léo Scheer accueillera
une exposition des 16 planches originales réalisées par Tom de Pékin.
Cocktail à l'occasion du vernissage de l'expo et du lancement du livre, le
vendredi 18 mars, à partir de 18 heures. L'événement sera suivi d'une soirée
musette au Tango avec Corrine et Madame H. À cette occasion
seront présentées six nouvelles toiles inspirées par le bal de la boîte à
frisson.
Librairie
Léo Scheer, 14-16
rue de Verneuil, 75007 Paris, de 14h à 20h.
Le
Tango, 11
rue au Maire, 75003 Paris, metro : Arts & Metiers, de 22h30 à 2h, 7 euros
sans conso.
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Concours
de nouvelles « David Gros - Sébastien Nouchet »
Le
concours est ouvert simultanément en France, en Belgique et au Québec.
Les candidats et candidates sont invités à soumettre une nouvelle, un
texte de réflexion, récit ou un témoignage, d'une longueur de 1300 à
1350 mots, illustrant une expérience ou une observation en relation avec
l'homophobie.
La
date limite d'envoi des textes est le 30 avril 2005. Le règlement complet
du concours est disponible sur le site de la Fondation
Émergence, instigatrice de la Journée nationale de lutte
contre l'homophobie, depuis 2003 déjà. À noter que l'Union des écrivains
gais a décidé de dédier ce concours de nouvelles à Sébastien Nouchet et
David Gros, tous deux cruellement victimes d'homophobie au cours de l'année
2004.
Au Québec, le texte lauréat sera publié par la
revue La Voix
du Village et les résultats seront
annoncés le 1er juin 2005 au cours d'une soirée publique à laquelle
seront conviés tous les auteurs participants. En Belgique, le concours est
relayé par la collection Thé
glacé qui publiera le texte lauréat sur son site, tandis
qu'en France, l'initiative est soutenue par la revue Têtu. Les meilleurs textes en provenance des
trois pays feront ensuite l'objet d'une publication en recueil aux éditions
Biliki.
 
Nouveau
titre d'Étienne Vigneault
Le
poète montréalais lance son 3e recueil
Après
Évolution et Seulstice aux cinq sens cardinaux, Étienne
Vigneault, né à Montréal en 1973, nous offre une autre odyssée néologique
en proposant un troisième recueil, Cul sec, qui a pour thème l'érotisme.
Pour
plus d'information :
http://cf.geocities.com/etiennevigneault/
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